mercredi 21 octobre 2026

Le deuil ne commence pas avec la mort

 

Toute perte s'inscrit dans une histoire humaine qui la précède et qui continue, sous d'autres formes, après le décès. Lorsqu'une personne meurt, ce n'est pas seulement sa présence qui nous manque, mais aussi tout un monde de relations, de souvenirs, d'habitudes, de projets et de gestes partagés qui se transforme. Le deuil ne commence donc pas nécessairement au moment de la mort. Il peut déjà habiter les années de maladie, les changements dans une relation, les conversations qui n'ont pas eu lieu ou les adieux que nous n'avons pas pu faire. Et pourtant, la mort ne met pas fin à tout ce qui nous reliait à cette personne. Certaines présences continuent de nous accompagner à travers une parole, une recette, un paysage, une manière de voir le monde ou une valeur que nous portons désormais en nous.

Au fil de mes réflexions sur l'accompagnement du deuil, je comprends davantage l'importance de ne pas réduire une vie à ses derniers instants, ni une personne endeuillée à sa souffrance. Accompagner, c'est accueillir toute l'histoire de la relation, avec ses beautés, ses fragilités, ses contradictions et parfois ses questions sans réponse. C'est aussi reconnaître que chacun poursuit son chemin à son rythme, entre le souvenir de ce qui a été et l'émergence de ce qui demeure possible. Nous n'avons pas à aider les personnes à tourner la page, comme si leur histoire devait être refermée. Nous pouvons plutôt créer un espace où cette histoire trouve progressivement une nouvelle place dans leur vie, sans effacer l'absence ni empêcher la vie de continuer.

mardi 20 octobre 2026

Le deuil et la proche aidance : apprendre à voir les relations autrement


Hier, à l'occasion d'une journée de formation sur l'accompagnement du deuil, j'ai approfondi une idée qui transforme progressivement ma manière de comprendre l'accompagnement : nous ne traversons pas les épreuves de la vie uniquement à l'intérieur de nous-mêmes, mais aussi à travers les relations qui nous entourent. L'anthropologue Marc-Antoine Berthod parle du paysage relationnel du deuil. Il nous rappelle que le deuil ne suit pas nécessairement un parcours linéaire. Il se vit plutôt en pointillés, à travers des rencontres, des silences, des souvenirs et des gestes parfois discrets. Une personne peut être entourée et pourtant se sentir profondément seule. À l'inverse, une attention bienveillante, un collègue qui ajuste ses attentes ou un proche qui demeure disponible sans chercher à tout expliquer peuvent faire une réelle différence. J'en retiens que la qualité de notre présence compte souvent davantage que notre capacité à trouver les bons mots.

Cette réflexion m'amène également à regarder autrement la proche aidance et notre travail communautaire à Connexions. Une personne proche aidante ne vit pas seulement avec ses responsabilités, ses émotions et ses limites; elle évolue dans un paysage de relations familiales, amicales, professionnelles et institutionnelles qui peuvent tantôt la soutenir, tantôt alourdir son quotidien. Accompagner ne consiste donc pas uniquement à renforcer ses capacités individuelles, mais aussi à reconnaître avec elle les relations et les conditions qui pourraient rendre son expérience plus soutenable. Un autre apprentissage important de cette journée est que le savoir-être ne s'acquiert jamais une fois pour toutes : il se cultive par l'écoute, la présence, la réflexivité et notre capacité à accepter de ne pas toujours avoir de solution. Peut-être est-ce là une invitation qui nous concerne tous : apprendre à devenir, dans nos familles, nos milieux de travail et nos communautés, des présences sur lesquelles les autres peuvent compter.

lundi 19 octobre 2026

Accompagner le deuil, c’est d’abord apprendre à être présent


Aujourd’hui, je commence une formation de deux jours sur le deuil et l’accompagnement, offerte par l’Université de Montréal. Pourquoi continuer à me former dans ce domaine? Parce que derrière chaque deuil, il y a une personne, une histoire, des relations et une manière bien à elle de vivre la perte. Nous connaissons tous, de près ou de loin, quelqu’un qui traverse un deuil. Et devant sa souffrance, nous ne savons pas toujours quoi dire ou quoi faire. Pourtant, notre présence, notre écoute et notre capacité à accueillir ce que l’autre vit peuvent déjà faire une grande différence. Cette formation sera pour moi l’occasion d’approfondir différentes façons de comprendre le deuil et d’explorer des outils pour mieux accompagner les personnes qui en ressentent le besoin.

Je souhaite aussi mettre ces apprentissages au service du développement de notre programme de mentorat communautaire à Connexions. Avec nos organismes partenaires, nous cherchons à créer des espaces où des personnes peuvent trouver une écoute attentive, du soutien et des liens humains lorsqu’elles traversent des moments difficiles. Je crois profondément que nos communautés possèdent déjà de nombreuses ressources d’entraide et de solidarité. Notre défi est de les reconnaître, de les soutenir et de les faire grandir ensemble. Former des mentors communautaires, ce n’est pas leur demander de devenir des thérapeutes ou d’avoir réponse à tout. C’est les aider à développer une posture de présence, à reconnaître les limites de leur rôle et à accompagner les autres avec respect, sensibilité et discernement. C’est aussi une belle façon de rappeler que prendre soin les uns des autres est une responsabilité que nous pouvons partager.

dimanche 18 octobre 2026

Mettre de l’ordre dans nos relations

 

Mettre de l’ordre en soi peut aussi signifier regarder avec plus de lucidité les relations qui composent notre vie. Inspirée par Adam Grant, la distinction entre connaissances de contexte, alliés, camarades et compagnons de cheminement nous aide à reconnaître que tous les liens n’ont ni la même fonction ni la même profondeur. Il ne s’agit pas de classer les personnes ou de placer certaines relations au-dessus des autres, mais de discerner ce que chaque lien rend possible, ce que nous y apportons et ce que nous en attendons. Plusieurs déceptions relationnelles naissent peut-être moins d’un manque d’affection que d’un décalage entre la nature réelle d’une relation et les attentes que nous lui confions.

Cette relecture devient particulièrement féconde lorsqu’elle est mise en dialogue avec l’intelligence émotionnelle. Nos relations révèlent notre manière de reconnaître et d’exprimer nos émotions, d’affirmer nos besoins, d’accueillir le vécu des autres, de prendre des décisions et de traverser les tensions. Certaines nous invitent à développer l’empathie; d’autres, l’affirmation de soi, la flexibilité ou le sens de la réalité. Mettre de l’ordre dans son monde relationnel ne signifie donc pas nécessairement s’éloigner des autres. Cela peut vouloir dire ajuster une attente, clarifier une limite, nourrir un lien négligé ou cesser de demander à une seule personne de répondre à tous nos besoins. Nous apprenons alors à habiter nos relations avec davantage de conscience, de liberté et de justesse.

samedi 17 octobre 2026

Bâtir nos paroisses ensemble : une invitation à collaborer autrement

 

Les 23 et 24 octobre prochains, j’aurai le plaisir de retrouver Leah Perrault à Saint-Boniface, au Manitoba, pour les Journées d’études diocésaines 2026, consacrées au leadership paroissial collaboratif.

Comment pouvons-nous créer des communautés paroissiales où chaque personne trouve sa place, où les différences deviennent une richesse et où les responsabilités sont partagées au service d’une mission commune?

Au cours de ces journées, nous explorerons ensemble les dimensions humaines, relationnelles et spirituelles de la collaboration. Nous nous intéresserons particulièrement à la présence, à l’écoute, à la confiance et au discernement, ainsi qu’aux pratiques concrètes qui permettent aux communautés de grandir et d’agir ensemble.

Je suis heureux de contribuer à cette démarche avec Leah et les personnes engagées dans la vie des paroisses de l’Archidiocèse de Saint-Boniface.

Les présentations seront offertes en anglais, avec interprétation simultanée en français. Les échanges en groupe pourront se dérouler dans les deux langues.