Dans un village, au bord d’une rivière, il y avait un cercle.
Au centre du cercle, on avait allumé un feu.
Personne ne disait vraiment à qui appartenait ce feu.
Il n’était ni au chef, ni aux anciens, ni aux plus jeunes.
Il était là parce que tout le monde savait qu’il fallait qu’il soit là.
Quand quelqu’un arrivait au cercle, il regardait d’abord le feu.
S’il brûlait bien, la rencontre pouvait commencer.
S’il faiblissait, quelqu’un se levait sans rien dire et ajoutait une bûche.
Personne ne demandait :
« Est-ce à mon tour ? »
Personne ne disait :
« Ce n’est pas mon rôle. »
On savait.
Un jour, le village a connu des temps plus difficiles.
Il fallait décider vite.
Il fallait produire, s’organiser, survivre.
Alors, peu à peu, les gens ont cessé de regarder le feu.
Ils parlaient davantage.
Ils faisaient des plans.
Ils comptaient le temps.
Le feu brûlait encore, mais plus faiblement.
Une personne a commencé à le remarquer.
Elle ajoutait du bois.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
Sans s’en rendre compte, ces personnes ont commencé à se lever plus souvent que les autres.
Elles parlaient du feu.
Elles rappelaient pourquoi il était là.
Et peu à peu, quelque chose a changé.
Quand elles se taisaient, personne ne se levait.
Quand elles n’étaient pas là, le feu s’éteignait presque.
Un soir, l’une d’elles est restée assise.
Elle a regardé le feu diminuer.
Elle a senti la fatigue dans son corps.
Alors elle a compris.
Le feu n’était plus porté par le cercle.
Il était porté par quelques épaules seulement.
Ce soir-là, elle ne s’est pas levée.
Elle n’a pas crié.
Elle n’a pas quitté le cercle.
Elle est restée là, en silence.
Le feu a presque disparu.
Un long moment est passé.
Puis quelqu’un d’autre s’est levé.
Puis un autre.
Puis un enfant.
Le feu a repris.
Ce jour-là, le cercle a compris quelque chose d’essentiel :
quand le feu est vraiment important,
il ne repose jamais sur une seule personne.
Porter le feu collectivement, ce n’est pas en parler souvent.
Ce n’est pas écrire son histoire sur des panneaux.
C’est se lever, encore et encore,
surtout quand c’est inconfortable,
surtout quand personne ne regarde.
Quand le feu est porté par tous,
personne ne s’épuise.
Personne ne se sent seul.
Le cercle tient.
Quand le feu est porté par quelques-uns seulement,
le feu devient lourd.
Et ceux qui l’aiment le plus finissent par se brûler.




