mardi 8 septembre 2026

La prudence n’est pas la fermeture

 

Après avoir été blessés, déçus ou simplement éprouvés par la vie, nous pouvons devenir plus prudents dans nos relations. Cette prudence n’est pas nécessairement une fermeture. Elle peut même témoigner d’une certaine maturité : nous apprenons à reconnaître nos limites, à ne plus accorder notre confiance trop rapidement et à discerner ce qui nous fait du bien de ce qui nous fragilise. La prudence ne dit pas nécessairement « non » à la relation; elle dit plutôt : « pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix ». Elle nous permet de demeurer ouverts tout en prenant soin de ce qui est vulnérable en nous.

La fermeture commence peut-être lorsque la protection devient si importante qu’elle ne protège plus seulement notre vulnérabilité, mais nous empêche aussi d’être touchés, surpris ou transformés par la rencontre. La différence peut sembler mince : une porte fermée et un mur protègent tous les deux, mais la porte conserve la possibilité de s’ouvrir. Voilà peut-être une question à nous poser lorsque nous érigeons une limite : est-ce que cette limite m’aide à demeurer libre dans la relation, ou m’évite-t-elle désormais toute relation? La posture juste ne consiste ni à tout laisser entrer ni à ne plus rien laisser entrer. Elle consiste à apprendre, avec le temps, quand ouvrir la porte, quand la refermer… et quand simplement rester un moment sur le seuil.

dimanche 6 septembre 2026

Le corps, notre première demeure


Nous parlons parfois de notre corps comme de quelque chose que nous possédons : il faut l’entretenir, le nourrir, le soigner, le garder en forme. Pourtant, le corps n’est pas simplement un objet que j’ai, ni un véhicule qui transporterait mon esprit d’un endroit à l’autre. Il est le lieu premier depuis lequel je rencontre le monde. C’est par lui que je ressens la chaleur du soleil, la fatigue d’une longue journée, la proximité d’une personne aimée, l’inquiétude qui serre la poitrine ou cette respiration qui, soudainement, devient plus profonde. Avant même que je puisse expliquer ce qui m’arrive, mon corps est déjà en conversation avec le réel.

Peut-être est-ce pour cela que certaines pratiques de méditation donnent l’étrange impression de « revenir au corps », presque comme si l’on revenait à la maison. Il ne s’agit pourtant pas de retrouver un corps que nous aurions quitté, mais de redevenir attentifs à celui que nous n’avons jamais cessé d’être. Et plus les années passent, plus cette demeure se transforme : elle ralentit parfois, devient vulnérable, porte les traces de notre histoire et nous rappelle nos limites. Vieillir pourrait alors être autre chose que lutter pour conserver le corps d’hier : apprendre à rencontrer la vie depuis le corps que nous sommes aujourd’hui. Peut-être que nourrir notre vie intérieure commence précisément là, non pas en nous éloignant du corps, mais en revenant doucement à lui.

samedi 5 septembre 2026

Être pleinement présent à la vie

 

Il arrive un moment où l’on ressent moins le besoin de courir après la vie que celui de s’y rendre pleinement présent. Regarder par la fenêtre, laisser entrer la lumière, observer les arbres, sentir le temps passer sans chercher à le retenir. Peut-être que l’épanouissement humain commence là : non pas dans l’accumulation des expériences ou des réalisations, mais dans une qualité de présence à ce qui est déjà là. Vieillir peut alors devenir autre chose qu’une avancée dans le temps : une invitation à approfondir notre relation à soi, aux autres et au monde.

La nature nous rappelle doucement que la vie est faite de saisons. Certaines nous demandent de croître, d’autres de porter fruit, d’autres encore de laisser aller ce qui n’a plus à être porté. Avec les années, je découvre que la question n’est peut-être plus seulement : « Qu’est-ce que je veux accomplir? », mais aussi : « Qu’est-ce que la vie m’invite maintenant à accueillir, à transmettre et à devenir? » Entre enracinement et ouverture, l’épanouissement apparaît alors moins comme une destination que comme une manière consciente, relationnelle et reconnaissante d’être en relation avec la vie.

vendredi 4 septembre 2026

Le mentorat communautaire : trouver des personnes avec qui cheminer

 

Aujourd’hui, 4 septembre, quelque chose commence. Douze personnes provenant de cinq organismes communautaires de la région se retrouveront sur Zoom pour une première formation en français sur le mentorat communautaire, tel qu’il est développé au Centre de ressources Connexions. Ensemble, nous explorerons une question toute simple, mais exigeante : comment accompagner une personne sans prendre sa place? Le mentorat communautaire nous invite à déplacer notre regard. La personne qui accompagne n’est pas celle qui connaît le chemin, qui possède les bonnes réponses ou qui décide de la destination. Elle devient plutôt une compagne ou un compagnon de cheminement : une présence qui écoute, questionne, encourage et marche aux côtés de l’autre pendant que cette personne découvre son propre chemin. Présence, écoute, curiosité, réciprocité et pouvoir d’agir seront ainsi au cœur de notre exploration.

Cette première rencontre est rendue possible grâce au financement de Santé Québec Outaouais, au programme d’accompagnement du Centre de ressources Connexions et à mes travaux de recherche doctorale sur l’accompagnement communautaire. Elle prend ainsi forme au croisement de l’expérience vécue, de la pratique communautaire et de la recherche. Surtout, elle se construira avec les personnes qui y participeront. Douze personnes, cinq organismes : autant d’expériences, de savoirs et de regards qui commenceront aujourd’hui à se rencontrer et à tisser une communauté autour de l’accompagnement. J’ai également le grand plaisir de coanimer cette démarche avec ma collègue Céline Côté, dont l’expérience et la présence enrichiront notre cheminement collectif. Merci à Céline, aux organismes partenaires et à toutes les personnes qui ont accepté l’invitation. Votre présence contribue déjà à créer un espace riche, vivant et porteur.

jeudi 3 septembre 2026

Quand le réel ne suit pas nos plans

 

Nous parlons souvent de « l’imprévu » comme de quelque chose qui viendrait soudainement perturber le cours normal des choses. Mais si l’imprévu révélait plutôt notre difficulté à accueillir ce qui advient autrement qu’à partir de ce que nous avions prévu? Lorsque notre volonté occupe tout l’espace, le réel finit par être évalué selon deux catégories : ce que je voulais et ce que je ne voulais pas; ce que j’avais prévu et ce qui déjoue mes plans. Pourtant, la vie ne se présente pas à nous comme un programme à exécuter. Elle advient, avec ses mouvements, ses détours, ses rencontres et ses ruptures. Peut-être avons-nous moins besoin d’apprendre à maîtriser l’imprévu que de développer notre capacité à demeurer présents à ce qui émerge.

Cela m’amène à revenir à une question qui accompagne de plus en plus ma réflexion : « Qu’est-ce qui se passe ici, et qu’est-ce qui demande mon attention? » Commencer par l’attention plutôt que par la volonté ne signifie pas renoncer à nos intentions, à nos projets ou à notre capacité d’agir. Il s’agit plutôt de permettre au réel de nous parler avant de décider ce que nous voulons en faire. C’est peut-être là que commence le discernement : dans cet espace entre ce qui advient et notre réponse. Le lâcher-prise ne serait alors ni résignation ni passivité, mais une autre manière d’entrer en relation avec la vie, en cessant d’exiger qu’elle corresponde toujours à ce que nous avions imaginé.