vendredi 9 janvier 2026

Sous la constellation : épiphanie d'un parcours atypique

 

En cette cinquième année doctorale, je reconnais quelque chose de simple et de profond : ce qui se met en place en moi n’est pas une conclusion, mais une forme intérieure. Une épiphanie discrète, à la fois personnelle et académique, où le sens ne s’impose pas, il se révèle.

Longtemps, mon parcours a été qualifié d’atypique. J’ai porté ce mot comme une étiquette flottante, parfois inconfortable. Aujourd’hui, je comprends qu’il nommait moins un écart qu’une autre manière de cheminer. Une manière d’avancer guidée par des repères plutôt que par des certitudes, par le mouvement plutôt que par la maîtrise.

La constellation m’aide à nommer ce rapport au savoir. J’ai toujours eu accès à un ciel peuplé d’influences : auteurs, rencontres, traditions, expériences, sans jamais ressentir le besoin d’en faire un centre unique. Ces étoiles n’expliquent pas tout, mais elles orientent. Elles apprennent à marcher sans posséder la carte.

Le fleuve me rappelle que je n’ai jamais forcé le cours de ma vie. J’ai appris à suivre le mouvement, à reconnaître les confluents, à consentir aux détours. Avec le temps, je vois que cette fidélité au processus est devenue une posture : en recherche, en accompagnement, en leadership.

La mosaïque, enfin, me réconcilie avec la pluralité que j’habite. Ma vie intime, familiale, professionnelle, communautaire, locale et internationale ne forme pas un puzzle à résoudre, mais un ensemble vivant à honorer. Ma cohérence ne vient pas de l’uniformité, mais de la capacité à tenir ensemble ces fragments sans les réduire.

Si cette année ressemble à une Épiphanie, c’est parce qu’elle ne crée rien de neuf. Elle rend visible ce qui était déjà là. Elle me permet de reconnaître que mon travail doctoral est aussi une mise en forme d’un savoir vécu, longtemps implicite, maintenant partageable.

jeudi 8 janvier 2026

L’espoir qui ne promet rien, mais qui tient compagnie


Je me rends compte à quel point nous demandons souvent à l’espoir plus qu’il ne peut donner.

Nous lui demandons d’éclairer l’avenir, de rassurer, de garantir que tout ira bien. Et lorsque l’avenir demeure flou, lorsque les chemins se dérobent, nous en venons parfois à croire que l’espoir nous a quittés.

Et si ce n’était pas le cas.

À force de travailler en accompagnement, j’apprends lentement ceci : l’espoir n’est pas toujours une lumière au bout du tunnel. Parfois, il est simplement ce qui nous permet de rester là, encore un moment, sans fuir. Il ne promet rien. Il ne résout pas. Il ne rassure pas. Il tient compagnie.

Je pense aux personnes que j’accompagne étudiants, proches aidants, collègues, amis qui traversent des zones où il n’y a ni plan clair ni solution rapide. Ce que je vois alors, ce n’est pas un manque d’espoir, mais un profond besoin de relation. Un besoin d’être écouté sans être pressé. Reconnu sans être corrigé. Accueilli sans qu’on exige d’aller mieux.

Dans ces moments, l’espoir ne naît pas d’un discours inspirant. Il émerge, doucement, quand quelqu’un reste présent sans savoir quoi dire. Quand le silence n’est pas une fuite. Quand l’incertitude n’est pas vécue comme un échec.

Je crois de plus en plus que l’espoir est une expérience relationnelle. Il apparaît entre nous, dans la qualité de la présence, dans cette manière de marcher ensemble sans carte, sans promesse, mais sans abandon. Il ne dit pas : « ça va aller ». Il murmure plutôt : « tu n’es pas seul ».

Peut-être que, dans nos vies pressées et performantes, la forme la plus humble et la plus précieuse de l’espoir est simplement cela : continuer à être en relation, même quand le chemin reste incertain.

Ce matin, je choisis de ne pas demander à l’espoir de me rassurer.
Je lui demande seulement de m’aider à rester présent.

mercredi 7 janvier 2026

Le collectif n’annule pas l’ego : il le met en scène

 

On dit souvent que le collectif apaise l’ego. Mon expérience m’amène à dire autre chose : le collectif ne l’annule pas, il le met en scène. Dans un cercle, une équipe ou une communauté, l’ego ne disparaît pas par magie. Il se déplace. Il se glisse dans les silences, dans les prises de parole répétées, dans le désir d’avoir raison ou d’être reconnu.

Pendant longtemps, j’ai cru que le « nous » allait naturellement adoucir le « je ». Aujourd’hui, je vois plutôt le collectif comme un théâtre. Un lieu où nos besoins, nos peurs et nos élans deviennent visibles. Ce n’est ni un problème ni un échec. C’est une réalité humaine.

L’enjeu de l’accompagnement n’est donc pas d’éviter cette mise en scène, encore moins de la juger. Il est de la rendre habitable. Habitable pour que les tensions puissent être nommées sans humilier. Habitable pour que le pouvoir, même discret, puisse être reconnu sans être confisqué. Habitable pour que chacun ose rester présent sans se défendre en permanence.

Quand les dynamiques demeurent implicites, elles finissent par rigidifier le groupe. Quand elles deviennent nommables, un autre espace s’ouvre. Non pas un espace parfait, mais un espace vivant. Rendre la mise en scène transformatrice, c’est accepter que l’ego ne soit pas un ennemi à éliminer, mais une énergie à éduquer, à apprivoiser, à mettre au service du lien.

J’apprends aussi que je ne suis jamais extérieur à ce théâtre. Mon propre ego s’y manifeste, parfois subtilement : le désir que le groupe fonctionne bien, la tentation de protéger l’harmonie, l’impatience face aux lenteurs. Reconnaître cela fait partie du travail d’accompagnant.

Accompagner un collectif, ce n’est pas conduire vers une absence de tensions. C’est soutenir un espace où l’humain peut apparaître tel qu’il est, avec ses fragilités et ses élans, et où quelque chose, parfois, peut se transformer. Lentement. Ensemble.

mardi 6 janvier 2026

Participer à la lumière


Ce matin, je me rappelle que je ne suis pas seulement quelqu’un qui regarde le monde passer. Je fais partie de ce qui se vit. Ma manière d’être présent, d’écouter, de choisir a un impact réel. Le monde ne m’est pas simplement donné. Il se construit aussi à travers la conscience avec laquelle je l’habite.

Aujourd’hui, on célèbre l’Épiphanie, une fête qui parle de lumière et de révélation. Pour moi, ce n’est pas seulement une lumière qui apparaît à l’extérieur. C’est aussi quelque chose qui s’éclaire à l’intérieur. Les mages ont levé les yeux vers le ciel, mais surtout, ils ont accepté de marcher, de chercher, de se tromper parfois. La lumière s’est révélée parce qu’ils ont choisi d’y répondre.

Être humain, c’est cela : ne pas rester spectateur. C’est participer. Ce que je pense, ce que je ressens, ce que je décide aujourd’hui façonne le monde autour de moi, même à petite échelle. Rien n’est complètement figé. Le réel se transforme aussi selon la qualité de notre présence.

En ce jour d’Épiphanie, je choisis de croire que ma conscience compte. Que mes gestes simples peuvent porter de la lumière. Et que participer au monde, humblement, est déjà une façon de le rendre plus habitable.

lundi 5 janvier 2026

Tracer sa voie au cœur de l’incertitude


Ce matin, je prends un moment pour sentir comment l’incertitude fait partie de ma vie. Elle peut inquiéter, donner envie de se refermer, mais elle peut aussi ouvrir un espace nouveau. Au lieu de seulement accepter ce qui arrive ou de me protéger, j’essaie d’écouter ce qui, en moi, a encore envie d’agir et de créer. Entre ce que je ne peux pas contrôler et ce que je peux encore choisir, une voie se trace doucement. Avancer dans l’incertitude devient alors une manière de rester présent, d’agir avec courage et de faire confiance à ce qui peut grandir.