vendredi 23 octobre 2026

À Winnipeg, apprendre à bâtir ensemble

 

Ce matin, à Winnipeg, je me prépare à vivre deux journées de rencontres et de réflexion avec les personnes engagées dans la vie des communautés paroissiales de l’Archidiocèse de Saint-Boniface. Avec ma collègue Leah Perrault, nous explorerons le leadership collaboratif, non seulement comme une manière d’organiser le travail et de partager les responsabilités, mais surtout comme une façon d’être en relation. Ce passage dans l’Ouest canadien m’invite à revenir à une conviction qui traverse mes engagements : une communauté ne se construit pas simplement autour de ce que ses membres font ensemble, mais aussi à travers la qualité de leur présence, de leur écoute et de leur confiance mutuelle.

J’aborde ces rencontres avec le désir d’écouter autant que de partager. Dans des communautés marquées par des histoires, des cultures, des générations et des expériences différentes, la collaboration ne signifie pas penser de la même manière ni effacer les différences. Elle nous invite plutôt à reconnaître notre interdépendance, à accueillir ce que chacun apporte et à discerner ce qui peut émerger entre nous. Peut-être est-ce là une dimension essentielle du leadership : ne pas chercher à porter seul l’avenir d’une communauté, mais créer les conditions pour que cet avenir puisse être imaginé et construit ensemble. Mon passage à Winnipeg devient ainsi une occasion de poursuivre un apprentissage qui me tient à cœur : accompagner sans remplacer, contribuer sans imposer et demeurer ouvert à être transformé par la rencontre.

jeudi 22 octobre 2026

Au-delà des discours : cultiver le scepticisme, exercer le discernement

 

Face à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement au Québec marqué par un tournant générationnel où la communication habile est souvent mobilisée pour pallier l'inexpérience des nouveaux ministres, j'ai choisi d’adopter une posture ancrée dans le cinquième accord toltèque : « Soyez sceptique, mais apprenez à écouter ». À l’ère du prêt-à-penser médiatique et des narratifs bien huilés, cultiver ce scepticisme constructif ne relève pas du cynisme, mais d'une saine hygiène démocratique. Cela invite à résister à l'emprise des éléments de langage pour plutôt expliquer, explorer et examiner ce qui se cache réellement derrière la vitrine politique. Une manière de préserver notre souveraineté intérieure,de regarder au-delà des apparences et de maintenir un discernement bienveillant mais lucide face aux transformations de notre société.

Reconnaître plutôt qu’accepter : une autre manière de vivre les changements

 

Dans nos cheminements personnels, spirituels et relationnels, nous entendons souvent qu’il faut accepter ce qui nous arrive : une perte, une blessure, une déception ou un changement. Pourtant, le mot accepter peut parfois être entendu comme une invitation à se résigner, à approuver une situation ou à tourner la page avant d’y être prêt. Et si nous commencions plutôt par reconnaître? Reconnaître une émotion, une souffrance ou une réalité ne signifie pas être d’accord avec elle. C’est lui accorder une place dans notre expérience, sans jugement ni obligation de la transformer immédiatement. La reconnaissance devient alors un geste de présence, de lucidité et de respect envers soi-même. Elle nous permet de dire : « Je reconnais ce que je vis, même si je ne suis pas encore prêt à l’accepter. »

Cette distinction transforme également notre manière d’accompagner les autres. Le regard bouddhiste nous invite à reconnaître ce qui est présent sans nous y agripper; le regard chrétien nous rappelle l’importance de reconnaître la dignité de la personne au cœur de son expérience; et le regard humaniste nous encourage à reconnaître les émotions, les besoins et les capacités de chacun, sans imposer un cheminement. Dans cette perspective, la guérison ne consiste pas nécessairement à accepter ce qui nous est arrivé, mais à développer une relation plus consciente et plus libre avec notre histoire. Reconnaître n’est ni se résigner ni renoncer à transformer. C’est commencer par voir ce qui est, pour mieux discerner ce qui devient possible. Peut-être que notre première responsabilité, envers nous-mêmes comme envers les autres, n’est pas de demander l’acceptation, mais de créer les conditions de la reconnaissance.

mercredi 21 octobre 2026

Le deuil ne commence pas avec la mort

 

Toute perte s'inscrit dans une histoire humaine qui la précède et qui continue, sous d'autres formes, après le décès. Lorsqu'une personne meurt, ce n'est pas seulement sa présence qui nous manque, mais aussi tout un monde de relations, de souvenirs, d'habitudes, de projets et de gestes partagés qui se transforme. Le deuil ne commence donc pas nécessairement au moment de la mort. Il peut déjà habiter les années de maladie, les changements dans une relation, les conversations qui n'ont pas eu lieu ou les adieux que nous n'avons pas pu faire. Et pourtant, la mort ne met pas fin à tout ce qui nous reliait à cette personne. Certaines présences continuent de nous accompagner à travers une parole, une recette, un paysage, une manière de voir le monde ou une valeur que nous portons désormais en nous.

Au fil de mes réflexions sur l'accompagnement du deuil, je comprends davantage l'importance de ne pas réduire une vie à ses derniers instants, ni une personne endeuillée à sa souffrance. Accompagner, c'est accueillir toute l'histoire de la relation, avec ses beautés, ses fragilités, ses contradictions et parfois ses questions sans réponse. C'est aussi reconnaître que chacun poursuit son chemin à son rythme, entre le souvenir de ce qui a été et l'émergence de ce qui demeure possible. Nous n'avons pas à aider les personnes à tourner la page, comme si leur histoire devait être refermée. Nous pouvons plutôt créer un espace où cette histoire trouve progressivement une nouvelle place dans leur vie, sans effacer l'absence ni empêcher la vie de continuer.

mardi 20 octobre 2026

Le deuil et la proche aidance : apprendre à voir les relations autrement


Hier, à l'occasion d'une journée de formation sur l'accompagnement du deuil, j'ai approfondi une idée qui transforme progressivement ma manière de comprendre l'accompagnement : nous ne traversons pas les épreuves de la vie uniquement à l'intérieur de nous-mêmes, mais aussi à travers les relations qui nous entourent. L'anthropologue Marc-Antoine Berthod parle du paysage relationnel du deuil. Il nous rappelle que le deuil ne suit pas nécessairement un parcours linéaire. Il se vit plutôt en pointillés, à travers des rencontres, des silences, des souvenirs et des gestes parfois discrets. Une personne peut être entourée et pourtant se sentir profondément seule. À l'inverse, une attention bienveillante, un collègue qui ajuste ses attentes ou un proche qui demeure disponible sans chercher à tout expliquer peuvent faire une réelle différence. J'en retiens que la qualité de notre présence compte souvent davantage que notre capacité à trouver les bons mots.

Cette réflexion m'amène également à regarder autrement la proche aidance et notre travail communautaire à Connexions. Une personne proche aidante ne vit pas seulement avec ses responsabilités, ses émotions et ses limites; elle évolue dans un paysage de relations familiales, amicales, professionnelles et institutionnelles qui peuvent tantôt la soutenir, tantôt alourdir son quotidien. Accompagner ne consiste donc pas uniquement à renforcer ses capacités individuelles, mais aussi à reconnaître avec elle les relations et les conditions qui pourraient rendre son expérience plus soutenable. Un autre apprentissage important de cette journée est que le savoir-être ne s'acquiert jamais une fois pour toutes : il se cultive par l'écoute, la présence, la réflexivité et notre capacité à accepter de ne pas toujours avoir de solution. Peut-être est-ce là une invitation qui nous concerne tous : apprendre à devenir, dans nos familles, nos milieux de travail et nos communautés, des présences sur lesquelles les autres peuvent compter.