mercredi 29 avril 2026

Le travail qui nous transforme


On parle souvent du travail comme de ce que l’on produit. Ce que l’on finit. Ce que l’on livre. Mais si le vrai travail était ailleurs?

Je m’en rends compte dans les moments simples. Une conversation difficile où je choisis d’écouter plutôt que de répondre trop vite. Une décision où je prends le temps de me recentrer. Une journée où je fais moins… mais mieux.

Dans ces moments-là, quelque chose change. Pas autour de moi. En moi.

Le travail devient alors un espace de transformation. Je ne fais pas seulement des choses. Je deviens quelqu’un.

Dans mes engagements, cela devient très concret. Je peux préparer, organiser, structurer. Mais ce qui compte vraiment, c’est ma présence. Est-ce que je suis attentif? Est-ce que je suis ouvert? Est-ce que je suis vrai?

Ce travail intérieur est exigeant. Il demande du courage. Il demande de regarder ce que je préfère éviter. Il demande de lâcher le contrôle sur ce qui ne dépend pas de moi… pour agir pleinement là où j’ai du pouvoir.

Peu à peu, une autre manière de travailler apparaît. Plus calme. Plus claire. Plus alignée.

Je ne cherche plus seulement à réussir. Je cherche à être juste.

Et là, quelque chose s’apaise. Le travail ne me définit plus seulement par ce que je fais. Il devient un chemin pour grandir.

mardi 28 avril 2026

Traverser les passages, tisser la communauté


 Le 1er mai prochain marquera pour moi le début d’un nouveau chapitre comme directeur du Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain à l’Université Saint-Paul.

J’aborde ce passage avec un profond sentiment de responsabilité et de cohérence. Depuis plusieurs années, mes engagements en enseignement, en recherche et en accompagnement convergent vers une même question : comment soutenir des espaces où les personnes, les communautés et les institutions peuvent traverser les étapes du vieillissement avec dignité, présence et sens.

Ce rôle s’inscrit dans cette continuité. Il ouvre un lieu pour approfondir une vision du vieillissement qui dépasse les seuls enjeux biomédicaux et démographiques, afin de reconnaître pleinement les dimensions relationnelles, communautaires et spirituelles de l’existence. Un lieu pour penser et agir autrement, avec celles et ceux qui œuvrent déjà sur le terrain, souvent dans l’ombre, au cœur du lien.

Je porterai ce mandat comme une invitation à relier les savoirs, les pratiques et les expériences vécues. À créer des espaces de rencontre où la parole circule, où l’écoute transforme, et où la communauté devient une source vivante d’épanouissement humain.

Au plaisir de cheminer avec vous dans cette aventure.

« Vieillir n’est pas s’éloigner de la vie, mais entrer plus profondément dans le lien qui nous relie aux autres, au monde et à nous-mêmes. »  Marquis

Ce qui dépend de mes mains


Un homme s’assit près du feu, au bord de la rivière, là où l’eau ralentit avant de tourner. Il venait souvent ici pour attendre que quelque chose change. Il ne savait pas exactement quoi. Le vent, peut-être. Ou le cœur des autres.

Ce soir-là, le feu prit difficilement. Le bois était humide. L’homme souffla longtemps, avec impatience. « Pourquoi cela ne brûle-t-il pas? » dit-il à voix haute.

Une vieille femme, qu’il n’avait pas vue arriver, s’assit à ses côtés. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle regarda le feu, puis la rivière.

« Tu attends que le feu soit autre que ce qu’il est », dit-elle doucement. « Mais regarde bien : le bois est mouillé, le vent est faible, et tes mains tremblent. Voilà les causes. »

L’homme se tut.

Elle prit alors une petite branche sèche qu’elle avait glissée dans son manteau. Elle la déposa au cœur des braises. Elle changea légèrement la disposition du bois. Puis elle souffla, lentement, avec une respiration posée.

La flamme s’éleva.

« Je n’ai pas attendu que le feu veuille bien naître », dit-elle. « J’ai regardé ce qui était là, et j’ai répondu. »

L’homme sentit quelque chose se déplacer en lui. Il regarda ses mains. Elles ne tremblaient plus.

La vieille femme se leva. Avant de partir, elle ajouta : « Ce qui ne dépend pas de toi t’enseigne la patience. Ce qui dépend de toi t’appelle à la volonté. »

L’homme resta seul avec le feu. Il ne demanda plus au vent de changer. Il apprit à orienter sa respiration.

dimanche 26 avril 2026

Parler sans se rencontrer

 

Il arrive que, dans nos milieux de travail ou même dans nos conversations, les mots perdent leur poids. On parle beaucoup, mais on ne se rejoint plus vraiment. Ce que certaines recherches nomment le bullshit organisationnel décrit bien ce phénomène : des paroles dites sans réel souci de vérité, simplement pour convaincre, rassurer ou maintenir une apparence. Ce n’est pas toujours intentionnel. Mais ses effets sont bien réels. Quand les mots ne tiennent plus, la confiance se fragilise. Et quand la confiance se fissure, la relation s’effrite. Prenez un instant pour vous demander : quand avez-vous senti que quelqu’un parlait sans être vraiment ancré dans ce qu’il disait ? Qu’est-ce que cela a changé en vous ?

Face à cela, nous avons une responsabilité simple, mais exigeante : revenir à la qualité du lien. Ouvrir des espaces où la parole peut être vraie. Écouter sans vouloir corriger trop vite. Choisir des mots qui partent de l’expérience, et non de l’apparence. Le contraire du bullshit organisationnel, ce n’est pas seulement dire la vérité. C’est habiter la relation avec présence. Dans vos échanges aujourd’hui, posez-vous cette question : suis-je en train de parler pour convaincre… ou pour rencontrer ? C’est souvent dans ce choix discret que le lien se transforme.

samedi 25 avril 2026

Quand l’invitation ne suffit pas


Inviter quelqu’un, c’est ouvrir une porte. C’est dire : « tu peux entrer ». Mais entrer ne veut pas dire être accueilli. L’accueil, lui, se voit dans les gestes simples : le regard, l’écoute, la place réelle que l’on fait à l’autre. Sans cela, la personne peut être là sans vraiment y être. Elle parle, mais n’est pas entendue. Elle participe, mais ne se sent pas incluse. Peu à peu, quelque chose s’épuise. Non pas parce qu’elle manque de valeur, mais parce que l’espace ne permet pas sa présence.

À l’inverse, quand l’accueil est là, tout change. La personne n’a pas besoin de forcer sa place. Elle se sent reconnue, et elle peut contribuer pleinement. Le groupe aussi s’enrichit, car chacun apporte quelque chose de vrai. Créer un espace relationnel, ce n’est donc pas seulement inviter, c’est rendre l’espace habitable. Cela demande de l’attention, du respect et une volonté réelle d’être en lien. C’est là que la présence devient vivante, et que la contribution devient possible.