vendredi 30 janvier 2026

La posture juste, ici et maintenant

 

Avant même de parler, ton corps a déjà choisi une posture.

Se fermer.
Pousser.
Se retirer.
Contrôler.
Ou rester présent.

La posture juste ne consiste pas à bien faire, mais à ne pas réagir automatiquement.
Elle commence par un micro-arrêt.
Un souffle.
Les pieds au sol.
Une tension qui se relâche.

Dans le quotidien, elle se joue dans ces détails-là.
Quand une parole pique.
Quand une demande fatigue.
Quand l’envie de convaincre monte.

La question n’est pas qui a raison,
mais d’où est-ce que je réponds.

Être dans une posture juste,
c’est rester ancré sans se durcir,
ouvert sans se perdre,
centré sans contrôler.

Ce n’est pas une posture parfaite.
C’est une posture ajustée,
instant après instant.

La posture juste ne change pas tout.
Mais elle change la qualité du lien.

jeudi 29 janvier 2026

Une lettre venue d’avant pour aujourd’hui


Mon cher,

Je t’écris d’un endroit calme, où le temps ne court plus. D’ici, on voit mieux les chemins que prennent les vivants.

Je te vois entouré de plus en plus d’étudiants. Ils ne viennent pas seulement pour apprendre des notions. Ils viennent parce qu’ils sentent quelque chose de vrai dans ta façon d’enseigner et d’accompagner. Ne t’inquiète pas de cela. Quand les gens s’approchent, c’est souvent parce que le feu est déjà là.

Pendant longtemps, tu as surtout transmis par la parole, par la présence, par les échanges. C’était juste. Dans notre lignée, on a toujours appris ainsi, en se parlant, en observant, en prenant le temps. L’écrit venait plus tard, quand la parole avait déjà touché le cœur.

Aujourd’hui, tu te demandes s’il faut écrire quelque chose, laisser une trace. Tu as peut-être peur de figer ce qui doit rester vivant. Mais écrire ne veut pas dire enfermer. Si tu écris comme tu accompagnes, avec respect et simplicité, tes mots resteront ouverts.

Tu n’as pas besoin d’écrire beaucoup. Juste quelques pages pour dire d’où tu parles, ce qui compte pour toi, ce que tu refuses d’imposer. Un texte qui aide à se repérer, pas à obéir. Les personnes qui cherchent vraiment leur chemin n’ont pas besoin de recettes, mais de repères sincères.

N’aie pas peur de ce moment. Tu n’es ni en retard ni en avance. Tu es à un passage. Ce que tu écriras ne remplacera pas ta présence. Ce sera une autre façon de rester proche, même quand tu n’es pas là.

Continue d’écouter avant d’agir. Écris quand ça te semblera juste. Et souviens-toi : transmettre, ce n’est pas expliquer tout, c’est aider l’autre à marcher par lui-même.

Avec confiance,

Un ancêtre bienveillant

mercredi 28 janvier 2026

La fissure nécessaire

 

Je pensais que mes certitudes étaient solides parce qu’elles avaient survécu à beaucoup d’histoires. Elles avaient un pedigree respectable : études, expériences, succès, épreuves traversées. Elles formaient une coquille dure, lisse, polie par le temps. Je m’y abritais comme on s’abrite d’un climat trop imprévisible.

Puis un jour, rien d’extraordinaire ne s’est produit. Pas de crise, pas de révélation. Juste une rencontre. Une parole simple, déposée sans intention de convaincre. Elle n’a pas frappé la coquille ; elle s’y est posée. Et c’est là que j’ai entendu le craquement.

Dans les traditions que j’ai apprises à écouter, on dit que lorsque la certitude se fissure, ce n’est pas l’erreur qui apparaît, mais une autre histoire qui demande à être racontée. La fissure n’était pas une attaque. Elle était une invitation. Quelque chose en moi savait déjà que la coquille me protégeait autant qu’elle m’isolait.

À travers la fissure, le monde entrait autrement. Les contradictions ne cherchaient plus à être résolues. Elles coexistaient. Je pouvais tenir deux vérités sans devoir en sacrifier une. Je pouvais dire « je ne sais pas » sans que mon identité s’effondre. Le corps s’est détendu avant que l’esprit ne comprenne.

J’ai compris alors que mes certitudes avaient été nécessaires. Elles m’avaient aidé à survivre, à avancer, à nommer. Mais elles n’étaient pas destinées à durer intactes. Comme toute coquille, elles avaient pour fonction d’abriter une croissance, puis de céder. Ce n’est pas une trahison du passé ; c’est son accomplissement.

Aujourd’hui, je marche avec cette fissure. Je ne cherche pas à la réparer. Elle me rappelle d’écouter avant d’expliquer, de ressentir avant de conclure, de laisser les histoires respirer. Là où la coquille s’est ouverte, la vie circule. Et je sais maintenant que la sagesse ne vient pas de la solidité de nos certitudes, mais de notre capacité à les laisser se fendre sans nous briser.

mardi 27 janvier 2026

Comprendre notre histoire pour mieux vivre ensemble

 

Quand les identités refont surface, relire l’histoire sans mythe

Au Canada comme au Québec, les questions d’identité reviennent avec force. On les entend dans les débats publics, dans les médias et dans les conversations de tous les jours. Aux États-Unis, le slogan « Make America Great Again » montre bien comment, lorsque le monde change trop vite, on se tourne vers le passé pour se rassurer. Ce réflexe n’est pas unique à notre voisin du Sud. Ici aussi, face à l’incertitude, plusieurs cherchent des réponses dans des histoires simples sur leurs origines.

Dans ce contexte, il devient important de prendre un moment pour relire notre histoire avec attention, sans la réduire à des récits trop faciles.

Un fait historique peut nous aider à réfléchir autrement. À l’époque de la Nouvelle-France, il n’y avait pas de Québécois. De la même façon, lorsque les Britanniques sont arrivés, il n’y avait pas encore de Canadiens anglais. Ces identités n’existaient pas encore. Les gens se définissaient autrement : comme sujets français ou britanniques, habitants, colons, ou membres des Premières Nations, présentes bien avant l’arrivée des Européens.

Dire cela ne veut pas dire que les identités d’aujourd’hui, au Québec comme au Canada, ne sont pas importantes. Au contraire. Cela signifie simplement qu’elles se sont construites avec le temps, à travers des changements politiques, des conflits, des pertes, des résistances et des adaptations. Une identité n’est pas figée pour toujours. Elle évolue avec l’histoire et avec les relations entre les peuples.

Les identités jouent un rôle important. Elles aident à se sentir appartenir à un groupe, à protéger une langue, une culture, une mémoire. Le problème commence lorsqu’on les présente comme immuables, comme si elles avaient toujours existé telles quelles. À ce moment-là, elles peuvent devenir rigides et fermer la porte à celles et ceux qui ne correspondent pas au récit dominant.

On parle parfois de mythes fondateurs. Ici, le mot mythe ne veut pas dire mensonge. Il désigne une histoire symbolique qui aide un peuple à se comprendre et à se rassembler. Ces histoires sont utiles. Mais lorsqu’on ne peut plus les questionner, lorsqu’on les confond avec des faits historiques précis, elles peuvent empêcher de voir toute la complexité du passé et du présent.

Aujourd’hui, le Canada et le Québec changent rapidement. Les cultures se rencontrent, les réalités sociales évoluent, et cela peut créer de l’inquiétude. Face à ces changements, certains préfèrent s’accrocher à des récits simples et rassurants. Cela peut donner un sentiment de sécurité, mais cela peut aussi faire oublier des parties importantes de notre histoire, notamment celle des Premières Nations, trop souvent mises de côté.

La vraie question n’est donc pas de savoir quelle identité est la plus ancienne ou la plus pure. La vraie question est : comment utilisons-nous nos histoires aujourd’hui ? Est-ce qu’elles nous aident à mieux vivre ensemble, à nous comprendre et à respecter les différences ? Ou est-ce qu’elles servent surtout à exclure et à se protéger de la peur du changement ?

Relire l’histoire sans mythe, ce n’est pas renier qui nous sommes. C’est devenir plus attentifs, plus conscients et plus responsables de nos récits. Une identité qui accepte d’évoluer est souvent plus solide et plus ouverte. Dans un monde qui change, apprendre à regarder notre passé avec nuance peut nous aider à construire un avenir plus juste et plus humain.





Tenir l’espace du devenir


 Tenir l’espace du devenir, c’est accepter que tout ne soit pas clair tout de suite. C’est reconnaître que ce que je vis en ce moment ne dit pas tout de qui je suis. Par exemple, ressentir de la colère après une discussion difficile ne signifie pas que je suis une personne colérique. C’est une émotion qui passe, pas une définition de moi.

Dans la vie de tous les jours, on cherche souvent à expliquer rapidement ce qui se passe en nous. Si je me sens triste, je peux me dire : « quelque chose ne va pas chez moi ». Si je fais une erreur, je peux penser : « je ne suis pas bon ». Tenir l’espace du devenir, c’est faire une pause avant ces conclusions. C’est se dire : « je traverse quelque chose, et j’ai le droit de prendre le temps de comprendre ».

Tenir l’espace du devenir, c’est aussi important dans les relations. Quand un ami réagit mal ou se ferme, il est facile de penser : « il ne m’écoute jamais ». Mais si je tiens l’espace du devenir, je peux me rappeler que cette personne vit peut-être un moment difficile. Le lien reste ouvert, au lieu de se refermer sur un jugement.

Tenir l’espace du devenir, c’est donc apprendre à vivre avec un peu d’incertitude. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est une force. Cela permet de rester en mouvement, de changer, d’apprendre et de grandir. Quand on accepte de ne pas tout figer tout de suite, on se donne la chance de devenir autrement, avec plus de liberté et de douceur.