On me demande parfois : « Marquis, es-tu à la retraite ? »
Je souris, parce que derrière cette question se cache une conception bien précise du travail : celle qui le réduit à produire, à remplir des tâches, à accumuler des résultats.
Pour moi, travailler, c’est beaucoup plus que produire. C’est vivre en relation, demeurer présent au monde et aux autres. C’est écouter un proche aidant raconter sa fatigue, partager un silence avec quelqu’un qui souffre, transmettre à mes étudiants le goût de chercher un sens plus grand à leurs engagements. Ces gestes-là ne figurent dans aucun rapport statistique, et pourtant ils comptent.
Je ne suis peut-être plus dans les logiques d’une carrière qui avance au rythme des bilans et des promotions. Mais je n’ai pas quitté le travail : je l’habite autrement. Je le trouve dans la profondeur d’une conversation, dans un cercle où la parole circule, dans un espace où un peu de lumière jaillit.
La retraite, si elle signifie s’arrêter de produire, peut être une libération. Mais elle n’interrompt pas l’élan d’un être humain qui cherche à contribuer, à transmettre, à être relié. Tant que je continue à marcher avec d’autres, à accompagner et à m’émerveiller de ce qui naît dans la rencontre, je travaille encore... peut-être plus que jamais.

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