mardi 22 septembre 2026

Un lieu où je ne suis pas seulement proche aidant

 

Prendre soin d’une personne que l’on aime peut peu à peu changer toute notre vie. Les rendez-vous, les soins, les imprévus et les inquiétudes prennent du temps et beaucoup d’énergie. Certaines activités sont mises de côté et on voit parfois moins souvent nos amis ou notre famille. Pourtant, être proche aidant ne veut pas dire qu’on se sent forcément seul. On peut même être entouré de plusieurs personnes et ressentir quand même une grande solitude. Ce qui compte, ce n’est donc pas seulement le nombre de personnes autour de nous. C’est aussi la qualité des relations et le sentiment d’être compris, écouté et soutenu.

Une question devient alors importante : « Y a-t-il encore un endroit dans ma vie où je peux simplement être moi-même, et pas seulement la personne qui prend soin de quelqu’un? » Un endroit où je n’ai pas toujours à organiser, prévoir, aider ou rester fort. C’est là que l’accompagnement communautaire peut faire une différence. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter une personne de plus autour du proche aidant. Il s’agit d’offrir une relation où il peut parler de ce qu’il vit, de ce dont il a besoin et de ce qu’il devient. Accompagner, c’est aussi aider la personne proche aidante à garder une place pour sa propre vie.

lundi 21 septembre 2026

Quand les saisons changent, le deuil aussi

 


Aujourd’hui, notre groupe de soutien au deuil se réunit à un moment particulier de l’année : alors que l’été cède doucement sa place à l’automne. La nature nous rappelle que les transitions ne se produisent pas toujours d’un seul coup. Certaines fleurs sont encore présentes tandis que les premières feuilles changent de couleur; la chaleur du jour peut côtoyer la fraîcheur du soir. Il peut en être ainsi du deuil. Plusieurs réalités peuvent coexister : l’absence et la présence intérieure de l’être aimé, la tristesse et un éclat de rire, le désir de retenir et la nécessité de continuer, une journée plus légère suivie d’une autre beaucoup plus difficile. Il n’y a pas de saison prescrite pour le deuil, ni de calendrier indiquant où nous devrions en être.

C’est dans cet esprit que nous nous retrouvons aujourd’hui, non pas pour participer à un atelier où quelque chose doit être appris ou accompli, mais pour former un cercle de soutien. Un espace pour parler si nous le souhaitons, écouter, nous souvenir, parfois rester silencieux et surtout découvrir que ce qui est lourd n’a pas toujours à être porté seul. La question qui nous accompagne est toute simple : qu’est-ce qui change dans ma vie, qu’est-ce qui me manque et qu’est-ce que je continue de porter avec moi alors qu’une nouvelle saison commence? Nous n’avons pas à trouver une réponse définitive. Comme dans la nature, certaines transformations demandent du temps et peuvent longtemps faire coexister ce qui demeure et ce qui devient.

dimanche 20 septembre 2026

Le leadership à l’écoute des saisons


Marcher dans la nature au moment où l’été commence à céder sa place à l’automne rappelle que le changement n’a pas toujours besoin d’être provoqué. Certaines feuilles rougissent pendant que d’autres demeurent encore profondément vertes; les fleurs tardives côtoient déjà les semences. Le leadership contemplatif commence peut-être par cette capacité à voir ce qui est en train de devenir, avant de décider ce qu’il faudrait faire. Comme dans la marche, il s’agit parfois de ralentir suffisamment pour remarquer les signes discrets d’une transition déjà à l’œuvre.

Le changement de saison enseigne aussi une forme de leadership moins attachée à la maîtrise. L’arbre ne retient pas ses feuilles pour préserver ce qui était, pas plus qu’il ne précipite l’automne pour atteindre ce qui vient. Il participe au mouvement. Le leader contemplatif apprend lui aussi à discerner ce qui demande à être préservé, ce qui peut être laissé aller et ce qui cherche doucement à émerger. Diriger devient alors moins une manière d’imposer une direction qu’une qualité de présence au mouvement du vivant.

jeudi 17 septembre 2026

Entre deux saisons


Il y a des jours où l’été n’est pas encore tout à fait parti et où l’automne est pourtant déjà là. Les fruits sont encore abondants, le ciel garde quelque chose de la lumière estivale, mais quelques feuilles jaunissent et annoncent discrètement le changement. La nature ne semble pas pressée de choisir entre les deux saisons. Elle nous rappelle que les transitions ne sont pas toujours des frontières nettes : elles sont souvent des temps de coexistence, où ce qui s’achève demeure encore un peu pendant que ce qui vient commence déjà à apparaître.

Peut-être en est-il ainsi de nos propres passages. Nous voudrions parfois savoir exactement quand une étape est terminée et quand la suivante commence. Pourtant, grandir, vieillir, quitter, recommencer ou faire son deuil nous place souvent dans cet entre-deux où l’ancien et le nouveau partagent momentanément le même espace. Il ne s’agit alors ni de retenir l’été ni de précipiter l’automne, mais d’être suffisamment présent pour reconnaître ce qui mûrit, ce qui tombe et ce qui, silencieusement, se prépare à devenir autrement.

mercredi 16 septembre 2026

La paix comme troisième voie

 

Nous pouvons beaucoup penser la paix. Nous pouvons lire sur la non-violence, apprendre à mieux communiquer, parler d’écoute, de dialogue et de réconciliation. Tout cela est précieux, mais quelque chose se joue lorsque la paix quitte le domaine des idées pour entrer dans une relation réelle, surtout lorsque celle-ci devient difficile. Être artisan de paix ne signifie pas éviter le conflit, céder pour préserver l’harmonie ou chercher à convaincre l’autre. C’est apprendre à entrer dans le désaccord autrement : dire ce qui doit être dit sans humilier, poser une limite sans écraser, écouter sans disparaître, résister sans reproduire la violence que l’on cherche précisément à interrompre.

La paix devient alors moins une position que nous défendons qu’une manière d’habiter la relation. Elle demande parfois de parler et parfois de se taire, parfois de rester et parfois de prendre distance. Elle exige surtout du discernement : quel geste, ici et maintenant, pourrait empêcher que le conflit nous enferme dans l’alternative entre soumission et domination? La troisième voie n’est donc pas nécessairement un compromis entre deux extrêmes. Elle peut être l’apparition d’une possibilité qui n’existait pas encore, rendue possible parce qu’une personne accepte de ne pas traiter l’autre comme un ennemi, sans pour autant renoncer à sa propre dignité.