mercredi 8 juillet 2026

Du bénévolat au mentorat communautaire : révéler les capacités qui habitent une communauté


Le bénévolat demeure l'une des plus belles expressions de la solidarité. Il répond à des besoins concrets, crée des liens et contribue à la vitalité de nos communautés. Pourtant, dans une société où les parcours de vie sont de plus en plus diversifiés, il est peut-être temps d'élargir notre regard. Le mentorat communautaire ne remplace pas le bénévolat; il lui donne une profondeur nouvelle. Il ne s'agit plus seulement de donner de son temps, mais de mettre son expérience, son écoute et son histoire au service de la croissance d'autres personnes. Chaque aîné, chaque proche aidant, chaque citoyen possède un savoir de vie qui peut devenir une ressource précieuse pour la communauté lorsqu'il est reconnu, accompagné et partagé.

Le mentorat communautaire transforme ainsi notre manière de concevoir l'engagement. Il ne cherche pas d'abord à pourvoir des postes bénévoles, mais à révéler les capacités qui existent déjà dans une communauté. Il favorise des relations durables, où chacun apprend autant qu'il contribue. Dans cette perspective, une communauté robuste n'est pas celle qui dispose du plus grand nombre de bénévoles, mais celle qui crée les conditions pour que les personnes découvrent leur capacité de devenir, à leur manière, des accompagnants, des passeurs d'expérience et des tisseurs de liens. Le mentorat communautaire ne forme pas des experts; il révèle des personnes capables d'être présentes à d'autres avec générosité, discernement et humanité. C'est peut-être là que réside le véritable avenir du bénévolat : dans une culture où chaque expérience de vie peut devenir une source d'accompagnement et de croissance collective.

mardi 7 juillet 2026

Concevoir un cours… ou habiter une question?


Depuis plusieurs mois, je travaille à la conception d'un nouveau cours intitulé HUM 2510 – Fondements en leadership, qui sera offert à l'automne 2026 dans le cadre du Baccalauréat en leadership, écologie et équité de l'Université Saint-Paul. Au départ, je croyais construire une introduction aux principales théories du leadership. Peu à peu, un déplacement s'est opéré. Les auteurs, les modèles et les activités ont cessé d'être de simples contenus à enseigner pour devenir des voix en conversation autour d'une même question : Comment concevoir les conditions qui permettent aux personnes, aux organisations et aux communautés d'apprendre, de contribuer et de s'épanouir ensemble? J'ai découvert que le leadership ne se résume pas à des compétences ou à des styles de gestion; il est avant tout une manière d'habiter les transitions de notre époque avec discernement, écoute et responsabilité.

Ce travail de conception m'a également transformé. J'ai compris que ce qui donne son unité au cours n'est pas une théorie unique, mais un ensemble de valeurs partagées : la dignité de chaque personne, l'apprentissage collectif, le dialogue, la justice, la robustesse du vivant et l'espérance. Le leadership apparaît alors moins comme l'art de conduire les autres que comme celui de créer les conditions où chacun peut devenir pleinement lui-même et contribuer au bien commun. Peut-être est-ce là le véritable rôle de l'enseignement : non pas transmettre uniquement des connaissances, mais ouvrir des espaces où de nouvelles possibilités peuvent émerger.

lundi 6 juillet 2026

Là où naît la robustesse

 

Il n'existe aucune sécurité absolue sur cette planète. Nous vivons dans un monde où le pire comme le meilleur peuvent surgir sans prévenir. Pourtant, une grande partie de notre énergie est consacrée à tenter d'éliminer l'incertitude, comme si nous pouvions enfin atteindre un lieu où rien ne pourrait nous atteindre. Cette quête est profondément humaine, mais elle devient parfois une illusion qui nous éloigne de la vie elle-même. Plus nous cherchons à tout contrôler, plus nous risquons de perdre notre capacité d'accueillir l'imprévu, de nous émerveiller et d'apprendre de ce qui advient.

La véritable force ne réside peut-être pas dans la sécurité, mais dans la robustesse. Être robuste ne signifie pas être invulnérable; cela signifie développer une présence capable de traverser les épreuves sans renoncer à ce qui nous rend profondément humains. Cette robustesse se construit dans les liens, dans les communautés qui soutiennent, dans la confiance que nous développons envers la vie malgré son imprévisibilité. Au lieu de chercher un monde sans risques, nous pouvons apprendre à devenir des femmes et des hommes capables d'habiter l'incertitude avec lucidité, courage et espérance. C'est souvent là, au cœur même de cette vulnérabilité assumée, que naissent les plus belles rencontres, les plus grands apprentissages et les contributions les plus fécondes.

vendredi 3 juillet 2026

Découvrir en soi ce qui ne vieillit jamais

 


Dans une société qui valorise la jeunesse, la vitesse et la performance, vieillir est souvent présenté comme une succession de pertes. Pourtant, la psychologue et auteure Marie de Hennezel nous invite à un tout autre regard lorsqu'elle écrit : « Il faut découvrir en soi ce qui ne vieillit jamais. » Cette invitation ne consiste pas à nier les effets du temps, mais à reconnaître qu'au cœur de chaque personne demeure une source de vie que les années ne peuvent atteindre. La capacité d'aimer, de s'émerveiller, d'écouter profondément, de transmettre et de donner un sens à son existence ne disparaît pas avec l'âge; elle peut même gagner en profondeur. Le véritable vieillissement n'est peut-être pas celui du corps, mais celui du regard que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres.

Cette réflexion ouvre une perspective d'espérance, particulièrement auprès des personnes aînées, des proches aidants et de tous ceux qui accompagnent le vieillissement. Si nous cherchons uniquement ce qui s'efface, nous risquons de passer à côté de ce qui grandit silencieusement. Les années peuvent devenir un chemin vers une présence plus libre, une sagesse plus incarnée et une capacité renouvelée de faire grandir les autres. Vieillir ne signifie alors plus simplement avancer dans le temps; c'est apprendre à reconnaître cette part de soi qui demeure vivante, quelles que soient les saisons de la vie.

mercredi 1 juillet 2026

L'université, une rivière où l'on apprend à devenir

 

Une université ressemble davantage à une rivière de montagne qu'à une autoroute. Elle ne suit pas une ligne droite vers la réussite; elle contourne les obstacles, ralentit devant les rochers, accueille les affluents et poursuit son chemin en se transformant. Les connaissances sont importantes, mais elles ne prennent tout leur sens que lorsqu'elles façonnent notre manière d'habiter le monde. Étudier, c'est bien plus qu'accumuler des compétences : c'est apprendre à discerner, à écouter, à dialoguer avec des traditions de pensée, à accueillir des perspectives différentes et à découvrir peu à peu la personne que nous sommes appelés à devenir. Une université qui ne forme que des experts risque d'oublier sa mission la plus profonde : former des êtres humains capables de contribuer au bien commun.

En observant un ruisseau traverser une forêt ancienne, on comprend que la force ne réside pas dans la vitesse, mais dans la fidélité au mouvement de la vie. Chaque pierre ralentit l'eau sans l'arrêter; chaque détour enrichit son parcours. Il en va de même de l'apprentissage. Les questions que nous rencontrons au fil de nos études, Quel est le sens de ma vie? À quoi vais-je consacrer mes talents? Comment puis-je prendre soin des autres et du monde? deviennent les véritables sources de notre éducation. L'université n'est donc pas seulement un lieu où l'on prépare une carrière; elle est un espace où l'on apprend, jour après jour, à devenir pleinement humain.

Photo : La réserve écologique de la Forêt-la-Blanche, 30 juin 2026.