vendredi 16 octobre 2026

La confiance ne se réclame pas, elle se cultive

 

Après deux jours et demi de rencontres, de réflexions et d’échanges à l’occasion d’un colloque international sur la confiance et le dialogue, une question continue de m’habiter : une institution cherche-t-elle à rétablir la confiance pour retrouver son pouvoir, ou accepte-t-elle de transformer son rapport au pouvoir pour redevenir digne de confiance? Cette distinction me semble essentielle. La confiance ne se décrète pas et ne se rétablit pas simplement par des paroles, des intentions ou des engagements. Elle se cultive dans la durée, à travers la compétence, la bienveillance et l’intégrité, mais aussi dans la manière dont nous exerçons le pouvoir, assumons nos responsabilités et accueillons la parole de l’autre. Lorsqu’elle est fragilisée, la tentation peut être grande de vouloir retrouver ce qui existait auparavant. Pourtant, restaurer la confiance ne signifie pas nécessairement revenir à ce qui était. C’est parfois accepter de reconnaître ce qui doit changer.

Peut-être que le dialogue véritable commence précisément lorsque nous consentons à ne pas maîtriser ce qu’il pourrait faire émerger. Écouter, ce n’est pas seulement permettre à l’autre de s’exprimer; c’est reconnaître que sa parole pourrait transformer notre compréhension, nos pratiques et même notre manière d’exercer le pouvoir. Cette disponibilité demande de l’humilité, du courage et une certaine capacité de lâcher-prise. Elle nous rappelle que la confiance ne peut être exigée et que la participation ne peut se réduire à une simple consultation. Qu’il s’agisse de nos relations personnelles, de nos communautés ou de nos institutions, la confiance grandit lorsque chacun peut se sentir reconnu, entendu et libre de contribuer. Je repars de ce colloque avec cette conviction : cultiver la confiance, ce n’est pas chercher à préserver ce que nous sommes, mais créer ensemble les conditions qui nous permettent de devenir autrement.

jeudi 15 octobre 2026

De la fracture à la coresponsabilité : la confiance se reconstruit ensemble


Un grand merci à toutes les personnes qui ont participé aujourd’hui à notre présentation dans le cadre du colloque international Confiance et dialogue dans l’Église catholique, à l’Université Saint-Paul. Vos questions, vos réflexions et votre présence ont enrichi cette conversation sur la confiance, le dialogue et la coresponsabilité. Notre étude de cas nous rappelle que reconstruire la confiance ne consiste pas à effacer les fractures, mais à créer les conditions pour que de nouvelles relations puissent émerger.

Un merci tout particulier à ma collègue Monique Washnuk, avec qui j’ai eu le plaisir de préparer et de partager cette réflexion. Sa sensibilité, son expérience et la richesse de son regard ont nourri notre démarche commune. Cette collaboration témoigne elle-même de ce que nous cherchons à explorer : une manière d’avancer ensemble, dans l’écoute, le respect et l’ouverture à ce qui peut émerger de nos différences.

mercredi 14 octobre 2026

Ce qui tombe nourrit ce qui vient


À l’automne, les feuilles se détachent des arbres et retournent lentement à la terre. Elles ne disparaissent pas vraiment. Elles se décomposent, enrichissent le sol et participent silencieusement à l’émergence de nouvelles formes de vie. Il en va peut-être ainsi de nos propres transitions. Ce que nous laissons derrière nous, une manière d’être, un rôle, une relation, une certitude, ne s’efface pas nécessairement. Cela peut devenir une part du terreau de notre devenir. Mais entre ce qui se termine et ce qui commence, il existe un temps d’incertitude, un espace où rien ne semble encore prendre forme. Un temps qu’il nous faut parfois simplement apprendre à habiter.

Le lâcher-prise n’est donc pas seulement l’art de renoncer ou d’accepter ce qui s’achève. Il est aussi une invitation à faire confiance à la vie sans chercher à déterminer ce qui doit renaître. Nous voudrions parfois que chaque fin annonce immédiatement un nouveau commencement, que chaque perte trouve son sens et que chaque transition conduise quelque part. Pourtant, certaines transformations demandent du silence, de la patience et une disponibilité à l’imprévu. Comme la feuille d’automne, nous participons à des mouvements qui nous dépassent. Et peut-être que la foi la plus profonde ne consiste pas à savoir ce qui viendra, mais à demeurer ouverts à ce qui peut encore advenir.

lundi 12 octobre 2026

L’Action de grâces : la beauté de ce qui est déjà là

 

En cette journée de l’Action de grâces, je prends conscience que la gratitude ne naît pas seulement de ce que nous recevons, mais aussi de notre capacité à reconnaître ce qui est déjà là. La méditation Zen m’a doucement appris à ralentir, à habiter le silence et à regarder la vie sans toujours chercher à la comprendre ou à la changer. À laisser passer les nuages sans vouloir retenir le ciel. Avec les années, je découvre que les moments les plus précieux sont parfois les plus simples : une présence, un sourire, une rencontre inattendue, un instant de beauté. Il n’est pas nécessaire que tout soit parfait pour éprouver de la reconnaissance. Parfois, il suffit de s’arrêter assez longtemps pour laisser la vie nous toucher.

L’Action de grâces m’invite aussi à reconnaître tout ce qui, dans mon existence, ne dépend pas uniquement de moi. Les personnes qui ont croisé mon chemin, celles qui m’accompagnent encore, les expériences qui m’ont transformé, et même les imprévus qui m’ont conduit ailleurs que là où je pensais aller. Dans mon travail comme dans ma vie personnelle, j’apprends peu à peu à moins vouloir maîtriser et à davantage faire confiance à ce qui peut émerger. Remercier, c’est peut-être aussi cela : accueillir ce qui vient, reconnaître ce qui passe et laisser partir ce qui ne nous appartient pas. En ce jour d’automne, je ressens surtout de la gratitude pour cette vie qui continue de me surprendre, pour les liens qui me portent et pour tout ce qu’il me reste à découvrir.

dimanche 11 octobre 2026

L’Action de grâces : prendre le temps de reconnaître ce qui nous relie

 

Dans une société où nous sommes constamment invités à aller plus vite, à produire davantage et à rechercher ce qui nous manque, l'Action de grâces nous propose un mouvement presque à contre-courant : prendre le temps de reconnaître ce qui est déjà là. Au Canada, cette fête traditionnellement associée aux récoltes et à la reconnaissance des bienfaits reçus peut aujourd'hui prendre un sens renouvelé. Au-delà des repas partagés et des rassemblements familiaux, elle nous invite à réfléchir à notre rapport à l'abondance, à la nature et aux autres. La gratitude ne consiste pas à prétendre que tout va bien ni à ignorer les difficultés de notre époque. Elle nous rappelle plutôt que, même dans l'incertitude, certaines choses continuent de nous nourrir : une présence attentive, un geste de solidarité, une relation qui nous soutient ou simplement la beauté d'un paysage d'automne. Peut-être avons-nous besoin, plus que jamais, de ces moments où nous cessons de mesurer notre existence à partir de ce qui nous manque.

Dans notre société, où cohabitent tant de cultures, de croyances et de manières de vivre, l'Action de grâces peut également devenir une occasion de reconnaître ce que nous partageons au-delà de nos différences. Nos vies ne se construisent jamais seules. Elles prennent forme grâce à une multitude de contributions, de relations et de gestes souvent invisibles. Remercier, dans cette perspective, devient davantage qu'une expression de politesse ou un sentiment personnel : c'est reconnaître notre interdépendance. Et si cette fête nous invitait à passer d'une gratitude centrée sur ce que nous avons reçu à une gratitude qui transforme notre manière de vivre ensemble ? Peut-être que le plus beau sens à donner à l'Action de grâces aujourd'hui serait de nous demander non seulement de quoi nous sommes reconnaissants, mais aussi ce que notre présence rend possible dans la vie des autres.