lundi 23 février 2026

Quand nos choix changent qui nous sommes


On pense souvent que la stratégie, c’est seulement planifier. Faire une liste. Organiser son temps. Choisir la meilleure option. Mais en réalité, chaque choix important touche à notre identité. Quand je décide d’accepter un nouveau projet, de ralentir, ou même de dire non, je ne change pas seulement mon horaire. Je change aussi la façon dont je me vois. Suis-je quelqu’un qui veut toujours performer ? Quelqu’un qui veut aider à tout prix ? Ou quelqu’un qui apprend à respecter ses limites ?

Parfois, modifier sa stratégie peut être inconfortable. Si j’ai toujours été la personne forte, disponible, engagée sans compter, choisir de ralentir peut me faire sentir coupable. Pourtant, ce changement peut aussi être un signe de maturité. Il peut montrer que je suis en train de devenir plus cohérent avec mes valeurs profondes. La vraie question n’est donc pas seulement « Quelle est la meilleure stratégie ? », mais « Qui suis-je en train de devenir à travers cette décision ? »

Quand nos choix sont alignés avec ce que nous sommes vraiment, ils apportent plus de paix. La stratégie ne devient plus une course, mais un chemin réfléchi. Elle devient un acte d’intégrité.

dimanche 22 février 2026

Ne pas prendre la place de l’autre

 

Depuis plusieurs années, ma façon d’accompagner les personnes est devenue plus claire. Je crois maintenant en un principe simple : ne pas faire à la place de l’autre ce qu’il peut faire lui-même. Cela veut dire que je ne prends pas la responsabilité des décisions des personnes ni leur capacité de grandir. Mon rôle n’est pas de réparer, de corriger ou de contrôler leur chemin. Mon rôle est plutôt de créer un espace sécuritaire et respectueux où chacun peut réfléchir, choisir et avancer à son rythme.

Que ce soit dans un cercle de discussion, en classe ou dans un groupe communautaire, cette manière d’accompagner demande de la patience. Elle demande aussi de la confiance. Je crois que les personnes et les groupes peuvent traverser leurs difficultés et en apprendre quelque chose. Au lieu de forcer le changement, je prends soin des conditions : un climat de respect, d’écoute et de clarté. Soutenir sans envahir. Être présent sans prendre toute la place. Les changements qui naissent ainsi ne sont pas toujours visibles immédiatement, mais ils sont solides, parce qu’ils viennent de l’intérieur. Et c’est souvent cela qui dure le plus longtemps.

samedi 21 février 2026

La solidarité : outil ou destination ?

 

On parle souvent de solidarité comme d’un moyen. Par exemple, on s’entraide pour réussir un projet d’école, pour organiser un événement ou pour traverser une période difficile. La solidarité devient alors un outil : elle sert à atteindre un objectif. Elle est utile, efficace, parfois stratégique. Mais si on regarde de plus près, on peut se demander : est-ce que la solidarité existe seulement pour arriver à quelque chose ? Ou est-ce qu’elle a une valeur en soi ? Quand un voisin aide un aîné simplement parce qu’il tient à lui, sans rien attendre en retour, la solidarité n’est plus un moyen. Elle devient une manière d’être. Elle est déjà le but.

La solidarité comme fin, c’est choisir d’être relié aux autres même quand il n’y a rien à gagner. C’est décider que le lien humain compte plus que la performance. Par exemple, dans un groupe, on peut travailler ensemble juste pour obtenir une bonne note. Mais on peut aussi choisir d’apprendre à se comprendre, à s’écouter, à se soutenir. Dans ce cas, le résultat compte, mais la relation compte encore plus. Quand la solidarité devient une fin, elle transforme notre manière de vivre ensemble. Elle ne sert plus seulement à réussir ; elle nous aide à devenir plus humains.

vendredi 20 février 2026

Aimer sans attendre en retour


Il m’arrive de me dire cette phrase toute simple : tu n’es pas obligé de m’aimer. L’amour ne fonctionne pas toujours comme un échange égal. Parfois, on aime quelqu’un qui ne peut pas, ou ne veut pas, aimer de la même façon. Et pourtant, cela n’enlève rien à ce que je ressens. Moi, je t’aime déjà.

Avec le temps, j’ai compris que cet amour n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas non plus une attente cachée. C’est un choix intérieur. Aimer, ce n’est pas forcer l’autre à répondre. C’est décider de rester respectueux, bienveillant, ouvert, même si l’autre ne fait pas la même chose. Cela demande du courage. Cela demande aussi de savoir que ma valeur ne dépend pas du retour que je reçois. Aimer sans attendre en retour, c’est une forme de liberté.

mercredi 18 février 2026

Tenir debout dans le dépouillement


Là où je vis, le Carême n’est plus annoncé par les cloches, mais par une fatigue diffuse que les gens portent sans toujours savoir d’où elle vient. Les maisons sont pleines, les écrans allumés, les horaires chargés, et pourtant quelque chose se resserre à l’intérieur. Alors revient ce temps ancien, discret, qui n’impose rien. Il ne presse pas. Il invite. Il suggère d’éteindre une lumière, de manger un peu moins, de ralentir un peu plus. Certains pensent encore que le Carême parle de privation. Moi, je le vois plutôt comme ce moment où, en plein hiver, on dégage un sentier recouvert de neige pour pouvoir avancer sans glisser.

Dans ce temps-là, on découvre que le manque n’est pas toujours un ennemi. Il peut devenir un guide. En ralentissant, des questions longtemps mises de côté refont surface. En acceptant le silence, une autre parole se laisse entendre. Le Carême nous rappelle que la vie n’est pas seulement faite pour être remplie, mais pour être vécue avec attention. Dans une société qui va vite et qui évite l’inconfort, ce temps propose de s’arrêter ensemble, non pour aller mieux immédiatement, mais pour redevenir plus présents. Comme dans les récits anciens, c’est souvent dans le désert, ce lieu froid et dépouillé, que l’on retrouve le fil de ce qui nous relie aux autres, à la terre et à soi-même.