mercredi 30 septembre 2026

La vérité avant la réconciliation


En ce 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, je reviens à une idée simple : il est difficile de parler de réconciliation sans d’abord accepter d’écouter la vérité. Écouter les récits des survivantes et survivants des pensionnats, reconnaître les blessures transmises aux familles et aux communautés, mais aussi accepter que cette écoute puisse remettre en question certaines de nos façons de comprendre notre histoire, nos institutions et nos relations avec les peuples autochtones.

La réconciliation ne se limite donc pas à se souvenir ni à poser les bons gestes une journée par année. Elle nous invite à entrer autrement en relation : écouter avant de répondre, apprendre avant de proposer, reconnaître avant de chercher à réparer. Peut-être commence-t-elle lorsque nous cessons de demander seulement ce que nous pouvons faire et que nous acceptons aussi de nous demander ce que la vérité entendue aujourd’hui pourrait transformer en nous.

mardi 29 septembre 2026

Ce qui me porte quand je n’ai plus à tout porter

 

Une grande partie de notre vie, nous apprenons à tenir : tenir debout, tenir nos engagements, prendre soin de notre famille, travailler et être là pour les autres. Cette capacité est importante. Elle nous aide à devenir autonomes, à faire des choix et à prendre nos responsabilités. Mais avec l’âge, une perte ou une grande transition, certaines choses peuvent changer. Ce qui nous donnait autrefois un sentiment de sécurité n’est peut-être plus aussi solide. Une question apparaît alors : si je n’ai plus besoin de tout tenir aussi fermement, qu’est-ce qui me porte? Nous pouvons découvrir que notre force ne vient pas seulement de nous-mêmes. Elle vient aussi des personnes qui nous aiment, de notre communauté, de notre corps, de la nature, de ce qui donne un sens à notre vie et, pour certains, de la spiritualité ou de la foi.

Vieillir peut ainsi nous apprendre quelque chose que nous oublions parfois : s’appuyer sur quelqu’un n’est pas s’effondrer. Après avoir passé des années à aider, à soutenir et à prendre soin des autres, il peut être difficile de recevoir à notre tour. Demander de l’aide, faire confiance ou permettre à quelqu’un de prendre soin de nous ne signifie pas perdre notre autonomie. Cela signifie reconnaître que personne ne traverse toute une vie seul. La confiance ne veut pas dire croire que rien de difficile ne nous arrivera. Elle consiste peut-être simplement à découvrir que, lorsque quelque chose arrive, nous n’avons pas toujours à le porter seuls.

lundi 28 septembre 2026

L’école de la relation

 

Nous pouvons apprendre beaucoup sur nous-mêmes dans les livres, la réflexion ou le silence. Mais il suffit parfois d’une rencontre pour découvrir quelque chose que nous n’avions jamais vu. Quelqu’un nous interrompt, nous déçoit, nous accueille, nous résiste ou nous regarde autrement que nous nous regardons nous-mêmes. Soudain apparaissent notre impatience, notre besoin d’être reconnu, notre peur d’être rejeté, mais aussi notre capacité de tendresse, de confiance ou de pardon. Les relations humaines deviennent ainsi une école naturelle de la transformation. Non parce que les autres seraient là pour nous faire grandir, mais parce que leur différence nous empêche de rester complètement enfermés dans l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes.

Toutes les relations ne nous font cependant pas grandir. Certaines demandent de la prudence, d’autres une limite, parfois même une distance. La transformation commence peut-être lorsque nous pouvons nous demander, sans excuser ce qui nous fait du mal : « Qu’est-ce que cette rencontre révèle en moi? » Il ne s’agit plus seulement de savoir qui a raison ou tort, mais d’écouter ce qui se passe en nous et entre nous. Une relation devient alors un lieu de discernement : elle peut nous apprendre à parler, à écouter, à dire non, à faire confiance, à lâcher prise ou simplement à demeurer présents lorsque nous ne pouvons pas tout résoudre. Peut-être ne devenons-nous jamais pleinement nous-mêmes seuls : quelque chose de nous attend la rencontre pour pouvoir apparaître.

vendredi 25 septembre 2026

L’intelligence émotionnelle : apprendre à entendre ce qui nous traverse

 

Cette fin de semaine marque le début d’un nouveau parcours en Intelligence émotionnelle à l’Université Saint-Paul. Nous parlons souvent de l’intelligence émotionnelle comme de la capacité à reconnaître, comprendre et réguler nos émotions. Mais j’aimerais ouvrir un espace un peu différent avec les personnes étudiantes : et si nos émotions n’étaient pas d’abord quelque chose à gérer, mais quelque chose à écouter? La colère, la peur, la joie, la tristesse ou l’enthousiasme peuvent devenir des formes d’information sur notre relation à nous-mêmes, aux autres et à ce qui nous arrive. Développer son intelligence émotionnelle, ce serait alors apprendre à demeurer suffisamment présent à ce qui nous traverse pour ne pas devoir immédiatement le fuir, le contrôler ou agir sous son impulsion.

C’est aussi une invitation à déplacer doucement la question « Comment puis-je maîtriser mes émotions? » vers « Qu’est-ce que cette émotion cherche à me faire remarquer? » Une émotion ne nous dit pas nécessairement quoi faire et elle n’a pas toujours raison sur la situation, mais elle peut attirer notre attention sur quelque chose qui compte. Au fil de ce cours, j’espère donc que nous pourrons explorer ensemble cet espace entre ressentir et répondre : cet instant parfois très bref où la conscience nous permet de choisir comment entrer en relation avec ce que nous vivons. Peut-être est-ce précisément là que l’intelligence émotionnelle devient profondément humaine.

jeudi 24 septembre 2026

Lâcher prise face aux transitions de la vie


Ce matin, avant ma conférence au MIFO, « Lâcher prise face aux transitions de la vie », je me rappelle qu’il ne s’agit pas tant d’avoir quelque chose à enseigner que de créer un espace où nous pouvons apprendre ensemble à accueillir ce qui change, laisser aller ce qui ne peut demeurer et nous ouvrir à ce qui cherche à devenir.