samedi 21 février 2026

La solidarité : outil ou destination ?

 

On parle souvent de solidarité comme d’un moyen. Par exemple, on s’entraide pour réussir un projet d’école, pour organiser un événement ou pour traverser une période difficile. La solidarité devient alors un outil : elle sert à atteindre un objectif. Elle est utile, efficace, parfois stratégique. Mais si on regarde de plus près, on peut se demander : est-ce que la solidarité existe seulement pour arriver à quelque chose ? Ou est-ce qu’elle a une valeur en soi ? Quand un voisin aide un aîné simplement parce qu’il tient à lui, sans rien attendre en retour, la solidarité n’est plus un moyen. Elle devient une manière d’être. Elle est déjà le but.

La solidarité comme fin, c’est choisir d’être relié aux autres même quand il n’y a rien à gagner. C’est décider que le lien humain compte plus que la performance. Par exemple, dans un groupe, on peut travailler ensemble juste pour obtenir une bonne note. Mais on peut aussi choisir d’apprendre à se comprendre, à s’écouter, à se soutenir. Dans ce cas, le résultat compte, mais la relation compte encore plus. Quand la solidarité devient une fin, elle transforme notre manière de vivre ensemble. Elle ne sert plus seulement à réussir ; elle nous aide à devenir plus humains.

vendredi 20 février 2026

Aimer sans attendre en retour


Il m’arrive de me dire cette phrase toute simple : tu n’es pas obligé de m’aimer. L’amour ne fonctionne pas toujours comme un échange égal. Parfois, on aime quelqu’un qui ne peut pas, ou ne veut pas, aimer de la même façon. Et pourtant, cela n’enlève rien à ce que je ressens. Moi, je t’aime déjà.

Avec le temps, j’ai compris que cet amour n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas non plus une attente cachée. C’est un choix intérieur. Aimer, ce n’est pas forcer l’autre à répondre. C’est décider de rester respectueux, bienveillant, ouvert, même si l’autre ne fait pas la même chose. Cela demande du courage. Cela demande aussi de savoir que ma valeur ne dépend pas du retour que je reçois. Aimer sans attendre en retour, c’est une forme de liberté.

mercredi 18 février 2026

Tenir debout dans le dépouillement


Là où je vis, le Carême n’est plus annoncé par les cloches, mais par une fatigue diffuse que les gens portent sans toujours savoir d’où elle vient. Les maisons sont pleines, les écrans allumés, les horaires chargés, et pourtant quelque chose se resserre à l’intérieur. Alors revient ce temps ancien, discret, qui n’impose rien. Il ne presse pas. Il invite. Il suggère d’éteindre une lumière, de manger un peu moins, de ralentir un peu plus. Certains pensent encore que le Carême parle de privation. Moi, je le vois plutôt comme ce moment où, en plein hiver, on dégage un sentier recouvert de neige pour pouvoir avancer sans glisser.

Dans ce temps-là, on découvre que le manque n’est pas toujours un ennemi. Il peut devenir un guide. En ralentissant, des questions longtemps mises de côté refont surface. En acceptant le silence, une autre parole se laisse entendre. Le Carême nous rappelle que la vie n’est pas seulement faite pour être remplie, mais pour être vécue avec attention. Dans une société qui va vite et qui évite l’inconfort, ce temps propose de s’arrêter ensemble, non pour aller mieux immédiatement, mais pour redevenir plus présents. Comme dans les récits anciens, c’est souvent dans le désert, ce lieu froid et dépouillé, que l’on retrouve le fil de ce qui nous relie aux autres, à la terre et à soi-même.

mardi 17 février 2026

Écouter pour accompagner autrement

Dans ce premier épisode de la nouvelle saison de USP en conversation, j’ai le plaisir d’échanger avec le recteur Louis Patrick Leroux de l’Université Saint-Paul.

Nous explorons ensemble l’écoute profonde comme posture de présence, de relation et de transformation. Bien au-delà des approches instrumentales, écouter apparaît comme un acte de réception, de vulnérabilité et de courage, au cœur de l’accompagnement humain. La conversation aborde également l’accompagnement des personnes proches aidantes, en soulignant l’importance de créer des espaces relationnels où la parole peut se déposer sans pression et où la dignité est reconnue.

Cette rencontre s’adresse à celles et ceux qui pressentent que, dans un monde saturé de discours, l’écoute demeure un geste fondateur pour soutenir, relier et transformer.

L’épisode est maintenant disponible : lien

Au plaisir de vous y retrouver et de poursuivre la conversation.

lundi 16 février 2026

Le premier cours de psychatlogie de Jules


Ce matin-là, j’ai inscrit Jules à son premier cours de psychatlogie.

Il n’a rien dit. Il s’est simplement assis bien droit devant la télévision, comme s’il savait déjà que quelque chose de sérieux allait se passer.

À l’écran, un grand chat mangeait avec une concentration presque sacrée. Jules observait chaque bouchée, chaque mouvement de moustache, chaque silence entre deux crocs. Je l’ai vu pencher légèrement la tête, signe clair, chez lui, d’une intense activité intellectuelle. C’était le moment exact où la psychatlogie commençait.

Le cours portait sur un thème fondamental : Pourquoi les autres chats mangent-ils toujours quelque chose de plus intéressant que moi?
Jules a pris des notes invisibles. Avec ses yeux. Avec sa queue immobile. Avec cette gravité que seuls les chats savent adopter quand ils étudient l’essentiel.

À la fin, il s’est retourné vers moi, lentement. Son regard disait tout :
« Je comprends maintenant. Ce n’est pas de l’envie. C’est de la projection féline. »

La psychatlogie, ça remue beaucoup.