jeudi 1 octobre 2026

Vieillir, c’est encore devenir

 

Le 1er octobre, Journée nationale des aînés, nous invite à reconnaître la contribution des personnes qui avancent en âge. Au Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain de l’Université Saint-Paul, cette journée nous invite aussi à poser une question plus fondamentale : que signifie s’épanouir tout au long de la vie ? Vieillir n’est pas seulement accumuler des années, des expériences ou des souvenirs. C’est continuer à devenir. Une personne ne cesse pas d’être en mouvement parce qu’elle franchit un seuil d’âge. Elle continue d’aimer, d’apprendre, de perdre et de recommencer, de créer des liens, de transmettre et de découvrir des dimensions nouvelles d’elle-même. Célébrer les personnes aînées, c’est ainsi reconnaître ce qu’elles ont apporté et ce qu’elles apportent encore, mais aussi demeurer attentifs à ce qui cherche toujours à naître dans leur vie.

Cette perspective nous invite également à déplacer notre regard : plutôt que de demander seulement ce que nos communautés peuvent faire pour les personnes aînées, demandons-nous ce que nous devenons lorsque nous acceptons d’être transformés par notre relation avec elles. Les relations sont vivantes. Elles nous déplacent, nous enseignent et nous transforment mutuellement. C’est l’une des intuitions qui anime le Centre : penser le vieillissement non comme une réalité isolée de la vie communautaire, mais comme une expérience profondément relationnelle, capable de transformer les personnes, les communautés et même les institutions. Une société attentive au vieillissement ne se reconnaît donc pas seulement aux services qu’elle offre, mais aux espaces qu’elle crée pour que chacun puisse continuer à contribuer et recevoir, transmettre et apprendre, prendre soin et être pris en soin. Vieillir ensemble, c’est peut-être reconnaître que, jusqu’au bout, nous demeurons capables de relation, de transformation et d’épanouissement.

mercredi 30 septembre 2026

La vérité avant la réconciliation


En ce 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, je reviens à une idée simple : il est difficile de parler de réconciliation sans d’abord accepter d’écouter la vérité. Écouter les récits des survivantes et survivants des pensionnats, reconnaître les blessures transmises aux familles et aux communautés, mais aussi accepter que cette écoute puisse remettre en question certaines de nos façons de comprendre notre histoire, nos institutions et nos relations avec les peuples autochtones.

La réconciliation ne se limite donc pas à se souvenir ni à poser les bons gestes une journée par année. Elle nous invite à entrer autrement en relation : écouter avant de répondre, apprendre avant de proposer, reconnaître avant de chercher à réparer. Peut-être commence-t-elle lorsque nous cessons de demander seulement ce que nous pouvons faire et que nous acceptons aussi de nous demander ce que la vérité entendue aujourd’hui pourrait transformer en nous.

mardi 29 septembre 2026

Ce qui me porte quand je n’ai plus à tout porter

 

Une grande partie de notre vie, nous apprenons à tenir : tenir debout, tenir nos engagements, prendre soin de notre famille, travailler et être là pour les autres. Cette capacité est importante. Elle nous aide à devenir autonomes, à faire des choix et à prendre nos responsabilités. Mais avec l’âge, une perte ou une grande transition, certaines choses peuvent changer. Ce qui nous donnait autrefois un sentiment de sécurité n’est peut-être plus aussi solide. Une question apparaît alors : si je n’ai plus besoin de tout tenir aussi fermement, qu’est-ce qui me porte? Nous pouvons découvrir que notre force ne vient pas seulement de nous-mêmes. Elle vient aussi des personnes qui nous aiment, de notre communauté, de notre corps, de la nature, de ce qui donne un sens à notre vie et, pour certains, de la spiritualité ou de la foi.

Vieillir peut ainsi nous apprendre quelque chose que nous oublions parfois : s’appuyer sur quelqu’un n’est pas s’effondrer. Après avoir passé des années à aider, à soutenir et à prendre soin des autres, il peut être difficile de recevoir à notre tour. Demander de l’aide, faire confiance ou permettre à quelqu’un de prendre soin de nous ne signifie pas perdre notre autonomie. Cela signifie reconnaître que personne ne traverse toute une vie seul. La confiance ne veut pas dire croire que rien de difficile ne nous arrivera. Elle consiste peut-être simplement à découvrir que, lorsque quelque chose arrive, nous n’avons pas toujours à le porter seuls.

lundi 28 septembre 2026

L’école de la relation

 

Nous pouvons apprendre beaucoup sur nous-mêmes dans les livres, la réflexion ou le silence. Mais il suffit parfois d’une rencontre pour découvrir quelque chose que nous n’avions jamais vu. Quelqu’un nous interrompt, nous déçoit, nous accueille, nous résiste ou nous regarde autrement que nous nous regardons nous-mêmes. Soudain apparaissent notre impatience, notre besoin d’être reconnu, notre peur d’être rejeté, mais aussi notre capacité de tendresse, de confiance ou de pardon. Les relations humaines deviennent ainsi une école naturelle de la transformation. Non parce que les autres seraient là pour nous faire grandir, mais parce que leur différence nous empêche de rester complètement enfermés dans l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes.

Toutes les relations ne nous font cependant pas grandir. Certaines demandent de la prudence, d’autres une limite, parfois même une distance. La transformation commence peut-être lorsque nous pouvons nous demander, sans excuser ce qui nous fait du mal : « Qu’est-ce que cette rencontre révèle en moi? » Il ne s’agit plus seulement de savoir qui a raison ou tort, mais d’écouter ce qui se passe en nous et entre nous. Une relation devient alors un lieu de discernement : elle peut nous apprendre à parler, à écouter, à dire non, à faire confiance, à lâcher prise ou simplement à demeurer présents lorsque nous ne pouvons pas tout résoudre. Peut-être ne devenons-nous jamais pleinement nous-mêmes seuls : quelque chose de nous attend la rencontre pour pouvoir apparaître.

vendredi 25 septembre 2026

L’intelligence émotionnelle : apprendre à entendre ce qui nous traverse

 

Cette fin de semaine marque le début d’un nouveau parcours en Intelligence émotionnelle à l’Université Saint-Paul. Nous parlons souvent de l’intelligence émotionnelle comme de la capacité à reconnaître, comprendre et réguler nos émotions. Mais j’aimerais ouvrir un espace un peu différent avec les personnes étudiantes : et si nos émotions n’étaient pas d’abord quelque chose à gérer, mais quelque chose à écouter? La colère, la peur, la joie, la tristesse ou l’enthousiasme peuvent devenir des formes d’information sur notre relation à nous-mêmes, aux autres et à ce qui nous arrive. Développer son intelligence émotionnelle, ce serait alors apprendre à demeurer suffisamment présent à ce qui nous traverse pour ne pas devoir immédiatement le fuir, le contrôler ou agir sous son impulsion.

C’est aussi une invitation à déplacer doucement la question « Comment puis-je maîtriser mes émotions? » vers « Qu’est-ce que cette émotion cherche à me faire remarquer? » Une émotion ne nous dit pas nécessairement quoi faire et elle n’a pas toujours raison sur la situation, mais elle peut attirer notre attention sur quelque chose qui compte. Au fil de ce cours, j’espère donc que nous pourrons explorer ensemble cet espace entre ressentir et répondre : cet instant parfois très bref où la conscience nous permet de choisir comment entrer en relation avec ce que nous vivons. Peut-être est-ce précisément là que l’intelligence émotionnelle devient profondément humaine.

jeudi 24 septembre 2026

Lâcher prise face aux transitions de la vie


Ce matin, avant ma conférence au MIFO, « Lâcher prise face aux transitions de la vie », je me rappelle qu’il ne s’agit pas tant d’avoir quelque chose à enseigner que de créer un espace où nous pouvons apprendre ensemble à accueillir ce qui change, laisser aller ce qui ne peut demeurer et nous ouvrir à ce qui cherche à devenir.

mercredi 23 septembre 2026

Lâcher prise pour mieux habiter ce qui vient

 

Demain, j’aurai le plaisir d’être au MIFO dans le cadre d’une collaboration avec l’Université Saint-Paul pour une rencontre autour du lâcher-prise. Non pas le lâcher-prise comme renoncement ou résignation, mais comme une manière différente d’habiter les transitions de la vie : reconnaître ce qui change, discerner ce qui peut être laissé derrière soi et demeurer disponible à ce qui cherche encore à émerger. En avançant en âge, peut-être découvrons-nous que grandir ne consiste pas seulement à accumuler des expériences, mais aussi à apprendre doucement à desserrer notre emprise sur certaines identités, attentes et façons de nous définir. Une invitation, finalement, à considérer le vieillissement non comme un rétrécissement du possible, mais comme un passage où quelque chose peut encore se transformer.

mardi 22 septembre 2026

Un lieu où je ne suis pas seulement proche aidant

 

Prendre soin d’une personne que l’on aime peut peu à peu changer toute notre vie. Les rendez-vous, les soins, les imprévus et les inquiétudes prennent du temps et beaucoup d’énergie. Certaines activités sont mises de côté et on voit parfois moins souvent nos amis ou notre famille. Pourtant, être proche aidant ne veut pas dire qu’on se sent forcément seul. On peut même être entouré de plusieurs personnes et ressentir quand même une grande solitude. Ce qui compte, ce n’est donc pas seulement le nombre de personnes autour de nous. C’est aussi la qualité des relations et le sentiment d’être compris, écouté et soutenu.

Une question devient alors importante : « Y a-t-il encore un endroit dans ma vie où je peux simplement être moi-même, et pas seulement la personne qui prend soin de quelqu’un? » Un endroit où je n’ai pas toujours à organiser, prévoir, aider ou rester fort. C’est là que l’accompagnement communautaire peut faire une différence. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter une personne de plus autour du proche aidant. Il s’agit d’offrir une relation où il peut parler de ce qu’il vit, de ce dont il a besoin et de ce qu’il devient. Accompagner, c’est aussi aider la personne proche aidante à garder une place pour sa propre vie.

lundi 21 septembre 2026

Quand les saisons changent, le deuil aussi

 


Aujourd’hui, notre groupe de soutien au deuil se réunit à un moment particulier de l’année : alors que l’été cède doucement sa place à l’automne. La nature nous rappelle que les transitions ne se produisent pas toujours d’un seul coup. Certaines fleurs sont encore présentes tandis que les premières feuilles changent de couleur; la chaleur du jour peut côtoyer la fraîcheur du soir. Il peut en être ainsi du deuil. Plusieurs réalités peuvent coexister : l’absence et la présence intérieure de l’être aimé, la tristesse et un éclat de rire, le désir de retenir et la nécessité de continuer, une journée plus légère suivie d’une autre beaucoup plus difficile. Il n’y a pas de saison prescrite pour le deuil, ni de calendrier indiquant où nous devrions en être.

C’est dans cet esprit que nous nous retrouvons aujourd’hui, non pas pour participer à un atelier où quelque chose doit être appris ou accompli, mais pour former un cercle de soutien. Un espace pour parler si nous le souhaitons, écouter, nous souvenir, parfois rester silencieux et surtout découvrir que ce qui est lourd n’a pas toujours à être porté seul. La question qui nous accompagne est toute simple : qu’est-ce qui change dans ma vie, qu’est-ce qui me manque et qu’est-ce que je continue de porter avec moi alors qu’une nouvelle saison commence? Nous n’avons pas à trouver une réponse définitive. Comme dans la nature, certaines transformations demandent du temps et peuvent longtemps faire coexister ce qui demeure et ce qui devient.

dimanche 20 septembre 2026

Le leadership à l’écoute des saisons


Marcher dans la nature au moment où l’été commence à céder sa place à l’automne rappelle que le changement n’a pas toujours besoin d’être provoqué. Certaines feuilles rougissent pendant que d’autres demeurent encore profondément vertes; les fleurs tardives côtoient déjà les semences. Le leadership contemplatif commence peut-être par cette capacité à voir ce qui est en train de devenir, avant de décider ce qu’il faudrait faire. Comme dans la marche, il s’agit parfois de ralentir suffisamment pour remarquer les signes discrets d’une transition déjà à l’œuvre.

Le changement de saison enseigne aussi une forme de leadership moins attachée à la maîtrise. L’arbre ne retient pas ses feuilles pour préserver ce qui était, pas plus qu’il ne précipite l’automne pour atteindre ce qui vient. Il participe au mouvement. Le leader contemplatif apprend lui aussi à discerner ce qui demande à être préservé, ce qui peut être laissé aller et ce qui cherche doucement à émerger. Diriger devient alors moins une manière d’imposer une direction qu’une qualité de présence au mouvement du vivant.

jeudi 17 septembre 2026

Entre deux saisons


Il y a des jours où l’été n’est pas encore tout à fait parti et où l’automne est pourtant déjà là. Les fruits sont encore abondants, le ciel garde quelque chose de la lumière estivale, mais quelques feuilles jaunissent et annoncent discrètement le changement. La nature ne semble pas pressée de choisir entre les deux saisons. Elle nous rappelle que les transitions ne sont pas toujours des frontières nettes : elles sont souvent des temps de coexistence, où ce qui s’achève demeure encore un peu pendant que ce qui vient commence déjà à apparaître.

Peut-être en est-il ainsi de nos propres passages. Nous voudrions parfois savoir exactement quand une étape est terminée et quand la suivante commence. Pourtant, grandir, vieillir, quitter, recommencer ou faire son deuil nous place souvent dans cet entre-deux où l’ancien et le nouveau partagent momentanément le même espace. Il ne s’agit alors ni de retenir l’été ni de précipiter l’automne, mais d’être suffisamment présent pour reconnaître ce qui mûrit, ce qui tombe et ce qui, silencieusement, se prépare à devenir autrement.

mercredi 16 septembre 2026

La paix comme troisième voie

 

Nous pouvons beaucoup penser la paix. Nous pouvons lire sur la non-violence, apprendre à mieux communiquer, parler d’écoute, de dialogue et de réconciliation. Tout cela est précieux, mais quelque chose se joue lorsque la paix quitte le domaine des idées pour entrer dans une relation réelle, surtout lorsque celle-ci devient difficile. Être artisan de paix ne signifie pas éviter le conflit, céder pour préserver l’harmonie ou chercher à convaincre l’autre. C’est apprendre à entrer dans le désaccord autrement : dire ce qui doit être dit sans humilier, poser une limite sans écraser, écouter sans disparaître, résister sans reproduire la violence que l’on cherche précisément à interrompre.

La paix devient alors moins une position que nous défendons qu’une manière d’habiter la relation. Elle demande parfois de parler et parfois de se taire, parfois de rester et parfois de prendre distance. Elle exige surtout du discernement : quel geste, ici et maintenant, pourrait empêcher que le conflit nous enferme dans l’alternative entre soumission et domination? La troisième voie n’est donc pas nécessairement un compromis entre deux extrêmes. Elle peut être l’apparition d’une possibilité qui n’existait pas encore, rendue possible parce qu’une personne accepte de ne pas traiter l’autre comme un ennemi, sans pour autant renoncer à sa propre dignité.

mardi 15 septembre 2026

Devenir mentor communautaire : apprendre à marcher aux côtés de l’autre

 

Aujourd’hui, à la Réserve écologique de la Forêt-la-Blanche, des personnes provenant de cinq organismes communautaires se réuniront pour approfondir ce que signifie devenir mentor communautaire. Dans ce milieu naturel propice au ralentissement et à l’écoute, la formation les invitera à explorer leur raison d’être, leur posture et leur manière d’entrer en relation. Être mentor ne consiste pas d’abord à transmettre des réponses, mais à offrir une présence attentive qui reconnaît la dignité, les capacités et le chemin singulier de chaque personne.

Tout au long de la journée, nous expérimenterons l’écoute, la réflexion, la marche et la conversation comme autant de façons d’apprendre à accompagner sans remplacer. Le mentorat communautaire prendra alors la forme d’un chemin construit ensemble : un parcours où les rôles et les limites sont clarifiés, où la confiance peut grandir à son rythme et où de nouvelles possibilités peuvent émerger. La rencontre de ces cinq organismes nous rappellera que l’accompagnement ne repose jamais sur une personne seule; il s’enracine dans une communauté capable de soutenir celles et ceux qui choisissent d’être présents aux moments qui comptent.

lundi 14 septembre 2026

Quand l’université apprend à écouter la longévité

 

Aujourd’hui se tient à l’Université d’Ottawa notre troisième journée de co-création autour de la longévité, des transitions de vie et du rôle que peuvent jouer les universités. Après une première journée d’écoute en juin et une rencontre de mise en résonance avec des chercheuses et chercheurs en août, nous revenons vers la communauté pour élargir la conversation. Nous voulons mieux comprendre ce que signifie continuer à apprendre tout au long de la vie, développer et maintenir des connexions significatives, vivre des relations entre les générations et continuer à contribuer lorsque les transitions deviennent des moments de redéfinition. Il ne s’agit pas encore de construire un programme, mais de créer les conditions pour que quelque chose puisse émerger à la rencontre des savoirs issus de la recherche, de l’expérience vécue et des communautés.

dimanche 13 septembre 2026

Le droit d’exister n’est jamais tout à fait acquis


Hier, je suis entré dans Coup de tonnerre — Thunderhead, le Monument national 2ELGBTQI+ à Ottawa. Je dis bien « entré », car cette œuvre ne se regarde pas seulement de l’extérieur : elle nous invite à nous placer sous sa vaste forme réfléchissante et à lever les yeux vers le ciel. Ce geste prend une profondeur particulière lorsqu’on se rappelle ce que le monument commémore. Pendant plusieurs décennies, des personnes ont été surveillées, interrogées, humiliées, privées de leur emploi ou contraintes de cacher une part essentielle d’elles-mêmes lors de ce que nous appelons aujourd’hui la purge LGBT au sein des institutions fédérales canadiennes. Ce passé n’est pourtant pas aussi lointain qu’on pourrait le souhaiter. Il nous rappelle qu’un droit que nous croyons acquis peut devenir fragile lorsque la peur de l’autre, la polarisation et le désir de désigner ceux qui appartiennent et ceux qui n’appartiennent pas, commencent à façonner nos institutions et nos conversations collectives.

C’est peut-être ce que j’ai ressenti avec le plus de force sous Coup de tonnerre : la démocratie ne se mesure pas seulement aux droits qu’elle proclame, mais à sa capacité de protéger la dignité de celles et ceux dont l’existence dérange les certitudes du moment. Dans un monde où les identités redeviennent parfois des lignes de fracture et où l’on semble de plus en plus tenté de réduire l’autre à une catégorie, une idéologie ou une menace, ce monument nous confie une responsabilité. Se souvenir de la purge LGBT ne consiste pas à regarder avec supériorité les erreurs d’une autre époque; c’est apprendre à reconnaître les mécanismes par lesquels une société peut progressivement rendre certaines existences suspectes, puis moins légitimes. Et, sous cette immense ouverture vers le ciel, une question demeure : savons-nous créer un monde assez vaste pour que l’autre puisse y exister sans avoir à nous ressembler?

samedi 12 septembre 2026

La carte n’est pas le territoire


Lorsque nous accompagnons quelqu’un, nous arrivons rarement les mains vides. Nous avons nos connaissances, nos expériences, nos modèles et parfois même nos propres blessures. Ces cartes peuvent être précieuses : elles nous aident à reconnaître certains passages et à ne pas nous perdre complètement devant la complexité de ce que l’autre traverse. Mais elles deviennent dangereuses lorsqu’elles nous font croire que nous connaissons déjà son chemin. Deux personnes peuvent perdre leur conjoint et habiter cette perte de façons radicalement différentes. Une personne proche aidante peut ressentir une immense tristesse au décès de son proche; une autre peut éprouver simultanément tristesse, soulagement et culpabilité. Devant l’une qui se tait, je pourrais penser qu’elle « refoule » sa peine; devant l’autre qui recommence à rire, qu’elle avance rapidement dans son deuil. Pourtant, ni son silence ni son rire ne me disent encore ce que signifie pour elle ce qu’elle est en train de vivre.

Accompagner demande alors une forme particulière d’humilité : tenir suffisamment à nos cartes pour qu’elles nous orientent, mais suffisamment peu pour continuer à regarder le territoire qui se révèle devant nous. Je peux connaître les théories du deuil sans chercher à déterminer dans quelle étape se trouve l’autre. Je peux avoir accompagné cent personnes proches aidantes sans présumer de ce que vit la cent-unième. Je peux reconnaître un sentier que j’ai moi-même emprunté sans conclure qu’il mène au même endroit pour elle. La compétence de l’accompagnant ne réside donc peut-être pas seulement dans ce qu’il sait, mais dans sa capacité à laisser momentanément son savoir en arrière-plan pour demander : Qu’est-ce que cela représente pour vous? Qu’est-ce qui est différent aujourd’hui? De quoi avez-vous besoin maintenant? La carte reste dans notre poche. Devant nous, cependant, il y a une personne et un territoire encore à découvrir.

vendredi 11 septembre 2026

La peine ne se répare pas, elle s’accompagne


Devant le deuil d’une personne que nous aimons, notre premier mouvement est souvent de vouloir faire quelque chose : trouver les bons mots, rassurer, alléger la peine, proposer une solution. Pourtant, certaines souffrances ne demandent pas d’abord une réponse. Elles demandent une présence. Accompagner, c’est parfois accepter de ne pas pouvoir changer ce qui est arrivé et demeurer là malgré tout. Écouter sans expliquer, accueillir les larmes sans chercher à les arrêter, prononcer le nom de la personne disparue, partager un silence : ces gestes simples reconnaissent que le deuil possède son propre rythme et que la relation avec la personne absente peut continuer à vivre autrement.

Cette présence devient encore plus précieuse avec le temps. Après les premiers jours, lorsque les appels se font plus rares et que la vie reprend autour de la personne endeuillée, son chemin, lui, continue. C’est peut-être là que la communauté retrouve une responsabilité essentielle : se souvenir, revenir, inviter, écouter encore. Nous n’avons pas besoin d’être spécialistes du deuil pour prendre soin les un.es des autres. Nous pouvons apprendre à reconnaître nos limites, à passer le relais lorsque davantage de soutien est nécessaire et, surtout, à ne pas confondre accompagner avec prendre en charge. Une communauté qui sait accompagner n’enlève pas le poids du deuil : elle offre des épaules, des présences et des espaces pour que personne ne soit obligé de le porter toujours seul.e.

mercredi 9 septembre 2026

Le corps que je suis

 

Le corps que j’ai me rappelle que je vieillis. Il suffit d’un miroir, d’un escalier devenu un peu plus exigeant ou d’un matin où mes articulations prennent quelques minutes avant de consentir à la journée. La médecine peut mesurer ce corps, le photographier, le réparer parfois. Elle peut me dire ce qui change en lui. Mais elle ne peut pas entièrement me dire ce que signifie devenir cet homme ou cette femme dont le corps porte maintenant tant d’années vécues.

Car il existe un autre corps : le corps que je suis. Celui-là ne se regarde pas de l’extérieur. Il se découvre lorsque je sens le soleil sur mon visage, lorsque ma respiration ralentit devant un lac, lorsque la main d’une personne aimée rencontre la mienne. Peut-être que vieillir commence véritablement lorsque je cesse de demander seulement à mon corps pourquoi il n’est plus celui d’autrefois et que je commence à lui demander : « Qu’as-tu appris de la vie que je n’ai pas encore entendu? » Le corps que j’ai me rappelle que je vieillis. Le corps que je suis m’apprend comment habiter ce vieillissement.

mardi 8 septembre 2026

La prudence n’est pas la fermeture

 

Après avoir été blessés, déçus ou simplement éprouvés par la vie, nous pouvons devenir plus prudents dans nos relations. Cette prudence n’est pas nécessairement une fermeture. Elle peut même témoigner d’une certaine maturité : nous apprenons à reconnaître nos limites, à ne plus accorder notre confiance trop rapidement et à discerner ce qui nous fait du bien de ce qui nous fragilise. La prudence ne dit pas nécessairement « non » à la relation; elle dit plutôt : « pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix ». Elle nous permet de demeurer ouverts tout en prenant soin de ce qui est vulnérable en nous.

La fermeture commence peut-être lorsque la protection devient si importante qu’elle ne protège plus seulement notre vulnérabilité, mais nous empêche aussi d’être touchés, surpris ou transformés par la rencontre. La différence peut sembler mince : une porte fermée et un mur protègent tous les deux, mais la porte conserve la possibilité de s’ouvrir. Voilà peut-être une question à nous poser lorsque nous érigeons une limite : est-ce que cette limite m’aide à demeurer libre dans la relation, ou m’évite-t-elle désormais toute relation? La posture juste ne consiste ni à tout laisser entrer ni à ne plus rien laisser entrer. Elle consiste à apprendre, avec le temps, quand ouvrir la porte, quand la refermer… et quand simplement rester un moment sur le seuil.

dimanche 6 septembre 2026

Le corps, notre première demeure


Nous parlons parfois de notre corps comme de quelque chose que nous possédons : il faut l’entretenir, le nourrir, le soigner, le garder en forme. Pourtant, le corps n’est pas simplement un objet que j’ai, ni un véhicule qui transporterait mon esprit d’un endroit à l’autre. Il est le lieu premier depuis lequel je rencontre le monde. C’est par lui que je ressens la chaleur du soleil, la fatigue d’une longue journée, la proximité d’une personne aimée, l’inquiétude qui serre la poitrine ou cette respiration qui, soudainement, devient plus profonde. Avant même que je puisse expliquer ce qui m’arrive, mon corps est déjà en conversation avec le réel.

Peut-être est-ce pour cela que certaines pratiques de méditation donnent l’étrange impression de « revenir au corps », presque comme si l’on revenait à la maison. Il ne s’agit pourtant pas de retrouver un corps que nous aurions quitté, mais de redevenir attentifs à celui que nous n’avons jamais cessé d’être. Et plus les années passent, plus cette demeure se transforme : elle ralentit parfois, devient vulnérable, porte les traces de notre histoire et nous rappelle nos limites. Vieillir pourrait alors être autre chose que lutter pour conserver le corps d’hier : apprendre à rencontrer la vie depuis le corps que nous sommes aujourd’hui. Peut-être que nourrir notre vie intérieure commence précisément là, non pas en nous éloignant du corps, mais en revenant doucement à lui.

samedi 5 septembre 2026

Être pleinement présent à la vie

 

Il arrive un moment où l’on ressent moins le besoin de courir après la vie que celui de s’y rendre pleinement présent. Regarder par la fenêtre, laisser entrer la lumière, observer les arbres, sentir le temps passer sans chercher à le retenir. Peut-être que l’épanouissement humain commence là : non pas dans l’accumulation des expériences ou des réalisations, mais dans une qualité de présence à ce qui est déjà là. Vieillir peut alors devenir autre chose qu’une avancée dans le temps : une invitation à approfondir notre relation à soi, aux autres et au monde.

La nature nous rappelle doucement que la vie est faite de saisons. Certaines nous demandent de croître, d’autres de porter fruit, d’autres encore de laisser aller ce qui n’a plus à être porté. Avec les années, je découvre que la question n’est peut-être plus seulement : « Qu’est-ce que je veux accomplir? », mais aussi : « Qu’est-ce que la vie m’invite maintenant à accueillir, à transmettre et à devenir? » Entre enracinement et ouverture, l’épanouissement apparaît alors moins comme une destination que comme une manière consciente, relationnelle et reconnaissante d’être en relation avec la vie.

vendredi 4 septembre 2026

Le mentorat communautaire : trouver des personnes avec qui cheminer

 

Aujourd’hui, 4 septembre, quelque chose commence. Douze personnes provenant de cinq organismes communautaires de la région se retrouveront sur Zoom pour une première formation en français sur le mentorat communautaire, tel qu’il est développé au Centre de ressources Connexions. Ensemble, nous explorerons une question toute simple, mais exigeante : comment accompagner une personne sans prendre sa place? Le mentorat communautaire nous invite à déplacer notre regard. La personne qui accompagne n’est pas celle qui connaît le chemin, qui possède les bonnes réponses ou qui décide de la destination. Elle devient plutôt une compagne ou un compagnon de cheminement : une présence qui écoute, questionne, encourage et marche aux côtés de l’autre pendant que cette personne découvre son propre chemin. Présence, écoute, curiosité, réciprocité et pouvoir d’agir seront ainsi au cœur de notre exploration.

Cette première rencontre est rendue possible grâce au financement de Santé Québec Outaouais, au programme d’accompagnement du Centre de ressources Connexions et à mes travaux de recherche doctorale sur l’accompagnement communautaire. Elle prend ainsi forme au croisement de l’expérience vécue, de la pratique communautaire et de la recherche. Surtout, elle se construira avec les personnes qui y participeront. Douze personnes, cinq organismes : autant d’expériences, de savoirs et de regards qui commenceront aujourd’hui à se rencontrer et à tisser une communauté autour de l’accompagnement. J’ai également le grand plaisir de coanimer cette démarche avec ma collègue Céline Côté, dont l’expérience et la présence enrichiront notre cheminement collectif. Merci à Céline, aux organismes partenaires et à toutes les personnes qui ont accepté l’invitation. Votre présence contribue déjà à créer un espace riche, vivant et porteur.

jeudi 3 septembre 2026

Quand le réel ne suit pas nos plans

 

Nous parlons souvent de « l’imprévu » comme de quelque chose qui viendrait soudainement perturber le cours normal des choses. Mais si l’imprévu révélait plutôt notre difficulté à accueillir ce qui advient autrement qu’à partir de ce que nous avions prévu? Lorsque notre volonté occupe tout l’espace, le réel finit par être évalué selon deux catégories : ce que je voulais et ce que je ne voulais pas; ce que j’avais prévu et ce qui déjoue mes plans. Pourtant, la vie ne se présente pas à nous comme un programme à exécuter. Elle advient, avec ses mouvements, ses détours, ses rencontres et ses ruptures. Peut-être avons-nous moins besoin d’apprendre à maîtriser l’imprévu que de développer notre capacité à demeurer présents à ce qui émerge.

Cela m’amène à revenir à une question qui accompagne de plus en plus ma réflexion : « Qu’est-ce qui se passe ici, et qu’est-ce qui demande mon attention? » Commencer par l’attention plutôt que par la volonté ne signifie pas renoncer à nos intentions, à nos projets ou à notre capacité d’agir. Il s’agit plutôt de permettre au réel de nous parler avant de décider ce que nous voulons en faire. C’est peut-être là que commence le discernement : dans cet espace entre ce qui advient et notre réponse. Le lâcher-prise ne serait alors ni résignation ni passivité, mais une autre manière d’entrer en relation avec la vie, en cessant d’exiger qu’elle corresponde toujours à ce que nous avions imaginé.

mercredi 2 septembre 2026

Premier coucher de soleil de septembre


Le premier coucher de soleil de septembre annonce doucement un passage. L’été n’a pas encore tout à fait quitté le paysage, mais déjà la lumière change, les jours raccourcissent et la nature nous rappelle que toute saison porte en elle un mouvement de transformation. Peut-être est-ce aussi cela, s’épanouir : accueillir ce qui demeure tout en consentant à ce qui commence à changer.

mardi 1 septembre 2026

Le deuil, ou apprendre à porter autrement les personnes qui demeurent en nous

 

« Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants », écrivait Jean Cocteau. Cette phrase nous invite à regarder le deuil autrement. Perdre une personne ne signifie pas nécessairement devoir s’en détacher ou « tourner la page ». La relation se transforme. Elle peut continuer à vivre dans nos souvenirs, nos gestes, nos valeurs, nos récits et parfois dans notre manière même d’habiter le monde. Accompagner une personne dans son deuil, ce serait alors moins l’aider à laisser derrière elle ce qui a été perdu que lui offrir un espace où cette relation peut progressivement trouver une nouvelle place dans sa vie.

C’est dans cet esprit que nous amorçons à Connexions une réflexion sur une approche communautaire du deuil. Et si le deuil n’avait pas toujours besoin d’être pris en charge, mais d’abord d’être accueilli? Autour d’une personne endeuillée se trouvent des proches, des ami.es, des voisin.es, des pairs, des groupes et des organismes qui peuvent apprendre à être présents, à écouter et à marcher à ses côtés. Une communauté capable d’accueillir le deuil ne cherche pas à faire disparaître la peine. Elle crée des espaces où personne n’est obligé de la porter seul et où les liens avec les personnes qui nous ont quitté·es peuvent continuer à nourrir la vie.

dimanche 30 août 2026

Agir sans tout maîtriser


Nous avons souvent appris que pour avancer, il fallait savoir où nous allons, décider, planifier et garder la maîtrise de la situation. Pourtant, une part essentielle de la vie échappe à nos prévisions. Une rencontre inattendue, une parole qui nous déplace, une intuition qui surgit, un événement qui bouleverse nos plans peuvent ouvrir des chemins que nous n’aurions jamais imaginés. La sagesse ne consiste alors ni à renoncer à agir ni à vouloir tout contrôler. Elle nous invite à nous engager pleinement, à faire des choix et à donner une trajectoire à notre vie, tout en reconnaissant que le réel demeure plus vaste que ce que nous pouvons prévoir.

Cette posture demande une forme particulière de présence : avancer tout en restant disponible. Il s’agit d’écouter suffisamment pour que nos croyances, nos intentions et nos habitudes ne déterminent pas à elles seules ce que nous sommes capables de voir. C’est peut-être là que se rencontrent créativité et lâcher-prise : nous faisons notre part, puis nous laissons de l’espace à ce qui peut émerger de la relation avec les autres, avec les circonstances et avec nous-mêmes. Certaines des transformations les plus fécondes commencent précisément ainsi : lorsque nous cessons de demander au réel de correspondre entièrement à nos plans et devenons capables d’être surpris par ce qu’il nous offre.

samedi 29 août 2026

Accompagner : une autre manière d’être au monde

 

Et si accompagner ne consistait pas d’abord à aider quelqu’un, mais à apprendre une autre manière d’être en relation avec le monde? Nous avons souvent été formés à intervenir, prévoir, résoudre, orienter et maîtriser. Pourtant, vous connaissez probablement ces moments où aucune solution ne peut être imposée : une personne traverse un deuil, un proche vieillit, une communauté cherche son chemin, une organisation vit une transition, ou votre propre vie prend une direction inattendue. Accompagner commence peut-être précisément là : être suffisamment présent pour écouter ce qui cherche à émerger, sans prétendre savoir d’avance ce qui devrait advenir. Cela ne signifie ni passivité ni désengagement. Il s’agit plutôt d’une présence attentive qui soutient, relie et crée des conditions favorables, tout en reconnaissant que l’autre, la communauté et le réel possèdent leur propre devenir.

Cette posture peut transformer notre manière d’habiter nos relations, nos communautés et même nos institutions. Vous pouvez contribuer sans tout porter, prendre soin sans prendre en charge, vous engager sans vous rendre maître du résultat. L’accompagnement devient alors davantage qu’une compétence réservée aux professions d’aide : il devient une relation au monde fondée sur l’attention, la présence, l’écoute et une certaine confiance envers ce qui peut émerger entre nous. Peut-être pourriez-vous vous demander aujourd’hui : dans les relations et les projets auxquels je tiens, est-ce que je cherche surtout à déterminer ce qui doit arriver, ou est-ce que je sais aussi créer l’espace nécessaire pour que quelque chose que je n’avais pas prévu puisse advenir?

jeudi 27 août 2026

Et si vous deveniez animateur ou animatrice de Cercles de Pardon ?

 

Depuis quelque temps, je rencontre de plus en plus de personnes touchées par l’expérience des Cercles de Pardon et qui se demandent comment elles pourraient, à leur tour, contribuer à les faire vivre. Derrière cette question, j’entends souvent moins le désir « d’animer une activité » que celui d’offrir à d’autres un espace où il devient possible de déposer certains fardeaux, de guérir des blessures du cœur et de retrouver davantage de liberté intérieure.

Devenir animateur ou animatrice de Cercles de Pardon s’inscrit dans un cheminement. Les Cercles ont été créés par Olivier Clerc à partir de l’expérience fondatrice qu’il a vécue avec Don Miguel Ruiz. Leur animation repose sur un rituel précis, transmis dans le cadre d’une formation spécifique de l’Association Pardon International (API), et s’inscrit dans un esprit bénévole et non lucratif.

L’animateur ou l’animatrice devient ainsi gardien ou gardienne d’un espace et d’un processus. Cette posture demande à la fois présence, simplicité, respect du rituel et confiance dans ce qui peut émerger lorsque des personnes acceptent de faire ensemble un pas sur le chemin du pardon.

Si cette démarche résonne en vous et que vous aimeriez connaître les prérequis, le parcours de préparation ou les prochaines possibilités de formation, je vous invite simplement à communiquer avec moi. Il ne s’agit pas encore de s’engager, mais peut-être de commencer une conversation et de discerner si ce chemin est aussi le vôtre.

mercredi 26 août 2026

Dans la mijoteuse : prendre soin de celles et ceux qui prennent soin

 

Certaines idées ont besoin de temps avant de trouver leur forme. Elles sont, comme j’aime le dire, « dans la mijoteuse ». Ces jours-ci, une phrase revient dans mes réflexions : You deserve care too. Je la traduirais moins littéralement par « Vous méritez, vous aussi, que l’on prenne soin de vous » que par une invitation toute simple : « Prendre soin de soi aussi ». Au Centre de ressources Connexions, cette intuition pourrait prendre la forme d’une série d’ateliers sur le mieux-être destinée notamment aux personnes proches aidantes. Non pas pour ajouter une nouvelle obligation de « prendre soin de soi » à des personnes qui portent déjà beaucoup, mais pour créer des espaces où il devient possible de ralentir, d’être écouté, de retrouver ses propres ressources et, parfois simplement, de se rappeler que nos besoins comptent aussi.

Dans la même mijoteuse se trouve le développement d’ateliers autour du deuil. Le deuil ne concerne pas seulement la mort d’un être cher : il accompagne aussi la perte d’autonomie, la transformation d’une relation, le départ d’un rôle, les deuils blancs et ces nombreuses transitions qui traversent une vie. Plutôt que de considérer ces expériences comme des problèmes à résoudre, j’aimerais que nous puissions créer des espaces communautaires où elles peuvent être accueillies, nommées et partagées. Ces deux pistes : mieux-être et deuil,  me semblent finalement porter la même intuition : une communauté prend soin de ses membres lorsqu’elle crée des lieux où chacun peut déposer un peu de ce qu’il porte et retrouver, avec d’autres, la possibilité de continuer son chemin.

lundi 24 août 2026

Le leadership commence peut-être par une question : quel monde voulons-nous rendre possible?

 

Cet automne, j’aurai le plaisir d’offrir en ligne le cours HUM2510 – Fondements en leadership à l’Université Saint-Paul.

Qu’est-ce que le leadership lorsque le monde autour de nous change plus rapidement que nos réponses?

Pendant 12 semaines, nous explorerons les grandes théories du leadership, mais aussi leurs limites face aux défis écologiques, sociaux, technologiques et humains de notre époque. Nous nous intéresserons au leadership transformatif et adaptatif, à l’intelligence émotionnelle et spirituelle, à l’écoute, au dialogue, au discernement et à notre capacité de créer ensemble des relations et des conditions durables.

Le cours sera interdisciplinaire, réflexif et expérientiel. Nous apprendrons à partir des auteurs, bien sûr, mais également de situations concrètes, de nos expériences, du dialogue et de l’intelligence du groupe.

Une question accompagnera notre parcours :

« Quel monde souhaitons-nous rendre possible, et quelles conditions permettront à ce monde d’émerger? »

HUM2510 – Fondements en leadership
Automne 2026 à l'Université Saint-Paul
Cours offert en ligne, les mercredis de 13 h 30 à 16 h 30, à partir du 9 septembre 2026.

jeudi 20 août 2026

Cultiver un « nous » vivant : un laboratoire sur nos manières de travailler ensemble

 

Aujourd’hui, à l’Université Saint-Paul, une équipe en retraite choisit de transformer son temps de recul en véritable laboratoire sur l’épanouissement humain. À partir d’une préoccupation concernant l’épuisement professionnel, elle se donne l’espace nécessaire pour explorer une question profondément collective : comment voulons-nous travailler ensemble afin que notre engagement, notre créativité et notre organisation demeurent vivants, cohérents et durables? Ce laboratoire, que j’ai le privilège d’animer, invite à ralentir, à écouter ce que l’expérience cherche à nous apprendre et à cultiver les conditions d’un « nous » capable de s’épanouir.

mercredi 19 août 2026

Cultiver la vie entre nous


Nous ne pouvons pas fabriquer une relation vivante comme on construit un objet. Nous pouvons cependant cultiver les conditions qui lui permettent de grandir. Comme au jardin, cela demande de l’attention, de la patience et parfois du retrait. Il faut préparer le sol, prendre soin de ce qui est fragile, laisser de l’espace et accepter que tout ne pousse pas selon nos plans. Dans nos familles, nos milieux de travail et nos communautés, il en va de même. La qualité de ce qui devient possible entre nous dépend beaucoup de notre manière d’écouter, d’accueillir la différence, de faire place aux autres et de leur permettre d’offrir ce qu’ils portent.

Cultiver la vie entre nous, c’est aussi reconnaître que nous avons besoin les uns des autres pour nous épanouir. Nous pouvons recevoir du soutien et continuer à contribuer. Nous pouvons accompagner quelqu’un sans prendre sa place. Nous pouvons exercer un leadership sans décider de tout ce qui doit émerger. Peut-être notre responsabilité n’est-elle pas toujours de savoir exactement où aller, mais de prendre soin de ce qui nous relie et de rester attentifs à ce que le chemin nous apprend. Une question peut alors accompagner nos relations quotidiennes : qu’est-ce que ma manière d’être avec les autres rend davantage possible entre nous?

mardi 18 août 2026

Faire confiance, c’est confier quelque chose qui compte

 

Faire confiance ne signifie pas être certain que l’autre agira toujours comme nous l’espérons. C’est choisir de lui confier quelque chose qui a de la valeur pour nous : une parole intime, une idée, une responsabilité, notre réputation ou une part de notre histoire. La confiance nous rend donc vulnérables, mais cette vulnérabilité n’a pas à être aveugle. Elle peut être consciente, progressive et accompagnée de discernement. Avant de nous demander si une personne est digne de confiance, demandons-nous plutôt ce que nous sommes prêts à lui confier, dans cette situation précise, et quelles expériences nous permettent de croire qu’elle en prendra soin.

La méfiance apparaît lorsque nous sentons que ce qui compte pour nous n’est plus en sécurité dans la relation. Elle n’est pas nécessairement un jugement définitif sur l’autre. Elle peut être un signal intérieur qui nous invite à ralentir, à clarifier nos limites et à observer ce qui se passe. Une confiance fragilisée ne se rétablit pas par une promesse ou une demande d’oublier. Elle se reconstruit par des gestes cohérents, une responsabilité assumée et la capacité de respecter le rythme de la personne blessée. Parfois, continuer la relation demeure possible, mais autrement, avec moins d’implicite et des conditions plus claires.

lundi 17 août 2026

Faire de la place : comment nos liens réveillent le meilleur en chacun de nous

 

Pour aider une personne à s’exprimer et à prendre confiance, tout commence par notre façon d’être avec elle. Quand on arrête de vouloir tout contrôler et qu'on écoute pour vrai, sans juger, on crée un climat de confiance rassurant. L’autre ne se sent plus simplement comme un spectateur ou un exécutant : il se sent respecté, écouté et capable d’agir par lui-même. C’est dans cet espace sécurisant que chacun ose partager ses idées, ses forces et même ses doutes, sachant qu’il a une vraie valeur au sein du groupe.

C’est justement grâce à cette confiance que la magie du travail d'équipe opère. Quand on met nos différences en commun au lieu de chercher à ce que tout le monde pense pareil, on invente des solutions qu’aucun de nous n’aurait pu trouver tout seul. Être ensemble, ce n’est pas juste additionner des individus dans une même pièce : c’est créer un réseau solide et vivant où chaque personne aide les autres à grandir, à collaborer et à bâtir des projets qui font une vraie différence.

dimanche 16 août 2026

Le bourdon au jardin

 

Au jardin, le bourdon ne fait pas que butiner les fleurs : il participe, discrètement et inlassablement, à cette grande conversation du vivant.
Marquis

La vie n’est peut-être pas une destination, mais une orientation


Pendant longtemps, j’ai facilement pensé ma vie en termes de destinations : un projet à réaliser, une responsabilité à assumer, une étape à franchir, quelque chose à construire ou à accomplir. Avec les années, je découvre pourtant une autre manière d’habiter mon chemin. Et si l’essentiel n’était pas toujours de savoir où nous allons, mais plutôt de discerner vers quoi nous voulons nous tourner? Une destination nous donne un point d’arrivée; une orientation nous donne une direction. Elle devient une boussole intérieure qui peut demeurer présente même lorsque nos rôles changent, que certains projets prennent fin ou que la vie nous conduit là où nous ne pensions jamais aller. Peut-être connaissez-vous vous aussi ces moments où la carte devient moins précise. Il ne s’agit alors pas nécessairement de trouver rapidement une nouvelle destination, mais d’écouter ce qui continue de vous appeler.

Dans ma propre vie, une orientation se précise : contribuer à tisser le tissu social, en prenant soin des conditions qui permettent aux personnes de se rencontrer, de s’accompagner, de prendre leur place, d’offrir ce qu’elles portent et de s’épanouir ensemble. Cette orientation peut prendre plusieurs formes : enseigner, accompagner, réunir des personnes, créer des espaces de dialogue, soutenir une communauté ou simplement être pleinement présent à quelqu’un. Je n’ai donc pas besoin de connaître exactement la prochaine destination pour reconnaître la direction qui donne du sens à mes pas. Et vous, si vous laissiez momentanément de côté la question « Où dois-je arriver? », quelle autre question émergerait? Peut-être simplement : « Vers quoi ai-je profondément envie de m’orienter dans la prochaine étape de ma vie? »

samedi 15 août 2026

Quand votre « non » donne toute sa valeur à votre « oui »

 

Avez-vous déjà dit oui alors qu’au fond de vous, quelque chose aurait voulu dire non? Peut-être aviez-vous peur de décevoir, de blesser quelqu’un ou de fragiliser une relation importante. Dans ces moments, le oui peut devenir une manière de préserver le lien, parfois au prix de ce que vous ressentez vraiment. Un consentement authentique ne se reconnaît donc pas seulement aux mots prononcés. Il prend naissance dans un climat où vous pouvez écouter ce qui se passe en vous et exprimer votre réponse sans crainte d’être jugé, rejeté ou culpabilisé.

Lorsque nous accueillons le non d’une personne avec respect, nous lui faisons savoir que la relation compte davantage que la réponse attendue. Nous créons alors un espace où chacun peut demeurer pleinement lui-même, avec ses limites, ses hésitations et son propre rythme. Et lorsque le oui émerge de cet espace de liberté, il devient plus vrai, plus habité et plus porteur d’engagement. Permettre à l’autre de dire non, ce n’est pas affaiblir la relation. C’est lui offrir la possibilité de se construire dans la confiance.

vendredi 14 août 2026

Le leadership du remorqueur

 

Nous imaginons souvent le leadership comme la capacité de se placer à l’avant, de montrer la direction et d’entraîner les autres. Le remorqueur nous propose une tout autre image. Minuscule à côté du navire qu’il accompagne, il ne cherche ni à remplacer son moteur ni à prendre sa place. Il s’approche, établit une connexion et se positionne là où sa présence peut devenir utile. Sa puissance ne vient pas de sa taille, mais de sa capacité à exercer la bonne force, au bon endroit et au bon moment. Le leadership devient alors moins l’art de convaincre les autres de nous suivre que celui de comprendre le mouvement déjà présent et de créer les conditions permettant une nouvelle direction.

Cette métaphore nous invite aussi à repenser le leadership transformationnel. Transformer une organisation, une communauté ou un groupe ne signifie peut-être pas arriver avec suffisamment de force pour « secouer le cocotier ». Cela demande d’abord d’entrer en relation avec le système, d’écouter son histoire, de reconnaître ses résistances et ses aspirations, puis de trouver les points d’appui qui permettront au changement d’émerger. Comme le remorqueur, le leader n’a pas besoin d’être le plus imposant pour avoir de l’influence. Il lui faut surtout apprendre où se placer, quand intervenir et quand laisser le navire poursuivre son propre mouvement.

mercredi 12 août 2026

Quand ce que nous vivons devient expérience

 

Nous vivons beaucoup de choses au cours d'une journée, d'une année, d'une vie. Des rencontres, des réussites, des déceptions, des passages inattendus. Pourtant, avoir beaucoup vécu ne signifie pas nécessairement avoir beaucoup appris. L'événement nous arrive, mais l'expérience demande quelque chose de plus : un arrêt, une écoute, un retour sur ce qui s'est passé. Qu'est-ce que cette rencontre a éveillé en moi ? Qu'est-ce que cet échec a déplacé ? Qu'est-ce que cette transition m'apprend sur ma manière d'habiter le monde ? C'est peut-être lorsque nous consentons à ces questions que ce qui nous est arrivé commence véritablement à devenir une expérience.

Tirer expérience de ce que nous vivons suppose donc une forme d'intériorité. Il faut parfois laisser décanter l'événement plutôt que chercher immédiatement à l'expliquer. Certaines expériences mettent des années à révéler ce qu'elles avaient à nous apprendre. D'autres changent de signification lorsque nous les revisitons à une autre étape de notre vie. La sagesse ne vient peut-être pas de l'accumulation des expériences, mais de notre capacité à les accueillir, à les relire et à les intégrer. Vivre nous expose à l'existence ; réfléchir à ce que nous vivons nous permet progressivement d'en faire un chemin de transformation.

mardi 11 août 2026

Le cœur qui écoute

 

Nous pensons souvent que bien écouter consiste à trouver les bons mots, à poser les bonnes questions ou à comprendre rapidement ce que l'autre veut nous dire. Pourtant, l'écoute commence peut-être ailleurs : dans notre capacité à faire suffisamment silence en nous pour que l'autre puisse apparaître sans être immédiatement interprété. Jean-Yves Leloup évoque cette belle expression du « cœur qui écoute », associée à la sagesse de Salomon. Un cœur qui écoute ne renonce pas à comprendre, mais accepte de ne pas savoir trop vite. Il accueille les paroles, les hésitations, les émotions et même ce qui demeure encore sans mots. Écouter devient alors moins une technique qu'une qualité de présence.

Dans l'accompagnement, cette posture transforme profondément la relation. Nous ne sommes plus devant quelqu'un qu'il faudrait réparer, conseiller ou conduire quelque part. Nous devenons, pour un moment, une présence qui lui permet de mieux s'entendre lui-même. Peut-être est-ce là une des formes les plus profondes de l'hospitalité humaine : offrir à quelqu'un un espace où il n'a pas besoin de devenir autre chose que ce qu'il est pour être accueilli. Le cœur qui écoute ne cherche donc pas seulement ce qui se dit. Il devient attentif à ce qui, en soi, chez l'autre et dans la relation, ne fait pas encore de bruit.