Quand les identités refont surface, relire l’histoire sans mythe
Au Canada comme au Québec, les questions d’identité reviennent avec force. On les entend dans les débats publics, dans les médias et dans les conversations de tous les jours. Aux États-Unis, le slogan « Make America Great Again » montre bien comment, lorsque le monde change trop vite, on se tourne vers le passé pour se rassurer. Ce réflexe n’est pas unique à notre voisin du Sud. Ici aussi, face à l’incertitude, plusieurs cherchent des réponses dans des histoires simples sur leurs origines.
Dans ce contexte, il devient important de prendre un moment pour relire notre histoire avec attention, sans la réduire à des récits trop faciles.
Un fait historique peut nous aider à réfléchir autrement. À l’époque de la Nouvelle-France, il n’y avait pas de Québécois. De la même façon, lorsque les Britanniques sont arrivés, il n’y avait pas encore de Canadiens anglais. Ces identités n’existaient pas encore. Les gens se définissaient autrement : comme sujets français ou britanniques, habitants, colons, ou membres des Premières Nations, présentes bien avant l’arrivée des Européens.
Dire cela ne veut pas dire que les identités d’aujourd’hui, au Québec comme au Canada, ne sont pas importantes. Au contraire. Cela signifie simplement qu’elles se sont construites avec le temps, à travers des changements politiques, des conflits, des pertes, des résistances et des adaptations. Une identité n’est pas figée pour toujours. Elle évolue avec l’histoire et avec les relations entre les peuples.
Les identités jouent un rôle important. Elles aident à se sentir appartenir à un groupe, à protéger une langue, une culture, une mémoire. Le problème commence lorsqu’on les présente comme immuables, comme si elles avaient toujours existé telles quelles. À ce moment-là, elles peuvent devenir rigides et fermer la porte à celles et ceux qui ne correspondent pas au récit dominant.
On parle parfois de mythes fondateurs. Ici, le mot mythe ne veut pas dire mensonge. Il désigne une histoire symbolique qui aide un peuple à se comprendre et à se rassembler. Ces histoires sont utiles. Mais lorsqu’on ne peut plus les questionner, lorsqu’on les confond avec des faits historiques précis, elles peuvent empêcher de voir toute la complexité du passé et du présent.
Aujourd’hui, le Canada et le Québec changent rapidement. Les cultures se rencontrent, les réalités sociales évoluent, et cela peut créer de l’inquiétude. Face à ces changements, certains préfèrent s’accrocher à des récits simples et rassurants. Cela peut donner un sentiment de sécurité, mais cela peut aussi faire oublier des parties importantes de notre histoire, notamment celle des Premières Nations, trop souvent mises de côté.
La vraie question n’est donc pas de savoir quelle identité est la plus ancienne ou la plus pure. La vraie question est : comment utilisons-nous nos histoires aujourd’hui ? Est-ce qu’elles nous aident à mieux vivre ensemble, à nous comprendre et à respecter les différences ? Ou est-ce qu’elles servent surtout à exclure et à se protéger de la peur du changement ?
Relire l’histoire sans mythe, ce n’est pas renier qui nous sommes. C’est devenir plus attentifs, plus conscients et plus responsables de nos récits. Une identité qui accepte d’évoluer est souvent plus solide et plus ouverte. Dans un monde qui change, apprendre à regarder notre passé avec nuance peut nous aider à construire un avenir plus juste et plus humain.