lundi 6 juillet 2026

Là où naît la robustesse

 

Il n'existe aucune sécurité absolue sur cette planète. Nous vivons dans un monde où le pire comme le meilleur peuvent surgir sans prévenir. Pourtant, une grande partie de notre énergie est consacrée à tenter d'éliminer l'incertitude, comme si nous pouvions enfin atteindre un lieu où rien ne pourrait nous atteindre. Cette quête est profondément humaine, mais elle devient parfois une illusion qui nous éloigne de la vie elle-même. Plus nous cherchons à tout contrôler, plus nous risquons de perdre notre capacité d'accueillir l'imprévu, de nous émerveiller et d'apprendre de ce qui advient.

La véritable force ne réside peut-être pas dans la sécurité, mais dans la robustesse. Être robuste ne signifie pas être invulnérable; cela signifie développer une présence capable de traverser les épreuves sans renoncer à ce qui nous rend profondément humains. Cette robustesse se construit dans les liens, dans les communautés qui soutiennent, dans la confiance que nous développons envers la vie malgré son imprévisibilité. Au lieu de chercher un monde sans risques, nous pouvons apprendre à devenir des femmes et des hommes capables d'habiter l'incertitude avec lucidité, courage et espérance. C'est souvent là, au cœur même de cette vulnérabilité assumée, que naissent les plus belles rencontres, les plus grands apprentissages et les contributions les plus fécondes.

vendredi 3 juillet 2026

Découvrir en soi ce qui ne vieillit jamais

 


Dans une société qui valorise la jeunesse, la vitesse et la performance, vieillir est souvent présenté comme une succession de pertes. Pourtant, la psychologue et auteure Marie de Hennezel nous invite à un tout autre regard lorsqu'elle écrit : « Il faut découvrir en soi ce qui ne vieillit jamais. » Cette invitation ne consiste pas à nier les effets du temps, mais à reconnaître qu'au cœur de chaque personne demeure une source de vie que les années ne peuvent atteindre. La capacité d'aimer, de s'émerveiller, d'écouter profondément, de transmettre et de donner un sens à son existence ne disparaît pas avec l'âge; elle peut même gagner en profondeur. Le véritable vieillissement n'est peut-être pas celui du corps, mais celui du regard que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres.

Cette réflexion ouvre une perspective d'espérance, particulièrement auprès des personnes aînées, des proches aidants et de tous ceux qui accompagnent le vieillissement. Si nous cherchons uniquement ce qui s'efface, nous risquons de passer à côté de ce qui grandit silencieusement. Les années peuvent devenir un chemin vers une présence plus libre, une sagesse plus incarnée et une capacité renouvelée de faire grandir les autres. Vieillir ne signifie alors plus simplement avancer dans le temps; c'est apprendre à reconnaître cette part de soi qui demeure vivante, quelles que soient les saisons de la vie.

mercredi 1 juillet 2026

L'université, une rivière où l'on apprend à devenir

 

Une université ressemble davantage à une rivière de montagne qu'à une autoroute. Elle ne suit pas une ligne droite vers la réussite; elle contourne les obstacles, ralentit devant les rochers, accueille les affluents et poursuit son chemin en se transformant. Les connaissances sont importantes, mais elles ne prennent tout leur sens que lorsqu'elles façonnent notre manière d'habiter le monde. Étudier, c'est bien plus qu'accumuler des compétences : c'est apprendre à discerner, à écouter, à dialoguer avec des traditions de pensée, à accueillir des perspectives différentes et à découvrir peu à peu la personne que nous sommes appelés à devenir. Une université qui ne forme que des experts risque d'oublier sa mission la plus profonde : former des êtres humains capables de contribuer au bien commun.

En observant un ruisseau traverser une forêt ancienne, on comprend que la force ne réside pas dans la vitesse, mais dans la fidélité au mouvement de la vie. Chaque pierre ralentit l'eau sans l'arrêter; chaque détour enrichit son parcours. Il en va de même de l'apprentissage. Les questions que nous rencontrons au fil de nos études, Quel est le sens de ma vie? À quoi vais-je consacrer mes talents? Comment puis-je prendre soin des autres et du monde? deviennent les véritables sources de notre éducation. L'université n'est donc pas seulement un lieu où l'on prépare une carrière; elle est un espace où l'on apprend, jour après jour, à devenir pleinement humain.

Photo : La réserve écologique de la Forêt-la-Blanche, 30 juin 2026.

mardi 30 juin 2026

Cultiver une communauté qui prend soin


Aujourd'hui, j'aurai le privilège de rencontrer un partenaire communautaire afin d'explorer la mise en place d'un programme de mentorat communautaire destiné aux personnes proches aidantes d'aînés. J'espère que cette rencontre nous permettra d'aller au-delà de la création d'un simple programme de soutien pour imaginer un véritable espace de rencontre, où les personnes proches aidantes pourront partager leurs savoirs d'expérience, apprendre les unes des autres et retrouver la force de poursuivre leur engagement. Notre ambition est de bâtir une communauté où chaque personne est reconnue non seulement pour ce qu'elle vit, mais aussi pour ce qu'elle peut transmettre à d'autres.

Nous explorerons également la possibilité d'ancrer ce programme dans un lieu de rencontre en pleine nature, un espace propice au ralentissement, à l'écoute et au renouement avec le vivant. La nature nous rappelle que les écosystèmes les plus durables sont ceux qui reposent sur la diversité, les interdépendances et la réciprocité. C'est cette vision d'une communauté robuste qui guidera notre réflexion : un mentorat communautaire où les personnes proches aidantes d'aînés ne sont pas seulement soutenues, mais deviennent elles-mêmes des passeuses de savoirs, des créatrices de liens et des artisanes d'une communauté plus accueillante, plus solidaire et mieux préparée aux défis du vieillissement.

lundi 29 juin 2026

Au clair de lune, nos histoires deviennent des rivages


Il y a des lieux qui ne gardent pas seulement la mémoire de l'eau. Ils gardent aussi celle des femmes et des hommes qui s'y sont arrêtés, qui y ont marché, aimé, espéré ou recommencé. Chaque expérience personnelle ressemble à une plume déposée sur un vieux tronc d'arbre : elle paraît fragile, presque invisible. Pourtant, lorsque nous prenons le temps de raconter nos histoires, elles cessent de nous appartenir uniquement. Elles deviennent une source de compréhension, de courage et de sagesse pour les autres. C'est ainsi que naît un patrimoine collectif : non pas à partir de monuments, mais à partir de vies ordinaires qui acceptent d'être partagées.

La pleine lune éclaire la rivière sans choisir une seule vague. Elle les éclaire toutes. Nos récits peuvent faire la même chose. Ils n'effacent ni les blessures ni les incertitudes, mais ils offrent une lumière à celles et ceux qui poursuivent leur propre traversée. Une communauté grandit lorsqu'elle ne transmet pas seulement des connaissances, mais aussi des expériences vécues. Ce que nous avons appris en marchant peut devenir un sentier pour quelqu'un d'autre. Voilà peut-être la plus belle manière de transformer une vie : faire en sorte que ce que nous avons reçu continue de circuler, comme le courant d'une rivière qui ne cesse jamais de donner.