mardi 20 octobre 2026

Le deuil et la proche aidance : apprendre à voir les relations autrement


Hier, à l'occasion d'une journée de formation sur l'accompagnement du deuil, j'ai approfondi une idée qui transforme progressivement ma manière de comprendre l'accompagnement : nous ne traversons pas les épreuves de la vie uniquement à l'intérieur de nous-mêmes, mais aussi à travers les relations qui nous entourent. L'anthropologue Marc-Antoine Berthod parle du paysage relationnel du deuil. Il nous rappelle que le deuil ne suit pas nécessairement un parcours linéaire. Il se vit plutôt en pointillés, à travers des rencontres, des silences, des souvenirs et des gestes parfois discrets. Une personne peut être entourée et pourtant se sentir profondément seule. À l'inverse, une attention bienveillante, un collègue qui ajuste ses attentes ou un proche qui demeure disponible sans chercher à tout expliquer peuvent faire une réelle différence. J'en retiens que la qualité de notre présence compte souvent davantage que notre capacité à trouver les bons mots.

Cette réflexion m'amène également à regarder autrement la proche aidance et notre travail communautaire à Connexions. Une personne proche aidante ne vit pas seulement avec ses responsabilités, ses émotions et ses limites; elle évolue dans un paysage de relations familiales, amicales, professionnelles et institutionnelles qui peuvent tantôt la soutenir, tantôt alourdir son quotidien. Accompagner ne consiste donc pas uniquement à renforcer ses capacités individuelles, mais aussi à reconnaître avec elle les relations et les conditions qui pourraient rendre son expérience plus soutenable. Un autre apprentissage important de cette journée est que le savoir-être ne s'acquiert jamais une fois pour toutes : il se cultive par l'écoute, la présence, la réflexivité et notre capacité à accepter de ne pas toujours avoir de solution. Peut-être est-ce là une invitation qui nous concerne tous : apprendre à devenir, dans nos familles, nos milieux de travail et nos communautés, des présences sur lesquelles les autres peuvent compter.

lundi 19 octobre 2026

Accompagner le deuil, c’est d’abord apprendre à être présent


Aujourd’hui, je commence une formation de deux jours sur le deuil et l’accompagnement, offerte par l’Université de Montréal. Pourquoi continuer à me former dans ce domaine? Parce que derrière chaque deuil, il y a une personne, une histoire, des relations et une manière bien à elle de vivre la perte. Nous connaissons tous, de près ou de loin, quelqu’un qui traverse un deuil. Et devant sa souffrance, nous ne savons pas toujours quoi dire ou quoi faire. Pourtant, notre présence, notre écoute et notre capacité à accueillir ce que l’autre vit peuvent déjà faire une grande différence. Cette formation sera pour moi l’occasion d’approfondir différentes façons de comprendre le deuil et d’explorer des outils pour mieux accompagner les personnes qui en ressentent le besoin.

Je souhaite aussi mettre ces apprentissages au service du développement de notre programme de mentorat communautaire à Connexions. Avec nos organismes partenaires, nous cherchons à créer des espaces où des personnes peuvent trouver une écoute attentive, du soutien et des liens humains lorsqu’elles traversent des moments difficiles. Je crois profondément que nos communautés possèdent déjà de nombreuses ressources d’entraide et de solidarité. Notre défi est de les reconnaître, de les soutenir et de les faire grandir ensemble. Former des mentors communautaires, ce n’est pas leur demander de devenir des thérapeutes ou d’avoir réponse à tout. C’est les aider à développer une posture de présence, à reconnaître les limites de leur rôle et à accompagner les autres avec respect, sensibilité et discernement. C’est aussi une belle façon de rappeler que prendre soin les uns des autres est une responsabilité que nous pouvons partager.

dimanche 18 octobre 2026

Mettre de l’ordre dans nos relations

 

Mettre de l’ordre en soi peut aussi signifier regarder avec plus de lucidité les relations qui composent notre vie. Inspirée par Adam Grant, la distinction entre connaissances de contexte, alliés, camarades et compagnons de cheminement nous aide à reconnaître que tous les liens n’ont ni la même fonction ni la même profondeur. Il ne s’agit pas de classer les personnes ou de placer certaines relations au-dessus des autres, mais de discerner ce que chaque lien rend possible, ce que nous y apportons et ce que nous en attendons. Plusieurs déceptions relationnelles naissent peut-être moins d’un manque d’affection que d’un décalage entre la nature réelle d’une relation et les attentes que nous lui confions.

Cette relecture devient particulièrement féconde lorsqu’elle est mise en dialogue avec l’intelligence émotionnelle. Nos relations révèlent notre manière de reconnaître et d’exprimer nos émotions, d’affirmer nos besoins, d’accueillir le vécu des autres, de prendre des décisions et de traverser les tensions. Certaines nous invitent à développer l’empathie; d’autres, l’affirmation de soi, la flexibilité ou le sens de la réalité. Mettre de l’ordre dans son monde relationnel ne signifie donc pas nécessairement s’éloigner des autres. Cela peut vouloir dire ajuster une attente, clarifier une limite, nourrir un lien négligé ou cesser de demander à une seule personne de répondre à tous nos besoins. Nous apprenons alors à habiter nos relations avec davantage de conscience, de liberté et de justesse.

samedi 17 octobre 2026

Bâtir nos paroisses ensemble : une invitation à collaborer autrement

 

Les 23 et 24 octobre prochains, j’aurai le plaisir de retrouver Leah Perrault à Saint-Boniface, au Manitoba, pour les Journées d’études diocésaines 2026, consacrées au leadership paroissial collaboratif.

Comment pouvons-nous créer des communautés paroissiales où chaque personne trouve sa place, où les différences deviennent une richesse et où les responsabilités sont partagées au service d’une mission commune?

Au cours de ces journées, nous explorerons ensemble les dimensions humaines, relationnelles et spirituelles de la collaboration. Nous nous intéresserons particulièrement à la présence, à l’écoute, à la confiance et au discernement, ainsi qu’aux pratiques concrètes qui permettent aux communautés de grandir et d’agir ensemble.

Je suis heureux de contribuer à cette démarche avec Leah et les personnes engagées dans la vie des paroisses de l’Archidiocèse de Saint-Boniface.

Les présentations seront offertes en anglais, avec interprétation simultanée en français. Les échanges en groupe pourront se dérouler dans les deux langues.

vendredi 16 octobre 2026

La confiance ne se réclame pas, elle se cultive

 

Après deux jours et demi de rencontres, de réflexions et d’échanges à l’occasion d’un colloque international sur la confiance et le dialogue, une question continue de m’habiter : une institution cherche-t-elle à rétablir la confiance pour retrouver son pouvoir, ou accepte-t-elle de transformer son rapport au pouvoir pour redevenir digne de confiance? Cette distinction me semble essentielle. La confiance ne se décrète pas et ne se rétablit pas simplement par des paroles, des intentions ou des engagements. Elle se cultive dans la durée, à travers la compétence, la bienveillance et l’intégrité, mais aussi dans la manière dont nous exerçons le pouvoir, assumons nos responsabilités et accueillons la parole de l’autre. Lorsqu’elle est fragilisée, la tentation peut être grande de vouloir retrouver ce qui existait auparavant. Pourtant, restaurer la confiance ne signifie pas nécessairement revenir à ce qui était. C’est parfois accepter de reconnaître ce qui doit changer.

Peut-être que le dialogue véritable commence précisément lorsque nous consentons à ne pas maîtriser ce qu’il pourrait faire émerger. Écouter, ce n’est pas seulement permettre à l’autre de s’exprimer; c’est reconnaître que sa parole pourrait transformer notre compréhension, nos pratiques et même notre manière d’exercer le pouvoir. Cette disponibilité demande de l’humilité, du courage et une certaine capacité de lâcher-prise. Elle nous rappelle que la confiance ne peut être exigée et que la participation ne peut se réduire à une simple consultation. Qu’il s’agisse de nos relations personnelles, de nos communautés ou de nos institutions, la confiance grandit lorsque chacun peut se sentir reconnu, entendu et libre de contribuer. Je repars de ce colloque avec cette conviction : cultiver la confiance, ce n’est pas chercher à préserver ce que nous sommes, mais créer ensemble les conditions qui nous permettent de devenir autrement.