mardi 27 janvier 2026

Tenir l’espace du devenir


 Tenir l’espace du devenir, c’est accepter que tout ne soit pas clair tout de suite. C’est reconnaître que ce que je vis en ce moment ne dit pas tout de qui je suis. Par exemple, ressentir de la colère après une discussion difficile ne signifie pas que je suis une personne colérique. C’est une émotion qui passe, pas une définition de moi.

Dans la vie de tous les jours, on cherche souvent à expliquer rapidement ce qui se passe en nous. Si je me sens triste, je peux me dire : « quelque chose ne va pas chez moi ». Si je fais une erreur, je peux penser : « je ne suis pas bon ». Tenir l’espace du devenir, c’est faire une pause avant ces conclusions. C’est se dire : « je traverse quelque chose, et j’ai le droit de prendre le temps de comprendre ».

Tenir l’espace du devenir, c’est aussi important dans les relations. Quand un ami réagit mal ou se ferme, il est facile de penser : « il ne m’écoute jamais ». Mais si je tiens l’espace du devenir, je peux me rappeler que cette personne vit peut-être un moment difficile. Le lien reste ouvert, au lieu de se refermer sur un jugement.

Tenir l’espace du devenir, c’est donc apprendre à vivre avec un peu d’incertitude. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est une force. Cela permet de rester en mouvement, de changer, d’apprendre et de grandir. Quand on accepte de ne pas tout figer tout de suite, on se donne la chance de devenir autrement, avec plus de liberté et de douceur.

lundi 26 janvier 2026

Après les cours, quand le sens se retire en silence

 


À la suite des discussions de la fin de semaine avec des étudiantes et des étudiants, une impression est restée. Pas une plainte claire. Plutôt un malaise partagé, difficile à nommer. Plusieurs parlaient de travail, d’études, de projets. Tout semblait en ordre. Et pourtant, quelque chose sonnait creux.

Ce qui revenait, sans toujours être dit ainsi, c’était cette expérience étrange de faire beaucoup, sans sentir que cela compte vraiment. Des tâches accomplies correctement, parfois même avec succès, mais qui ne laissent aucune trace intérieure. Comme si le temps passait, sans vraiment être habité.

Quand on passe ses journées à faire des choses que l’on sait vides de sens, le problème ne se voit pas tout de suite. Il s’installe doucement. Une fatigue qui ne disparaît pas avec le repos. Une impression de jouer un rôle plutôt que de participer. Peu à peu, on apprend à se couper. Une partie de soi agit. Une autre se met en retrait.

Cette coupure ne reste pas enfermée à l’intérieur. Elle se glisse dans les relations. On échange, on collabore, on communique. Mais on se touche peu. Les liens deviennent pratiques, efficaces, rapides. On est ensemble, sans vraiment se rencontrer. La solitude ne vient pas de l’absence de monde, mais de l’absence de ce qui compte.

Et plus profondément encore, quelque chose se perd du côté du sens. Les êtres humains ont besoin de sentir que leur énergie est offerte à plus grand qu’eux. Une communauté. Une contribution réelle. Un avenir à construire. Quand ce lien disparaît, la vie devient lourde. On ne choisit plus vraiment. On tient.

Ce qui m’a frappé dans ces échanges, ce n’est pas un manque de motivation, mais un manque de lieux où le sens peut se dire. Peut être que la première étape n’est pas de trouver de meilleures réponses, mais d’oser nommer ce qui est vide. De ralentir. De redonner de la valeur à ce qui nourrit vraiment la vie humaine.

samedi 24 janvier 2026

Début du cours l'intelligence émotionnelle


Cette fin de semaine, le cours Intelligence émotionnelle reprend à l’Université Saint-Paul.

Chaque début de session a quelque chose de particulier. Ce n’est pas seulement un retour en classe, c’est une rencontre. Des visages, des parcours, des attentes parfois claires, parfois encore floues. Et surtout, une même question en filigrane : comment habiter nos émotions sans qu’elles nous gouvernent, et sans les étouffer non plus.

L’intelligence émotionnelle n’est pas une technique à maîtriser ni une performance à atteindre. C’est une capacité qui se développe dans la relation, dans l’écoute de soi et des autres, dans l’attention portée à ce qui se vit ici et maintenant. Elle commence souvent là où l’on cesse de vouloir avoir raison pour chercher à comprendre. Là où l’on accepte de ralentir pour sentir ce qui se passe en soi avant d’agir.

Dans ce cours, nous ne cherchons pas à « gérer » les émotions, mais à les reconnaître comme des messagères. Elles nous parlent de nos valeurs, de nos limites, de nos élans et parfois de nos blessures. Lorsqu’on leur fait de la place, elles deviennent des alliées précieuses pour le leadership, la vie professionnelle, les relations et l’accompagnement.

Ce qui me touche, année après année, c’est de voir comment un groupe devient peu à peu un espace de confiance. Un lieu où l’on peut nommer ce qui est difficile, apprendre à écouter autrement, et découvrir que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une force relationnelle.

Commencer ce cours, c’est accepter de se laisser transformer doucement. Pas par de grandes révélations spectaculaires, mais par de petits déplacements intérieurs. Un mot entendu. Une émotion reconnue. Une écoute plus juste.

Je me réjouis d’ouvrir à nouveau cet espace cete fin de semaine.
Avec curiosité.
Avec respect.
Et avec la conviction que mieux comprendre nos émotions, c’est aussi apprendre à mieux habiter notre humanité.

jeudi 22 janvier 2026

Le temps comme partenaire

 

J’ai appris avec le temps que le discernement ne se fait pas dans la précipitation. Quand je prends le temps de m’arrêter, de respirer et de ne pas forcer les choses, quelque chose se met en place naturellement. Mes pensées deviennent plus claires. Mes émotions se calment. Je n’ai plus besoin de pousser ou de convaincre. Le temps m’aide à voir ce qui est vraiment important et ce qui ne l’est pas.

J’ai compris que le discernement ne se reconnaît pas à la pression ou à l’urgence, mais au calme qu’il laisse en nous. Quand une décision est juste, elle apporte de la paix. Le temps, quand on l’habite avec attention, devient alors un véritable allié.

mercredi 21 janvier 2026

Ne pas comprendre tout de suite

 

Dire « ça n’a pas de sens », c’est souvent une façon de s’arrêter. On juge trop vite que quelque chose ne vaut pas la peine d’être compris.

Dire « je n’ai pas trouvé le sens », c’est différent. Ça veut dire : je cherche encore. Je reconnais que je ne comprends pas tout, mais je reste ouvert. Le problème n’est plus le monde, c’est mon regard qui est en apprentissage.

Parfois, le sens n’apparaît pas tout de suite. Il se découvre avec le temps, les questions, les expériences et les rencontres. Apprendre, ce n’est pas toujours trouver des réponses. C’est souvent apprendre à rester curieux sans se fermer.