jeudi 17 septembre 2026

Entre deux saisons


Il y a des jours où l’été n’est pas encore tout à fait parti et où l’automne est pourtant déjà là. Les fruits sont encore abondants, le ciel garde quelque chose de la lumière estivale, mais quelques feuilles jaunissent et annoncent discrètement le changement. La nature ne semble pas pressée de choisir entre les deux saisons. Elle nous rappelle que les transitions ne sont pas toujours des frontières nettes : elles sont souvent des temps de coexistence, où ce qui s’achève demeure encore un peu pendant que ce qui vient commence déjà à apparaître.

Peut-être en est-il ainsi de nos propres passages. Nous voudrions parfois savoir exactement quand une étape est terminée et quand la suivante commence. Pourtant, grandir, vieillir, quitter, recommencer ou faire son deuil nous place souvent dans cet entre-deux où l’ancien et le nouveau partagent momentanément le même espace. Il ne s’agit alors ni de retenir l’été ni de précipiter l’automne, mais d’être suffisamment présent pour reconnaître ce qui mûrit, ce qui tombe et ce qui, silencieusement, se prépare à devenir autrement.

mercredi 16 septembre 2026

La paix comme troisième voie

 

Nous pouvons beaucoup penser la paix. Nous pouvons lire sur la non-violence, apprendre à mieux communiquer, parler d’écoute, de dialogue et de réconciliation. Tout cela est précieux, mais quelque chose se joue lorsque la paix quitte le domaine des idées pour entrer dans une relation réelle, surtout lorsque celle-ci devient difficile. Être artisan de paix ne signifie pas éviter le conflit, céder pour préserver l’harmonie ou chercher à convaincre l’autre. C’est apprendre à entrer dans le désaccord autrement : dire ce qui doit être dit sans humilier, poser une limite sans écraser, écouter sans disparaître, résister sans reproduire la violence que l’on cherche précisément à interrompre.

La paix devient alors moins une position que nous défendons qu’une manière d’habiter la relation. Elle demande parfois de parler et parfois de se taire, parfois de rester et parfois de prendre distance. Elle exige surtout du discernement : quel geste, ici et maintenant, pourrait empêcher que le conflit nous enferme dans l’alternative entre soumission et domination? La troisième voie n’est donc pas nécessairement un compromis entre deux extrêmes. Elle peut être l’apparition d’une possibilité qui n’existait pas encore, rendue possible parce qu’une personne accepte de ne pas traiter l’autre comme un ennemi, sans pour autant renoncer à sa propre dignité.

mardi 15 septembre 2026

Devenir mentor communautaire : apprendre à marcher aux côtés de l’autre

 

Aujourd’hui, à la Réserve écologique de la Forêt-la-Blanche, des personnes provenant de cinq organismes communautaires se réuniront pour approfondir ce que signifie devenir mentor communautaire. Dans ce milieu naturel propice au ralentissement et à l’écoute, la formation les invitera à explorer leur raison d’être, leur posture et leur manière d’entrer en relation. Être mentor ne consiste pas d’abord à transmettre des réponses, mais à offrir une présence attentive qui reconnaît la dignité, les capacités et le chemin singulier de chaque personne.

Tout au long de la journée, nous expérimenterons l’écoute, la réflexion, la marche et la conversation comme autant de façons d’apprendre à accompagner sans remplacer. Le mentorat communautaire prendra alors la forme d’un chemin construit ensemble : un parcours où les rôles et les limites sont clarifiés, où la confiance peut grandir à son rythme et où de nouvelles possibilités peuvent émerger. La rencontre de ces cinq organismes nous rappellera que l’accompagnement ne repose jamais sur une personne seule; il s’enracine dans une communauté capable de soutenir celles et ceux qui choisissent d’être présents aux moments qui comptent.

lundi 14 septembre 2026

Quand l’université apprend à écouter la longévité

 

Aujourd’hui se tient à l’Université d’Ottawa notre troisième journée de co-création autour de la longévité, des transitions de vie et du rôle que peuvent jouer les universités. Après une première journée d’écoute en juin et une rencontre de mise en résonance avec des chercheuses et chercheurs en août, nous revenons vers la communauté pour élargir la conversation. Nous voulons mieux comprendre ce que signifie continuer à apprendre tout au long de la vie, développer et maintenir des connexions significatives, vivre des relations entre les générations et continuer à contribuer lorsque les transitions deviennent des moments de redéfinition. Il ne s’agit pas encore de construire un programme, mais de créer les conditions pour que quelque chose puisse émerger à la rencontre des savoirs issus de la recherche, de l’expérience vécue et des communautés.

dimanche 13 septembre 2026

Le droit d’exister n’est jamais tout à fait acquis


Hier, je suis entré dans Coup de tonnerre — Thunderhead, le Monument national 2ELGBTQI+ à Ottawa. Je dis bien « entré », car cette œuvre ne se regarde pas seulement de l’extérieur : elle nous invite à nous placer sous sa vaste forme réfléchissante et à lever les yeux vers le ciel. Ce geste prend une profondeur particulière lorsqu’on se rappelle ce que le monument commémore. Pendant plusieurs décennies, des personnes ont été surveillées, interrogées, humiliées, privées de leur emploi ou contraintes de cacher une part essentielle d’elles-mêmes lors de ce que nous appelons aujourd’hui la purge LGBT au sein des institutions fédérales canadiennes. Ce passé n’est pourtant pas aussi lointain qu’on pourrait le souhaiter. Il nous rappelle qu’un droit que nous croyons acquis peut devenir fragile lorsque la peur de l’autre, la polarisation et le désir de désigner ceux qui appartiennent et ceux qui n’appartiennent pas, commencent à façonner nos institutions et nos conversations collectives.

C’est peut-être ce que j’ai ressenti avec le plus de force sous Coup de tonnerre : la démocratie ne se mesure pas seulement aux droits qu’elle proclame, mais à sa capacité de protéger la dignité de celles et ceux dont l’existence dérange les certitudes du moment. Dans un monde où les identités redeviennent parfois des lignes de fracture et où l’on semble de plus en plus tenté de réduire l’autre à une catégorie, une idéologie ou une menace, ce monument nous confie une responsabilité. Se souvenir de la purge LGBT ne consiste pas à regarder avec supériorité les erreurs d’une autre époque; c’est apprendre à reconnaître les mécanismes par lesquels une société peut progressivement rendre certaines existences suspectes, puis moins légitimes. Et, sous cette immense ouverture vers le ciel, une question demeure : savons-nous créer un monde assez vaste pour que l’autre puisse y exister sans avoir à nous ressembler?