samedi 3 octobre 2026

Le calme : présence ou protection ?

 

On me dit souvent que je suis une personne calme. Pendant longtemps, j’ai simplement pensé que cela faisait partie de ma personnalité. Mais aujourd’hui, je me demande ce que signifie vraiment être calme. Est-ce la capacité de rester présent quand une situation nous dérange ou nous surprend? Est-ce savoir prendre un moment avant de répondre? Le calme peut être une force. Il crée un espace entre ce qui nous arrive et notre réaction. Dans cet espace, nous pouvons écouter, réfléchir et choisir comment répondre. Être calme ne veut donc pas dire ne rien ressentir. Cela peut plutôt vouloir dire : je suis touché par ce qui arrive, mais je n’ai pas besoin de réagir immédiatement.

Mais le calme peut aussi servir à nous protéger. Parfois, nous gardons le silence parce que nous écoutons vraiment. D’autres fois, nous gardons le silence parce qu’il est difficile de montrer ce que nous ressentons. Notre calme peut donc nous rapprocher des autres ou créer une distance. L’important n’est peut-être pas de décider si notre calme est bon ou mauvais, mais de nous demander : est-ce que mon calme m’aide à rester présent à ce qui arrive, ou est-ce qu’il m’aide à m’en protéger? Les deux sont possibles. Apprendre à faire cette différence peut nous aider à trouver notre sise, c’est-à-dire un point d’appui intérieur. Trouver sa sise ne veut pas dire que rien ne peut nous ébranler. C’est plutôt découvrir en soi assez de stabilité pour rester présent, même quand la vie nous surprend.

vendredi 2 octobre 2026

Ce qui me traverse

 

Ce portrait est inspiré du cours Stories from the Body, que je traduirais par « Les récits du corps » de Lewis Mehl-Madrona et Barbara Mainguy. Une invitation à imaginer le corps non seulement comme une réalité physique, mais comme un paysage porteur d’histoires, de mémoires, de relations et de mondes intérieurs.

Si mon corps était un paysage, qu’y trouverais-je? Des forêts et des éclaircies, certainement. Des racines, des pierres, de l’eau qui cherche son passage. Des lieux marqués par les personnes rencontrées, les pertes traversées et les recommencements. Certaines expériences prennent racine. D’autres creusent des passages. D’autres encore ouvrent en nous des espaces dont nous ignorions l’existence.

Avec les années, je cherche moins à maîtriser le chemin qu’à marcher avec ce qui se présente. Peut-être est-ce aussi cela, vieillir et accompagner : devenir suffisamment présent pour laisser coexister en soi la forêt et l’éclaircie, la pierre et l’eau, les racines et le mouvement. Non pas arriver quelque part, mais continuer à devenir, en relation avec le vivant, avec ce qui nous dépasse et avec celles et ceux qui marchent un moment à nos côtés.

jeudi 1 octobre 2026

Vieillir, c’est encore devenir

 

Le 1er octobre, Journée nationale des aînés, nous invite à reconnaître la contribution des personnes qui avancent en âge. Au Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain de l’Université Saint-Paul, cette journée nous invite aussi à poser une question plus fondamentale : que signifie s’épanouir tout au long de la vie ? Vieillir n’est pas seulement accumuler des années, des expériences ou des souvenirs. C’est continuer à devenir. Une personne ne cesse pas d’être en mouvement parce qu’elle franchit un seuil d’âge. Elle continue d’aimer, d’apprendre, de perdre et de recommencer, de créer des liens, de transmettre et de découvrir des dimensions nouvelles d’elle-même. Célébrer les personnes aînées, c’est ainsi reconnaître ce qu’elles ont apporté et ce qu’elles apportent encore, mais aussi demeurer attentifs à ce qui cherche toujours à naître dans leur vie.

Cette perspective nous invite également à déplacer notre regard : plutôt que de demander seulement ce que nos communautés peuvent faire pour les personnes aînées, demandons-nous ce que nous devenons lorsque nous acceptons d’être transformés par notre relation avec elles. Les relations sont vivantes. Elles nous déplacent, nous enseignent et nous transforment mutuellement. C’est l’une des intuitions qui anime le Centre : penser le vieillissement non comme une réalité isolée de la vie communautaire, mais comme une expérience profondément relationnelle, capable de transformer les personnes, les communautés et même les institutions. Une société attentive au vieillissement ne se reconnaît donc pas seulement aux services qu’elle offre, mais aux espaces qu’elle crée pour que chacun puisse continuer à contribuer et recevoir, transmettre et apprendre, prendre soin et être pris en soin. Vieillir ensemble, c’est peut-être reconnaître que, jusqu’au bout, nous demeurons capables de relation, de transformation et d’épanouissement.

mercredi 30 septembre 2026

La vérité avant la réconciliation


En ce 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, je reviens à une idée simple : il est difficile de parler de réconciliation sans d’abord accepter d’écouter la vérité. Écouter les récits des survivantes et survivants des pensionnats, reconnaître les blessures transmises aux familles et aux communautés, mais aussi accepter que cette écoute puisse remettre en question certaines de nos façons de comprendre notre histoire, nos institutions et nos relations avec les peuples autochtones.

La réconciliation ne se limite donc pas à se souvenir ni à poser les bons gestes une journée par année. Elle nous invite à entrer autrement en relation : écouter avant de répondre, apprendre avant de proposer, reconnaître avant de chercher à réparer. Peut-être commence-t-elle lorsque nous cessons de demander seulement ce que nous pouvons faire et que nous acceptons aussi de nous demander ce que la vérité entendue aujourd’hui pourrait transformer en nous.

mardi 29 septembre 2026

Ce qui me porte quand je n’ai plus à tout porter

 

Une grande partie de notre vie, nous apprenons à tenir : tenir debout, tenir nos engagements, prendre soin de notre famille, travailler et être là pour les autres. Cette capacité est importante. Elle nous aide à devenir autonomes, à faire des choix et à prendre nos responsabilités. Mais avec l’âge, une perte ou une grande transition, certaines choses peuvent changer. Ce qui nous donnait autrefois un sentiment de sécurité n’est peut-être plus aussi solide. Une question apparaît alors : si je n’ai plus besoin de tout tenir aussi fermement, qu’est-ce qui me porte? Nous pouvons découvrir que notre force ne vient pas seulement de nous-mêmes. Elle vient aussi des personnes qui nous aiment, de notre communauté, de notre corps, de la nature, de ce qui donne un sens à notre vie et, pour certains, de la spiritualité ou de la foi.

Vieillir peut ainsi nous apprendre quelque chose que nous oublions parfois : s’appuyer sur quelqu’un n’est pas s’effondrer. Après avoir passé des années à aider, à soutenir et à prendre soin des autres, il peut être difficile de recevoir à notre tour. Demander de l’aide, faire confiance ou permettre à quelqu’un de prendre soin de nous ne signifie pas perdre notre autonomie. Cela signifie reconnaître que personne ne traverse toute une vie seul. La confiance ne veut pas dire croire que rien de difficile ne nous arrivera. Elle consiste peut-être simplement à découvrir que, lorsque quelque chose arrive, nous n’avons pas toujours à le porter seuls.