lundi 12 janvier 2026

Être fidèle à la vie

 

J’aimerais te partager une pensée simple.

Mon travail ne tient pas surtout à une théorie, à une méthode ou à un modèle bien construit. Il tient à une chose plus fragile et plus exigeante : rester fidèle à la vie telle qu’elle se présente, ici et maintenant.

La vie n’arrive jamais bien rangée. Elle est souvent mêlée, imparfaite, parfois lourde. Elle ne demande pas qu’on la répare tout de suite. Elle demande d’abord qu’on la regarde avec attention. Être fidèle à la vie, ce n’est pas vouloir aller trop vite vers des réponses. C’est accepter de rester présent, même quand on ne sait pas encore quoi faire.

Cela demande une posture. Une manière de se tenir. Écouter avant de parler. Discerner avant d’agir. Accepter de ne pas tout comprendre pour ne pas perdre le lien. Ce n’est pas toujours confortable. Ralentir, aujourd’hui, demande du courage.

Si tu accompagnes quelqu’un, si tu enseignes, si tu travailles avec des personnes, tu connais peut-être ce moment où aucune solution parfaite n’existe. Dans ces moments-là, la cohérence ne vient pas d’un plan bien pensé. Elle vient du fait de rester là, attentif, humain, responsable.

Ce matin, je t’invite à cela. Pas à faire plus. Pas à mieux performer. Mais à être présent à ce qui est déjà là. La cohérence viendra plus tard. Comme un fruit discret de cette fidélité.

dimanche 11 janvier 2026

Après le rêve

 

Après cinq années de lectures, de dialogues, de questions et de recherches doctorales, je reconnais être entré dans une nouvelle phase. Je la nomme simplement : l’Après rêve.

Le rêve a été important. Il m’a donné l’élan pour explorer l’accompagnement, la proche aidance, le care, la posture, la dignité et la relation humaine. Il m’a permis de rencontrer des alliés, visibles ou discrets, et de cohabiter avec eux un édifice interdisciplinaire fait de philosophie, de psychologie, de développement communautaire, de spiritualité et de critique sociale. Ce rêve n’était pas une illusion. Il était un point de départ.

Aujourd’hui, quelque chose change.

Je ne suis plus dans l’enthousiasme du début, ni dans le doute. Je suis dans un temps plus calme, plus intérieur. Le rêve ne dirige plus mes pas, mais il demeure présent, comme une mémoire silencieuse. Il n’a pas disparu. Il a fait son travail.

L’Après rêve, ce n’est pas renoncer. C’est consentir. Consentir à travailler sans chercher à briller. Consentir à écrire sans vouloir convaincre. Consentir à accompagner sans promettre de transformation. C’est peut-être là que commence une posture plus juste.

Dans cette phase, la recherche devient une responsabilité. Une responsabilité envers les personnes proches aidantes, les accompagnants, les communautés et les institutions. Une responsabilité aussi envers le savoir, pour qu’il reste humain, habitable et honnête.

Je poursuis donc le chemin, autrement. Plus lentement. Avec moins d’illusions, mais avec plus de fidélité. Je fais confiance au fait que d’autres continueront là où je m’arrêterai, comme moi-même j’ai poursuivi là où d’autres se sont arrêtés.

L’édifice est commun. Il n’a pas besoin d’être terminé pour être habité.

samedi 10 janvier 2026

Habiter la complexité humaine avec justesse


Professeur au sein de la Faculté des relations humaines de l’Université Saint-Paul, j’enseigne dans trois écoles : Counselling, psychothérapie et spiritualité, Leadership, écologie et spiritualité, et Études de conflits. Mon enseignement s’inscrit dans une approche intégrative qui vise à former des étudiantes et des étudiants capables d’habiter la complexité humaine, relationnelle et communautaire avec discernement et responsabilité.

Mes cours portent sur les pratiques communautaires, l’intelligence émotionnelle, l’écoute et la résolution de conflits, les dynamiques communautaires, les champs de croyance et les dimensions spirituelles du leadership en accompagnement de groupe. Ils sont conçus comme des espaces de développement d’une posture d’accompagnement plutôt que comme une simple transmission de contenus.

Comme chercheur doctoral, mes travaux portent sur l’accompagnement écosystémique et intégratif, le care, le mieux-être, l’épanouissement humain et l’agentivité, en dialogue étroit avec les réalités du terrain. Je dirige le Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain et j’accompagne des individus et des organisations dans la Région de la capitale nationale.

Mon engagement académique cherche à articuler formation, recherche et accompagnement dans une éthique de la présence et de la relation.

La posture juste dans l’entrée en semestre


Le début d’un semestre universitaire a toujours quelque chose d’un passage.

Les salles de classe s’ouvrent à nouveau, les cercles se forment, les attentes prennent place. Le semestre d’hiver, avec son rythme plus lent et sa lumière plus douce, invite à entrer autrement dans l’apprentissage. Non pas dans la précipitation, mais dans une qualité de présence.

Dans mes cours à l’Université Saint Paul, je reviens souvent à ce que je nomme la triade de la posture juste. Le consentement, le discernement et l’engagement. Il ne s’agit pas d’une méthode ni d’un cadre moral, mais d’une manière d’habiter le lien pédagogique et, plus largement, le lien humain.

Le consentement est le point de départ. Consentir ne veut pas dire se résigner ni renoncer à transformer. Il s’agit plutôt de reconnaître ce qui est là. Le rythme du groupe. La fatigue parfois accumulée. Les parcours différents. Les questions ouvertes. Sans ce consentement au réel, l’apprentissage devient une tension constante entre ce que l’on voudrait et ce qui est possible.

Le discernement permet ensuite de distinguer sans séparer. Distinguer ce qui m’appartient de ce qui relève du collectif. Ce qui peut être travaillé maintenant et ce qui demande du temps. Ce qui appelle une parole et ce qui demande plutôt de l’écoute. En contexte universitaire, le discernement n’est pas seulement une compétence intellectuelle. C’est une qualité relationnelle qui soutient la justesse des échanges.

L’engagement, enfin, n’est pas une performance. Il ne s’agit ni de se surinvestir ni de se protéger excessivement. L’engagement juste est ajusté. Il prend la forme d’une présence réelle, d’une participation sincère, d’un respect de ses propres limites et de celles des autres. Dans une salle de classe, cela peut vouloir dire oser prendre la parole sans chercher à briller, ou contribuer au climat du groupe sans porter ce qui ne nous appartient pas.

Cette triade traverse mon enseignement parce qu’elle dépasse largement le cadre académique. Elle concerne la manière dont nous apprenons, dont nous accompagnons, dont nous exerçons notre responsabilité comme étudiants, professeurs et citoyens.

Au début de ce semestre d’hiver, je nous souhaite collectivement d’habiter cette posture juste. Non pas pour devenir meilleurs, mais pour devenir plus présents. Plus lucides. Plus engagés de manière humaine.

vendredi 9 janvier 2026

Sous la constellation : épiphanie d'un parcours atypique

 

En cette cinquième année doctorale, je reconnais quelque chose de simple et de profond : ce qui se met en place en moi n’est pas une conclusion, mais une forme intérieure. Une épiphanie discrète, à la fois personnelle et académique, où le sens ne s’impose pas, il se révèle.

Longtemps, mon parcours a été qualifié d’atypique. J’ai porté ce mot comme une étiquette flottante, parfois inconfortable. Aujourd’hui, je comprends qu’il nommait moins un écart qu’une autre manière de cheminer. Une manière d’avancer guidée par des repères plutôt que par des certitudes, par le mouvement plutôt que par la maîtrise.

La constellation m’aide à nommer ce rapport au savoir. J’ai toujours eu accès à un ciel peuplé d’influences : auteurs, rencontres, traditions, expériences, sans jamais ressentir le besoin d’en faire un centre unique. Ces étoiles n’expliquent pas tout, mais elles orientent. Elles apprennent à marcher sans posséder la carte.

Le fleuve me rappelle que je n’ai jamais forcé le cours de ma vie. J’ai appris à suivre le mouvement, à reconnaître les confluents, à consentir aux détours. Avec le temps, je vois que cette fidélité au processus est devenue une posture : en recherche, en accompagnement, en leadership.

La mosaïque, enfin, me réconcilie avec la pluralité que j’habite. Ma vie intime, familiale, professionnelle, communautaire, locale et internationale ne forme pas un puzzle à résoudre, mais un ensemble vivant à honorer. Ma cohérence ne vient pas de l’uniformité, mais de la capacité à tenir ensemble ces fragments sans les réduire.

Si cette année ressemble à une Épiphanie, c’est parce qu’elle ne crée rien de neuf. Elle rend visible ce qui était déjà là. Elle me permet de reconnaître que mon travail doctoral est aussi une mise en forme d’un savoir vécu, longtemps implicite, maintenant partageable.