dimanche 11 octobre 2026

L’Action de grâces : prendre le temps de reconnaître ce qui nous relie

 

Dans une société où nous sommes constamment invités à aller plus vite, à produire davantage et à rechercher ce qui nous manque, l'Action de grâces nous propose un mouvement presque à contre-courant : prendre le temps de reconnaître ce qui est déjà là. Au Canada, cette fête traditionnellement associée aux récoltes et à la reconnaissance des bienfaits reçus peut aujourd'hui prendre un sens renouvelé. Au-delà des repas partagés et des rassemblements familiaux, elle nous invite à réfléchir à notre rapport à l'abondance, à la nature et aux autres. La gratitude ne consiste pas à prétendre que tout va bien ni à ignorer les difficultés de notre époque. Elle nous rappelle plutôt que, même dans l'incertitude, certaines choses continuent de nous nourrir : une présence attentive, un geste de solidarité, une relation qui nous soutient ou simplement la beauté d'un paysage d'automne. Peut-être avons-nous besoin, plus que jamais, de ces moments où nous cessons de mesurer notre existence à partir de ce qui nous manque.

Dans notre société, où cohabitent tant de cultures, de croyances et de manières de vivre, l'Action de grâces peut également devenir une occasion de reconnaître ce que nous partageons au-delà de nos différences. Nos vies ne se construisent jamais seules. Elles prennent forme grâce à une multitude de contributions, de relations et de gestes souvent invisibles. Remercier, dans cette perspective, devient davantage qu'une expression de politesse ou un sentiment personnel : c'est reconnaître notre interdépendance. Et si cette fête nous invitait à passer d'une gratitude centrée sur ce que nous avons reçu à une gratitude qui transforme notre manière de vivre ensemble ? Peut-être que le plus beau sens à donner à l'Action de grâces aujourd'hui serait de nous demander non seulement de quoi nous sommes reconnaissants, mais aussi ce que notre présence rend possible dans la vie des autres.

samedi 10 octobre 2026

Quand une fracture devient une occasion d'apprendre ensemble

 

Du 13 au 16 octobre, l'Université Saint-Paul, à Ottawa, accueillera la conférence Confiance et dialogue dans l'Église catholique : une relecture des rapports de pouvoir et des relations. Le jeudi 15 octobre, j'aurai le plaisir d'y présenter, avec ma collègue Monique Washnuk, notre étude intitulée De la fracture à la coresponsabilité : étude de cas d'un processus synodal de reconstruction de la confiance en contexte diocésain. Notre réflexion part d'une question qui dépasse largement le milieu ecclésial : que peut apprendre une institution lorsqu'un conflit révèle des tensions dans ses relations, ses pratiques d'autorité et ses façons de communiquer? Plutôt que de considérer la fracture uniquement comme un problème à résoudre, nous explorons comment elle peut devenir une occasion de reconnaître les vulnérabilités, de questionner les pratiques établies et d'ouvrir de nouvelles possibilités d'apprentissage collectif.

Notre étude nous conduit à proposer l'idée d'un processus synodal « structuré et habité ». Structuré, parce que la confiance a besoin de responsabilités claires, de mécanismes de protection et de pratiques institutionnelles cohérentes. Habité, parce qu'aucune politique, aucune formation et aucune structure ne peuvent remplacer la qualité de la présence, de l'écoute et des relations humaines. La coresponsabilité ne signifie ni que tout le monde exerce la même autorité ni que les désaccords disparaissent. Elle nous invite plutôt à reconnaître nos interdépendances et à contribuer ensemble, dans la diversité de nos rôles, à une mission partagée. Nous ne prétendons pas que la confiance se reconstruit automatiquement après une fracture. Mais nous croyons qu'une institution peut apprendre à devenir plus digne de confiance lorsqu'elle accepte d'entendre ce que ses difficultés révèlent et de se laisser transformer par ce qu'elle apprend.

mardi 6 octobre 2026

Et si personne n’avait toute la réponse ?

 

Au lendemain de l’élection québécoise, une chose mérite notre attention : aucun parti n’a reçu l’appui d’une majorité de la population. Le parti appelé à former le gouvernement a obtenu environ 28 % du vote populaire et devra gouverner en situation minoritaire. On peut voir cette situation comme un problème : comment gouverner sans avoir assez de députés pour décider seul ? Mais on peut aussi poser la question autrement : et si le fait de ne pas pouvoir gouverner seul devenait une occasion de mieux travailler ensemble ? Le Forum Ouvert, une façon de réunir des groupes autour de questions importantes, repose sur une idée simple : « la sagesse est dans le groupe ». Cela ne veut pas dire que le groupe a toujours raison. Cela signifie plutôt qu’aucune personne et aucun groupe ne voient toute la réalité. Chacun en connaît une partie. Les personnes qui ont voté pour le gouvernement ont quelque chose à dire sur l’avenir du Québec, mais celles qui ont choisi d’autres partis aussi. La question devient alors moins « Qui a gagné ? » que « Que pouvons-nous comprendre et construire ensemble que nous ne pourrions pas faire seuls ? »

Cette façon de voir les choses change aussi notre idée du leadership. Nous pensons souvent qu’un leader doit avoir les réponses, convaincre les autres et montrer le chemin. Le Forum Ouvert propose une autre image : celle du leader qui crée un espace où les personnes peuvent se parler, s’écouter et chercher ensemble des solutions. Un gouvernement minoritaire pourrait donc être plus qu’un gouvernement auquel il manque quelques sièges pour avoir la majorité. Il pourrait devenir une occasion d’apprendre à gouverner avec nos différences. Cela demande d’écouter les idées qui nous dérangent parfois, d’accepter que les autres puissent voir quelque chose que nous ne voyons pas et de chercher ce que chacun peut apporter au bien commun. Dans une société où les opinions sont nombreuses et parfois opposées, le leadership ne consiste peut-être pas toujours à avoir la meilleure réponse. Il peut aussi consister à créer les conditions pour que plusieurs réponses puissent se rencontrer. 

lundi 5 octobre 2026

Journée mondiale des enseignants et des enseignantes


En cette Journée mondiale des enseignants et des enseignantes, je pense moins à ce que nous enseignons qu’à ce que nous essayons de rendre possible.

Enseigner, ce n’est pas seulement transmettre des connaissances. C’est ouvrir un espace où une personne peut questionner ce qu’elle croyait savoir, découvrir une autre manière de regarder le monde et, parfois, se découvrir elle-même autrement.

Avec les années, j’en viens à penser que l’essentiel de ce métier se trouve peut-être dans une posture : être suffisamment présent pour écouter, suffisamment humble pour ne pas avoir toutes les réponses, et suffisamment confiant pour laisser émerger ce que l’autre peut devenir.

Nos étudiantes et nos étudiants nous transforment aussi. Chaque rencontre nous rappelle que l’apprentissage n’est jamais à sens unique.

En ce 5 octobre, ma gratitude va donc à toutes celles et ceux qui enseignent, accompagnent, questionnent, encouragent et créent les conditions pour que quelque chose de nouveau puisse advenir.

Enseigner, c’est peut-être moins montrer le chemin que créer les conditions pour que chacun puisse trouver le sien.