Je suis du type qui écoute le monde, et j’apprends doucement à le penser. Longtemps, j’ai cru que cette manière d’être était un défaut, une forme de lenteur dans un monde qui valorise la rapidité des réponses et la clarté des positions. J’entrais dans une pièce et je sentais avant de comprendre. Je percevais les tensions, les élans, les silences, sans toujours savoir quoi en faire ni comment les dire. Pendant que d’autres formulaient déjà des analyses, je laissais le réel me traverser.
Avec le temps, j’ai compris que cette écoute n’était pas une faiblesse, mais une compétence brute, encore inachevée. Écouter sans penser peut devenir épuisant. On reçoit beaucoup, parfois trop. On porte des atmosphères, des non-dits, des appels qui restent sans traduction. J’ai alors réalisé que penser n’était pas trahir l’écoute, mais lui offrir une seconde vie. Penser, pour moi, n’est pas prendre le contrôle. C’est apprendre à nommer sans écraser, à structurer sans rigidifier, à donner forme sans perdre le lien avec ce qui a été reçu.
Concrètement, cela ressemble à ceci. Après une rencontre, je ne réagis plus immédiatement. Je prends un temps. Puis je reviens à ce que j’ai ressenti et je me demande : qu’est-ce que cela dit vraiment ? De quoi est-ce le signe ? Qu’est-ce qui mérite d’être dit, et à qui ? La pensée devient alors un prolongement de l’écoute, non une correction.
J’apprends aussi que penser demande du courage. Le courage de prendre position. Le courage de risquer une parole. Le courage d’assumer que ce que j’ai entendu m’engage. Écouter le monde m’a appris l’humilité. Apprendre à le penser m’apprend la responsabilité.
Je ne renie pas mon point de départ. J’y reste fidèle. Mais je découvre qu’entre écouter et penser, il n’y a pas opposition, il y a croissance. Une maturation lente, organique, parfois inconfortable. Écouter m’a appris à recevoir le monde. Penser m’apprend, peu à peu, à lui répondre.

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