Aujourd’hui se tient à l’Université d’Ottawa notre troisième journée de co-création autour de la longévité, des transitions de vie et du rôle que peuvent jouer les universités. Après une première journée d’écoute en juin et une rencontre de mise en résonance avec des chercheuses et chercheurs en août, nous revenons vers la communauté pour élargir la conversation. Nous voulons mieux comprendre ce que signifie continuer à apprendre tout au long de la vie, développer et maintenir des connexions significatives, vivre des relations entre les générations et continuer à contribuer lorsque les transitions deviennent des moments de redéfinition. Il ne s’agit pas encore de construire un programme, mais de créer les conditions pour que quelque chose puisse émerger à la rencontre des savoirs issus de la recherche, de l’expérience vécue et des communautés.
Accompagner en lien avec la vie. Professeur, chercheur et praticien à l’Université Saint-Paul, j’explore les conditions qui permettent aux personnes, aux groupes et aux communautés de traverser les changements, de créer du sens et de s’épanouir. Ce blogue est un carnet de recherche et d’expérience autour de l’écoute, du vieillissement, de la proche aidance, de la vie relationnelle et de l’humanisation des organisations..
lundi 14 septembre 2026
dimanche 13 septembre 2026
Le droit d’exister n’est jamais tout à fait acquis
C’est peut-être ce que j’ai ressenti avec le plus de force sous Coup de tonnerre : la démocratie ne se mesure pas seulement aux droits qu’elle proclame, mais à sa capacité de protéger la dignité de celles et ceux dont l’existence dérange les certitudes du moment. Dans un monde où les identités redeviennent parfois des lignes de fracture et où l’on semble de plus en plus tenté de réduire l’autre à une catégorie, une idéologie ou une menace, ce monument nous confie une responsabilité. Se souvenir de la purge LGBT ne consiste pas à regarder avec supériorité les erreurs d’une autre époque; c’est apprendre à reconnaître les mécanismes par lesquels une société peut progressivement rendre certaines existences suspectes, puis moins légitimes. Et, sous cette immense ouverture vers le ciel, une question demeure : savons-nous créer un monde assez vaste pour que l’autre puisse y exister sans avoir à nous ressembler?
samedi 12 septembre 2026
La carte n’est pas le territoire
Lorsque nous accompagnons quelqu’un, nous arrivons rarement les mains vides. Nous avons nos connaissances, nos expériences, nos modèles et parfois même nos propres blessures. Ces cartes peuvent être précieuses : elles nous aident à reconnaître certains passages et à ne pas nous perdre complètement devant la complexité de ce que l’autre traverse. Mais elles deviennent dangereuses lorsqu’elles nous font croire que nous connaissons déjà son chemin. Deux personnes peuvent perdre leur conjoint et habiter cette perte de façons radicalement différentes. Une personne proche aidante peut ressentir une immense tristesse au décès de son proche; une autre peut éprouver simultanément tristesse, soulagement et culpabilité. Devant l’une qui se tait, je pourrais penser qu’elle « refoule » sa peine; devant l’autre qui recommence à rire, qu’elle avance rapidement dans son deuil. Pourtant, ni son silence ni son rire ne me disent encore ce que signifie pour elle ce qu’elle est en train de vivre.
Accompagner demande alors une forme particulière d’humilité : tenir suffisamment à nos cartes pour qu’elles nous orientent, mais suffisamment peu pour continuer à regarder le territoire qui se révèle devant nous. Je peux connaître les théories du deuil sans chercher à déterminer dans quelle étape se trouve l’autre. Je peux avoir accompagné cent personnes proches aidantes sans présumer de ce que vit la cent-unième. Je peux reconnaître un sentier que j’ai moi-même emprunté sans conclure qu’il mène au même endroit pour elle. La compétence de l’accompagnant ne réside donc peut-être pas seulement dans ce qu’il sait, mais dans sa capacité à laisser momentanément son savoir en arrière-plan pour demander : Qu’est-ce que cela représente pour vous? Qu’est-ce qui est différent aujourd’hui? De quoi avez-vous besoin maintenant? La carte reste dans notre poche. Devant nous, cependant, il y a une personne et un territoire encore à découvrir.
vendredi 11 septembre 2026
La peine ne se répare pas, elle s’accompagne
Devant le deuil d’une personne que nous aimons, notre premier mouvement est souvent de vouloir faire quelque chose : trouver les bons mots, rassurer, alléger la peine, proposer une solution. Pourtant, certaines souffrances ne demandent pas d’abord une réponse. Elles demandent une présence. Accompagner, c’est parfois accepter de ne pas pouvoir changer ce qui est arrivé et demeurer là malgré tout. Écouter sans expliquer, accueillir les larmes sans chercher à les arrêter, prononcer le nom de la personne disparue, partager un silence : ces gestes simples reconnaissent que le deuil possède son propre rythme et que la relation avec la personne absente peut continuer à vivre autrement.
Cette présence devient encore plus précieuse avec le temps. Après les premiers jours, lorsque les appels se font plus rares et que la vie reprend autour de la personne endeuillée, son chemin, lui, continue. C’est peut-être là que la communauté retrouve une responsabilité essentielle : se souvenir, revenir, inviter, écouter encore. Nous n’avons pas besoin d’être spécialistes du deuil pour prendre soin les un.es des autres. Nous pouvons apprendre à reconnaître nos limites, à passer le relais lorsque davantage de soutien est nécessaire et, surtout, à ne pas confondre accompagner avec prendre en charge. Une communauté qui sait accompagner n’enlève pas le poids du deuil : elle offre des épaules, des présences et des espaces pour que personne ne soit obligé de le porter toujours seul.e.
mercredi 9 septembre 2026
Le corps que je suis
Le corps que j’ai me rappelle que je vieillis. Il suffit d’un miroir, d’un escalier devenu un peu plus exigeant ou d’un matin où mes articulations prennent quelques minutes avant de consentir à la journée. La médecine peut mesurer ce corps, le photographier, le réparer parfois. Elle peut me dire ce qui change en lui. Mais elle ne peut pas entièrement me dire ce que signifie devenir cet homme ou cette femme dont le corps porte maintenant tant d’années vécues.
Car il existe un autre corps : le corps que je suis. Celui-là ne se regarde pas de l’extérieur. Il se découvre lorsque je sens le soleil sur mon visage, lorsque ma respiration ralentit devant un lac, lorsque la main d’une personne aimée rencontre la mienne. Peut-être que vieillir commence véritablement lorsque je cesse de demander seulement à mon corps pourquoi il n’est plus celui d’autrefois et que je commence à lui demander : « Qu’as-tu appris de la vie que je n’ai pas encore entendu? » Le corps que j’ai me rappelle que je vieillis. Le corps que je suis m’apprend comment habiter ce vieillissement.




