vendredi 1 mai 2026

Entrer dans l’accompagnement : une semaine avant le début

 

Dans une semaine, le cours Dimensions spirituelles du leadership en accompagnement de groupes prendra forme. Et déjà, quelque chose commence.

Pas dans les contenus.
Pas dans les lectures.
Mais dans une disposition.

Celle de se rendre disponible.

Car accompagner ne commence pas lorsque l’on intervient. Cela commence bien avant. Dans la manière dont on entre dans un espace, dans la qualité d’attention que l’on porte, dans la façon dont on accepte de ne pas savoir immédiatement ce qui se joue.

Nous avons souvent appris à agir, à répondre, à orienter. Et ces capacités ont leur place. Mais l’accompagnement invite à un déplacement plus subtil. Il demande de ralentir. De percevoir. D’écouter ce qui se vit au-delà des mots.

Dans un groupe, il y a ce qui se dit.
Et il y a ce qui circule.

Des émotions, des silences, des hésitations, des élans.
Un tissu vivant, fragile, parfois invisible.

Apprendre à accompagner, c’est apprendre à reconnaître ce tissu. À ne pas le forcer. À ne pas le précipiter. À faire confiance au fait que quelque chose peut émerger lorsque les conditions sont là.

Ce cours est une invitation à explorer cette posture.

Une posture qui ne se résume pas à des gestes, mais qui touche à la manière d’être en relation. Avec soi. Avec les autres. Avec ce qui nous dépasse parfois.

Il ne s’agit pas d’apprendre à bien faire.
Il s’agit d’apprendre à être autrement.

Et peut-être, à laisser apparaître des chemins qui ne peuvent être tracés à l’avance.

À celles et ceux qui s’apprêtent à entrer dans ce parcours :
le travail a déjà commencé.

jeudi 30 avril 2026

Se tenir au seuil : la sagesse silencieuse du héron bleu

 

Le héron bleu nous parle d’une posture plus que d’un comportement :
celle d’un être capable d’habiter la complexité sans agitation,
de patienter sans se figer,
et d’agir sans se disperser.

Il ne cherche pas à maîtriser le monde.
Il s’y inscrit avec justesse.

Et, en cela, il devient une figure profondément inspirante pour toute démarche d’accompagnement :
être là, pleinement,
jusqu’à ce que le geste juste émerge.


Photo inspirée : Toinette Parisio

mercredi 29 avril 2026

Le travail qui nous transforme


On parle souvent du travail comme de ce que l’on produit. Ce que l’on finit. Ce que l’on livre. Mais si le vrai travail était ailleurs?

Je m’en rends compte dans les moments simples. Une conversation difficile où je choisis d’écouter plutôt que de répondre trop vite. Une décision où je prends le temps de me recentrer. Une journée où je fais moins… mais mieux.

Dans ces moments-là, quelque chose change. Pas autour de moi. En moi.

Le travail devient alors un espace de transformation. Je ne fais pas seulement des choses. Je deviens quelqu’un.

Dans mes engagements, cela devient très concret. Je peux préparer, organiser, structurer. Mais ce qui compte vraiment, c’est ma présence. Est-ce que je suis attentif? Est-ce que je suis ouvert? Est-ce que je suis vrai?

Ce travail intérieur est exigeant. Il demande du courage. Il demande de regarder ce que je préfère éviter. Il demande de lâcher le contrôle sur ce qui ne dépend pas de moi… pour agir pleinement là où j’ai du pouvoir.

Peu à peu, une autre manière de travailler apparaît. Plus calme. Plus claire. Plus alignée.

Je ne cherche plus seulement à réussir. Je cherche à être juste.

Et là, quelque chose s’apaise. Le travail ne me définit plus seulement par ce que je fais. Il devient un chemin pour grandir.

mardi 28 avril 2026

Traverser les passages, tisser la communauté


 Le 1er mai prochain marquera pour moi le début d’un nouveau chapitre comme directeur du Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain à l’Université Saint-Paul.

J’aborde ce passage avec un profond sentiment de responsabilité et de cohérence. Depuis plusieurs années, mes engagements en enseignement, en recherche et en accompagnement convergent vers une même question : comment soutenir des espaces où les personnes, les communautés et les institutions peuvent traverser les étapes du vieillissement avec dignité, présence et sens.

Ce rôle s’inscrit dans cette continuité. Il ouvre un lieu pour approfondir une vision du vieillissement qui dépasse les seuls enjeux biomédicaux et démographiques, afin de reconnaître pleinement les dimensions relationnelles, communautaires et spirituelles de l’existence. Un lieu pour penser et agir autrement, avec celles et ceux qui œuvrent déjà sur le terrain, souvent dans l’ombre, au cœur du lien.

Je porterai ce mandat comme une invitation à relier les savoirs, les pratiques et les expériences vécues. À créer des espaces de rencontre où la parole circule, où l’écoute transforme, et où la communauté devient une source vivante d’épanouissement humain.

Au plaisir de cheminer avec vous dans cette aventure.

« Vieillir n’est pas s’éloigner de la vie, mais entrer plus profondément dans le lien qui nous relie aux autres, au monde et à nous-mêmes. »  Marquis

Ce qui dépend de mes mains


Un homme s’assit près du feu, au bord de la rivière, là où l’eau ralentit avant de tourner. Il venait souvent ici pour attendre que quelque chose change. Il ne savait pas exactement quoi. Le vent, peut-être. Ou le cœur des autres.

Ce soir-là, le feu prit difficilement. Le bois était humide. L’homme souffla longtemps, avec impatience. « Pourquoi cela ne brûle-t-il pas? » dit-il à voix haute.

Une vieille femme, qu’il n’avait pas vue arriver, s’assit à ses côtés. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle regarda le feu, puis la rivière.

« Tu attends que le feu soit autre que ce qu’il est », dit-elle doucement. « Mais regarde bien : le bois est mouillé, le vent est faible, et tes mains tremblent. Voilà les causes. »

L’homme se tut.

Elle prit alors une petite branche sèche qu’elle avait glissée dans son manteau. Elle la déposa au cœur des braises. Elle changea légèrement la disposition du bois. Puis elle souffla, lentement, avec une respiration posée.

La flamme s’éleva.

« Je n’ai pas attendu que le feu veuille bien naître », dit-elle. « J’ai regardé ce qui était là, et j’ai répondu. »

L’homme sentit quelque chose se déplacer en lui. Il regarda ses mains. Elles ne tremblaient plus.

La vieille femme se leva. Avant de partir, elle ajouta : « Ce qui ne dépend pas de toi t’enseigne la patience. Ce qui dépend de toi t’appelle à la volonté. »

L’homme resta seul avec le feu. Il ne demanda plus au vent de changer. Il apprit à orienter sa respiration.