Après deux jours et demi de rencontres, de réflexions et d’échanges à l’occasion d’un colloque international sur la confiance et le dialogue, une question continue de m’habiter : une institution cherche-t-elle à rétablir la confiance pour retrouver son pouvoir, ou accepte-t-elle de transformer son rapport au pouvoir pour redevenir digne de confiance? Cette distinction me semble essentielle. La confiance ne se décrète pas et ne se rétablit pas simplement par des paroles, des intentions ou des engagements. Elle se cultive dans la durée, à travers la compétence, la bienveillance et l’intégrité, mais aussi dans la manière dont nous exerçons le pouvoir, assumons nos responsabilités et accueillons la parole de l’autre. Lorsqu’elle est fragilisée, la tentation peut être grande de vouloir retrouver ce qui existait auparavant. Pourtant, restaurer la confiance ne signifie pas nécessairement revenir à ce qui était. C’est parfois accepter de reconnaître ce qui doit changer.
Peut-être que le dialogue véritable commence précisément lorsque nous consentons à ne pas maîtriser ce qu’il pourrait faire émerger. Écouter, ce n’est pas seulement permettre à l’autre de s’exprimer; c’est reconnaître que sa parole pourrait transformer notre compréhension, nos pratiques et même notre manière d’exercer le pouvoir. Cette disponibilité demande de l’humilité, du courage et une certaine capacité de lâcher-prise. Elle nous rappelle que la confiance ne peut être exigée et que la participation ne peut se réduire à une simple consultation. Qu’il s’agisse de nos relations personnelles, de nos communautés ou de nos institutions, la confiance grandit lorsque chacun peut se sentir reconnu, entendu et libre de contribuer. Je repars de ce colloque avec cette conviction : cultiver la confiance, ce n’est pas chercher à préserver ce que nous sommes, mais créer ensemble les conditions qui nous permettent de devenir autrement.




