mardi 27 octobre 2026

Le plaisir de converser, l'art de se laisser surprendre

 

J'aime les bonnes conversations. Elles comptent parmi les grands plaisirs de ma vie. Une conversation véritable est pour moi bien davantage qu'un échange de paroles ou d'opinions. C'est un lieu d'apprentissage, de découverte et parfois de transformation mutuelle. Pourtant, je constate qu'en vieillissant, il devient plus difficile de vivre ces rencontres qui nourrissent à la fois l'esprit et le cœur. Est-ce parce que nos attentes deviennent plus précises, que nous accordons davantage de valeur à notre temps ou que nos échanges sont trop souvent orientés vers des tâches, des résultats ou des convictions à défendre? Peut-être recherchons-nous moins des personnes qui pensent comme nous que des personnes avec lesquelles il devient possible de penser autrement. Une bonne conversation ne demande pas nécessairement des connaissances extraordinaires, mais de la curiosité, de l'écoute, de la réciprocité et cette précieuse capacité de se laisser surprendre.

Avec les années, je découvre aussi qu'une conversation féconde exige une certaine forme de dépouillement. Il faut parfois renoncer à vouloir convaincre, expliquer ou même comprendre trop rapidement. Il faut accepter de ne pas savoir, de laisser place au silence et de reconnaître que l'autre peut nous apprendre quelque chose, quelle que soit son expérience. En ce sens, converser devient presque un exercice contemplatif : être pleinement présent à ce qui émerge entre nous, sans chercher à tout diriger. Mais cette qualité de rencontre ne peut reposer sur une seule personne. Elle se construit dans une disponibilité partagée. Peut-être est-ce là l'un des beaux apprentissages du vieillissement : découvrir que nous n'avons jamais fini d'apprendre, et que certaines des plus grandes richesses de la vie naissent encore d'une simple conversation.

lundi 26 octobre 2026

Prendre soin sans tout porter

 

Ce matin, à Buckingham, l’atelier I Don’t Have to Carry It All, de la série Care Includes You Too, invite les personnes aînées et les proches aidants à prendre un temps pour reconnaître ce qu’elles portent au quotidien. Il y a les tâches visibles, comme les repas, les déplacements et les rendez-vous, mais aussi les responsabilités plus discrètes : anticiper les besoins, se souvenir de tout et s’inquiéter pour celles et ceux qu’on aime. Cette rencontre propose un espace d’écoute et de réflexion pour reconnaître ses limites et explorer ce qui pourrait être partagé.

Demander du soutien peut soulever bien des questions : à qui s’adresser, comment exprimer ses besoins et comment poser une limite tout en préservant la relation? L’atelier permet d’explorer ces questions à son rythme, sans obligation de se raconter ni de repartir avec une solution. Un premier pas peut être une conversation, une demande précise ou la reconnaissance qu’un soutien manque.

dimanche 25 octobre 2026

La collaboration commence par la culture que nous cultivons

 

Au retour de deux journées d'ateliers sur le leadership collaboratif et la synodalité à Saint-Boniface, au Manitoba, une conviction s'approfondit : la collaboration ne se résume pas à apprendre à travailler ensemble. Elle repose avant tout sur la culture relationnelle que nous cultivons au quotidien. Une communauté peut valoriser l'écoute, la participation et la confiance tout en tolérant des comportements qui les fragilisent. Nos valeurs prennent véritablement leur sens dans les situations difficiles, lorsque nous devons choisir entre préserver une tranquillité apparente et reconnaître ce qui demande à être transformé. La culture d'une communauté se révèle ainsi moins dans ce qu'elle affirme que dans ce qu'elle accepte, protège et assume.

Ces deux journées m'ont rappelé que le leadership collaboratif consiste moins à diriger les personnes vers un résultat prédéterminé qu'à créer les conditions leur permettant de discerner et d'agir ensemble. Passer de la coexistence à la communication, puis à la coopération et à la collaboration, demande du temps, de la confiance et une volonté de se laisser transformer par la rencontre. Cela exige aussi le courage de nommer ce qui nuit aux relations, de protéger la dignité de chacun et de reconnaître notre responsabilité partagée. Une culture collaborative ne se décrète pas : elle se cultive, une conversation, une décision et un engagement à la fois.

vendredi 23 octobre 2026

À Winnipeg, apprendre à bâtir ensemble

 

Ce matin, à Winnipeg, je me prépare à vivre deux journées de rencontres et de réflexion avec les personnes engagées dans la vie des communautés paroissiales de l’Archidiocèse de Saint-Boniface. Avec ma collègue Leah Perrault, nous explorerons le leadership collaboratif, non seulement comme une manière d’organiser le travail et de partager les responsabilités, mais surtout comme une façon d’être en relation. Ce passage dans l’Ouest canadien m’invite à revenir à une conviction qui traverse mes engagements : une communauté ne se construit pas simplement autour de ce que ses membres font ensemble, mais aussi à travers la qualité de leur présence, de leur écoute et de leur confiance mutuelle.

J’aborde ces rencontres avec le désir d’écouter autant que de partager. Dans des communautés marquées par des histoires, des cultures, des générations et des expériences différentes, la collaboration ne signifie pas penser de la même manière ni effacer les différences. Elle nous invite plutôt à reconnaître notre interdépendance, à accueillir ce que chacun apporte et à discerner ce qui peut émerger entre nous. Peut-être est-ce là une dimension essentielle du leadership : ne pas chercher à porter seul l’avenir d’une communauté, mais créer les conditions pour que cet avenir puisse être imaginé et construit ensemble. Mon passage à Winnipeg devient ainsi une occasion de poursuivre un apprentissage qui me tient à cœur : accompagner sans remplacer, contribuer sans imposer et demeurer ouvert à être transformé par la rencontre.

jeudi 22 octobre 2026

Au-delà des discours : cultiver le scepticisme, exercer le discernement

 

Face à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement au Québec marqué par un tournant générationnel où la communication habile est souvent mobilisée pour pallier l'inexpérience des nouveaux ministres, j'ai choisi d’adopter une posture ancrée dans le cinquième accord toltèque : « Soyez sceptique, mais apprenez à écouter ». À l’ère du prêt-à-penser médiatique et des narratifs bien huilés, cultiver ce scepticisme constructif ne relève pas du cynisme, mais d'une saine hygiène démocratique. Cela invite à résister à l'emprise des éléments de langage pour plutôt expliquer, explorer et examiner ce qui se cache réellement derrière la vitrine politique. Une manière de préserver notre souveraineté intérieure,de regarder au-delà des apparences et de maintenir un discernement bienveillant mais lucide face aux transformations de notre société.