dimanche 31 mai 2026

Soixante ans de conversation

Entre ces deux regards se déploie toute une vie. D’un côté, un petit garçon qui ne sait pas encore où ses pas le mèneront. De l’autre, l’homme devenu porteur d’histoires, de rencontres, de responsabilités, de joies et d’épreuves. Soixante années les séparent, mais quelque chose demeure inchangé : la même étincelle de curiosité, le même désir de comprendre le monde et d’y trouver sa place.

Ce portrait imaginaire n’est pas une rencontre entre le passé et le présent. C’est un dialogue entre deux versions d’une même personne. L’enfant demande silencieusement : « Que deviendrai-je ? » L’adulte répond avec tendresse : « Tu ne deviendras pas ce que tu avais prévu. Tu deviendras ce que la vie t’invitera à être. » Entre les deux, il y aura des passages, des apprentissages, des départs, des retours, des rêves réalisés et d’autres transformés. Mais au bout du chemin, l’essentiel restera le même : apprendre à aimer, à servir, à créer du sens et à demeurer fidèle à cette lumière intérieure qui était déjà présente dans les yeux de l’enfant.

La lumière discrète

 

Il existe en chaque personne une lumière discrète que l’on ne voit pas toujours au premier regard. Ce n’est pas une lumière qui cherche à impressionner ou à dominer. C’est plutôt une présence intérieure qui nourrit la conscience, l’imagination et le désir de faire du bien autour de soi. Parfois, cette lumière apparaît dans un geste simple : écouter quelqu’un avec attention, créer quelque chose de beau, aider une personne en difficulté ou prendre le temps de réfléchir avant de juger. Dans un monde souvent rapide et bruyant, cette lumière nous rappelle que l’être humain a aussi besoin de calme, de sens et de relations vraies pour grandir.

Cette lumière intérieure nourrit également la créativité. Elle nous pousse à rêver, à explorer et à contribuer au monde avec humanité plutôt qu’avec peur ou compétition. Lorsque nous prenons soin de cette lumière, nous développons davantage de discernement et de liberté intérieure. Nous apprenons peu à peu à agir non seulement pour réussir, mais aussi pour donner du sens à notre présence dans le monde. Comme un feu doux que l’on entretient avec patience, cette lumière peut devenir une source d’inspiration pour les autres et une manière plus humaine d’habiter la vie.

samedi 30 mai 2026

Retrouver le silence


Durant mon séjour aux Pays-Bas, j’ai été profondément touché par la lenteur des canaux, les jardins remplis de fleurs sauvages et les moments de silence entre deux déplacements. Dans un monde où tout va vite, ces instants m’ont rappelé quelque chose d’essentiel : les plus grandes transformations intérieures arrivent souvent dans le calme, et non dans l’agitation. Une marche, un regard sur l’eau, une pause après une conversation importante ou simplement quelques minutes loin des écrans peuvent parfois nous aider à entendre ce que nous ressentons vraiment.

Comme enseignant, accompagnant et chercheur, je remarque de plus en plus que nous avons besoin de préserver des espaces de solitude et de contemplation. Pas une solitude triste ou fermée, mais une solitude qui permet de respirer, de réfléchir et de retrouver sa propre voix. Aux Pays-Bas, j’ai senti que le silence pouvait devenir un lieu vivant, rempli de présence et d’inspiration. Peut-être que protéger ces moments de calme est aujourd’hui une façon de protéger aussi notre imagination, notre humanité et notre liberté intérieure.

vendredi 29 mai 2026

Entre nos biais et notre liberté

 

En revenant en classe pour enseigner le leadership, la spiritualité et l’accompagnement de groupes, une question me revient souvent : si nos décisions sont influencées par nos émotions, nos habitudes et ce que les autres nous montrent autour de nous, comment pouvons-nous apprendre à penser plus librement? Aujourd’hui, nous sommes constamment exposés aux réseaux sociaux, aux publicités, aux opinions et aux algorithmes. Tout cela influence notre façon de voir le monde, parfois sans que nous nous en rendions compte. Comprendre cela ne veut pas dire devenir méfiant envers tout, mais plutôt apprendre à prendre un pas de recul pour réfléchir avant de réagir.

Je crois que développer la conscience et le discernement demande d’abord de ralentir et d’apprendre à mieux s’écouter. Dans les groupes, cela veut aussi dire écouter les autres avec ouverture, sans toujours vouloir avoir raison immédiatement. Plus nous prenons conscience de nos réactions automatiques et de nos biais, plus nous pouvons faire des choix qui nous ressemblent vraiment. Pour moi, le leadership et l’accompagnement commencent là : dans la capacité de rester humain, présent et conscient de ce qui nous influence.


mercredi 27 mai 2026

Entre les canaux et les silences des Pays-Bas

 

Il y a des voyages qui remplissent l’agenda… et d’autres qui ouvrent doucement l’intérieur. Mon séjour aux Pays-Bas a été de ceux-là. Entre les canaux tranquilles, les moulins dressés dans le vent, les jardins débordants de couleurs et les villages traversés par l’eau, quelque chose en moi a ralenti. Les iris jaunes aperçus au bord d’un canal m’ont particulièrement marqué. Ils semblaient pousser sans effort, simplement présents, enracinés dans la terre humide et tournés vers la lumière. En marchant dans Amsterdam et dans les villages du Nord, j’ai senti combien la beauté peut devenir une forme de respiration. Même au cœur des foules, il existait des espaces de calme, des moments où le regard se repose et où le cœur recommence à écouter.

Ce voyage a aussi été une invitation à la métamorphose. Les Pays-Bas m’ont rappelé que la vie est faite de passages, de mouvements, d’eau qui circule et transforme les paysages lentement. J’y ai rencontré des œuvres d’art, des jardins, des visages et des silences qui m’ont parlé autrement. Je reviens avec une gratitude profonde et avec le sentiment que nous avons tous besoin, parfois, de quitter nos habitudes pour retrouver ce qui est vivant en nous. Les canaux, les fleurs sauvages et les reflets dans l’eau m’ont appris ceci : il existe une force tranquille dans ce qui pousse avec simplicité.

lundi 18 mai 2026

Qui sont les Patriotes d’aujourd’hui?


Lorsque nous pensons aux Patriotes du Québec, nous imaginons souvent des figures historiques qui se sont levées pour défendre la démocratie, la justice et la dignité de leur peuple. Mais aujourd’hui, qui pourrait-on appeler Patriotes? Peut-être que les Patriotes contemporain.es ne portent pas seulement des idées politiques. Peut-être sont-ils/elles aussi des personnes qui prennent soin des autres, qui défendent la culture, qui créent des espaces de dialogue ou qui refusent de laisser la peur et l’individualisme fragiliser le tissu humain. Dans une société marquée par la rapidité, la polarisation et l’isolement, protéger les liens humains devient déjà une forme d’engagement collectif.

Les Patriotes d’aujourd’hui peuvent être des enseignant.es, des proches aidant.es, des artistes, des bénévoles, des travailleur.euses communautaires ou des citoyen.nes qui cherchent à bâtir une société plus humaine et plus solidaire. Ils/Elles ne cherchent pas seulement à défendre un territoire, mais aussi une manière de vivre ensemble avec dignité, respect et conscience. Leur courage ne se manifeste pas toujours dans de grands discours ou des révolutions visibles. Il apparaît souvent dans des gestes simples : écouter, accompagner, transmettre, créer du dialogue ou continuer à croire au bien commun malgré les tensions du monde actuel.

dimanche 17 mai 2026

L’humain est aussi un être de possibles


Nous vivons souvent dans une société qui valorise les résultats rapides, les certitudes et les objectifs atteints. Pourtant, la vie humaine ne se résume pas seulement à ce qui est déjà accompli. Chaque personne porte aussi en elle des rêves, des doutes, des désirs et des passages encore en transformation. Un jeune qui cherche sa place, une personne qui traverse un deuil ou quelqu’un qui recommence sa vie après une épreuve vivent tous dans un espace où tout n’est pas encore clair. Et c’est normal. Une grande partie de l’existence humaine se déroule dans des moments d’incertitude et de devenir.

Apprendre à vivre avec ces espaces inachevés demande du courage et de la patience. Nous ne sommes pas des machines programmées uniquement pour produire des résultats. Nous avons besoin de temps pour réfléchir, ressentir, grandir et donner un sens à ce que nous traversons. Dans les relations humaines aussi, tout ne peut pas être contrôlé ou prévu d’avance. Certaines rencontres transforment lentement une vie. Certaines blessures prennent du temps à guérir. Certaines idées ont besoin de mûrir. Peut-être que devenir pleinement humain, c’est aussi accepter que notre vie soit faite non seulement de faits accomplis, mais aussi de possibles qui cherchent encore leur chemin.

samedi 16 mai 2026

Les systèmes ressemblent souvent aux personnes qui les créent


Les systèmes que nous créons, que ce soit une école, une entreprise, un gouvernement ou même une famille, finissent souvent par refléter les valeurs, les peurs et les habitudes des personnes qui les dirigent. Par exemple, une école qui parle d’écoute et de respect, mais où les adultes vivent constamment sous pression, risque de créer un climat stressant pour les élèves aussi. De la même manière, une organisation qui veut encourager la créativité, mais où les gens ont peur de faire des erreurs, peut devenir rigide sans le vouloir. Les systèmes ne sont pas seulement faits de règles; ils sont aussi faits de relations humaines.

Cela explique pourquoi certains changements ne durent pas longtemps. Une entreprise peut changer son logo, ses politiques ou ses discours, mais si les personnes à l’intérieur continuent à fonctionner avec méfiance, contrôle ou peur, l’ancien climat revient rapidement. À l’inverse, lorsqu’un groupe développe une culture d’écoute, de confiance et de collaboration, cela transforme peu à peu la manière dont le système fonctionne. On le voit parfois dans des équipes de travail, des classes ou des organismes communautaires où une seule personne capable d’écouter avec attention peut influencer positivement tout le climat autour d’elle. Les systèmes changent réellement lorsque les consciences évoluent avec eux.

vendredi 15 mai 2026

Vivre dans un monde déjà formaté

 

Nous vivons dans un monde où beaucoup de choses semblent déjà organisées pour nous : ce qu’il faut penser, montrer, réussir ou même ressentir. Les réseaux sociaux, la pression de performance et le rythme rapide de la vie poussent souvent les personnes à vouloir paraître fortes, efficaces et toujours occupées. À force de suivre ce mouvement, plusieurs finissent par perdre le contact avec ce qui leur fait réellement du bien : les relations vraies, le calme, l’écoute et le temps de réfléchir. Cette réalité crée parfois une fatigue intérieure difficile à expliquer.

Mais malgré cette pression, des personnes choisissent une autre voie. Elles prennent le temps de ralentir, de créer des liens sincères et de prendre soin des autres. Elles cherchent moins à impressionner et davantage à vivre avec authenticité. Peut-être que l’avenir dépendra non seulement de nos avancées technologiques, mais aussi de notre capacité à redevenir attentifs à la dignité humaine, à la solidarité et à la qualité de nos relations. Une société peut être très organisée et efficace, mais perdre quelque chose d’essentiel si elle oublie l’importance de l’humain.

mercredi 13 mai 2026

Dans un champ de tulipes


Dans un champ de tulipes, le temps semble ralentir. Les couleurs du printemps dansent sous la lumière, et pendant un instant, tout paraît plus simple. Marcher parmi les fleurs devient une façon de revenir à soi. Les tulipes ne cherchent pas à impressionner ou à aller plus vite. Elles s’ouvrent tranquillement à la lumière, chacune à son rythme. En les regardant, on se rappelle que la vie n’a pas toujours besoin d’être compliquée pour être belle.

Les champs de tulipes nous rappellent aussi l’importance de la présence. Au milieu des fleurs, il devient plus facile de respirer profondément, de sentir le vent, de remarquer la beauté autour de nous. Nous sortons un moment du bruit et des préoccupations du quotidien. Nous retrouvons quelque chose de vivant en nous : la capacité de contempler, d’être reconnaissant et de nous sentir reliés au monde.

mardi 12 mai 2026

D’autres mondes universitaires sont possibles


Le monde universitaire traverse aujourd’hui une période de profondes tensions. Plusieurs étudiantes, étudiants, professeurs et membres du personnel ressentent une fatigue liée à l’accélération constante, à la pression de performance, à la surcharge administrative et à l’appauvrissement des liens humains. Dans plusieurs universités, la logique de productivité prend parfois plus de place que le sens même de la mission éducative. Pourtant, d’autres mondes universitaires sont possibles. L’université peut aussi devenir un lieu de réflexion vivante, de dialogue, de transmission humaine et de transformation collective. Elle peut être un espace où l’on apprend non seulement à développer des connaissances, mais aussi à cultiver le discernement, l’écoute, la pensée critique et la conscience de notre responsabilité envers le monde.

Imaginer autrement l’université ne signifie pas abandonner la rigueur intellectuelle ou la recherche de l’excellence. Cela signifie plutôt élargir notre compréhension de ce qu’est une véritable formation humaine. Une université plus humaine pourrait valoriser davantage la collaboration que la compétition, l’écoute autant que l’expertise, et la capacité de créer du sens autant que celle de produire des résultats. Elle pourrait reconnaître que la connaissance ne se développe pas uniquement dans les publications, les indicateurs et la performance, mais aussi dans la qualité des relations, le dialogue interdisciplinaire et la capacité de relier savoir, expérience et humanité. Chaque fois qu’un espace universitaire permet une rencontre authentique, une réflexion profonde ou une présence réelle à l’autre, une autre manière de vivre l’université commence déjà à émerger.

dimanche 10 mai 2026

Appartenir sans se perdre

 

Nous vivons dans une époque où plusieurs personnes cherchent des lieux pour se sentir reliées aux autres, sans avoir à penser exactement pareil. Pendant longtemps, les communautés se construisaient surtout autour des mêmes croyances, des mêmes idées ou des mêmes traditions. Aujourd’hui, beaucoup ressentent le besoin d’autre chose : des espaces où l’on peut être accueilli sans devoir cacher ses questions, ses différences ou ses hésitations. Ce qui rassemble alors les personnes n’est plus seulement une idée commune, mais une manière d’être ensemble, dans le respect et l’écoute.

Dans plusieurs traditions spirituelles et humanistes, on retrouve cette intuition : la vérité ne passe pas seulement par ce que l’on croit, mais aussi par la qualité du lien que l’on construit avec les autres. Peut-être que l’un des grands défis de notre temps est justement là : créer des communautés où l’on peut appartenir sans se perdre, participer sans se soumettre, et rester libre tout en étant profondément relié. Ce type d’espace demande du courage, de l’ouverture et une capacité d’écouter sans vouloir immédiatement convaincre.

samedi 9 mai 2026

Vieillir sans se refermer

 

Vieillir ne signifie pas seulement accumuler des années ou des connaissances. Avec le temps, certaines personnes développent surtout une conscience plus large de la vie. Elles comprennent que les êtres humains sont complexes, que les relations demandent de la patience et que les épreuves transforment notre regard sur le monde. La maturité ne consiste donc pas à avoir toutes les réponses, mais à apprendre à accueillir davantage de réalité sans perdre sa capacité d’écoute, de présence et de compassion.

Le vieillissement peut devenir un chemin d’ouverture intérieure. Même lorsque le corps ralentit ou que les repères changent, il est encore possible de demeurer curieux, sensible et profondément humain. Certaines personnes âgées deviennent ainsi des présences apaisantes autour d’elles. Elles ne cherchent plus à tout contrôler ou à tout prouver. Elles offrent plutôt une qualité de présence qui rassure et qui relie. Peut-être que la sagesse n’est pas de simplifier la vie, mais d’apprendre à porter sa complexité avec plus de douceur.

vendredi 8 mai 2026

Quand la peur cherche refuge dans la certitude


Nous vivons dans un monde où tout va vite, même nos opinions. Devant l’incertitude, plusieurs cherchent des réponses simples, des vérités absolues ou des personnes qui semblent tout comprendre. Pourtant, derrière ce besoin de certitude se cache souvent une peur qui n’a pas été reconnue. Sans une véritable compréhension de nos peurs, nous devenons plus vulnérables aux discours rigides, aux jugements rapides et aux divisions. La certitude peut alors donner l’impression de protéger, alors qu’elle nous éloigne parfois de l’écoute, du dialogue et de la complexité du réel.

Développer une « littératie de la peur », c’est apprendre à reconnaître ce qui se passe en nous avant de réagir. C’est comprendre que la peur n’est pas une faiblesse, mais un signal humain qui demande conscience et discernement. Une personne capable de nommer ses peurs devient souvent moins agressive, moins fermée et plus capable de réfléchir avec nuance. Dans un monde marqué par les tensions et les polarisations, cette capacité devient essentielle. Peut-être que la véritable maturité ne consiste pas à avoir toujours raison, mais à rester humain même dans l’incertitude.

jeudi 7 mai 2026

Résister sans se durcir : rester humain dans un monde qui accélère

 

Dans plusieurs milieux, tout semble aller vite. Les tâches s’enchaînent, les attentes montent, et il devient facile de fonctionner sur pilote automatique. Pourtant, rester profondément humain ne demande pas de tout ralentir, mais de ne pas se perdre en chemin. Cela commence par des gestes simples : prendre le temps d’écouter vraiment une personne, nommer ce que l’on vit, reconnaître ses limites, et garder un lien avec ce qui a du sens pour soi. L’humain ne disparaît pas d’un coup. Il s’efface doucement quand on cesse d’être pleinement présent à ce que l’on fait.

La clé n’est pas de s’opposer au système en se fermant, mais de cultiver une présence qui remet du vivant dans nos actions. Cela peut passer par une parole vraie dans une réunion, une pause pour respirer avant de répondre, ou un choix conscient de ne pas sacrifier ses valeurs pour aller plus vite. Comme le rappelle Hartmut Rosa, ce qui nous fait vivre, c’est la résonance, ce moment où nous nous sentons en lien avec ce que nous faisons et avec les autres. Même dans un système exigeant, il est possible de créer ces espaces où l’on se sent encore pleinement vivant.

mercredi 6 mai 2026

Enseigner comme une rencontre qui devient relation


Dans un cours, tout commence par une rencontre. Un premier regard, quelques mots, une présence qui s’installe entre le professeur et les étudiant.es. À ce stade, il est facile de rester centré sur le contenu. Pourtant, lorsque le professeur choisit d’entrer réellement en présence, en écoutant, en nommant ce qui se vit, en accueillant les silences comme les prises de parole, quelque chose change. La classe cesse d’être un simple lieu de transmission pour devenir un espace de relation. Les étudiant.es ne sont plus seulement des récepteurs de savoirs, mais des personnes engagées dans un processus vivant.

Avec le temps, cette relation peut devenir un véritable lieu de transformation. Les étudiant.es osent davantage, réfléchissent autrement et prennent la parole avec plus de confiance. L’apprentissage ne se limite plus à comprendre des concepts. Il devient une expérience qui touche l’identité, la manière de se situer dans le monde et dans le groupe. Pour le professeur, cela demande de tenir un équilibre délicat, offrir un cadre clair tout en laissant place à ce qui émerge. Enseigner, dans cette perspective, c’est accompagner des passages et reconnaître que ce qui transforme le plus n’est pas seulement ce qui est enseigné, mais la qualité de la relation dans laquelle cet enseignement prend forme.




mardi 5 mai 2026

La rencontre silencieuse

 

Il existe des rencontres silencieuses, presque imperceptibles, qui ne passent ni par les mots ni par les gestes. Elles se présentent simplement, comme une jonquille qui s’ouvre au cœur d’un sol encore fragile. On pourrait passer à côté sans s’arrêter. Et pourtant, si l’on prend le temps de regarder, quelque chose se déplace en nous. Une présence se réveille, une forme d’attention plus fine, plus humble, qui nous ramène à l’essentiel.

Ces rencontres-là n’ont rien de spectaculaire, mais elles transforment en profondeur. Elles nous rappellent que renaître ne signifie pas devenir autre chose, mais revenir à ce qui était déjà là, en attente. Comme la première jonquille du printemps, elles nous invitent à sortir doucement de l’hiver intérieur, à retrouver une simplicité oubliée, à renouer avec une part de nous qui sait encore écouter la vie lorsqu’elle parle bas.

lundi 4 mai 2026

Entre présence et reflet


Hier, juste avant le souper, Michel a capté Cléo au repos sur sa chaise, avec son reflet dans la fenêtre. On dirait deux présences, mais c’est le même calme qui se déploie, ici et là. Dans cette lumière tranquille, tout semble ralentir, comme si le moment voulait simplement être vécu.

dimanche 3 mai 2026

Quand lâcher le contrôle devient un acte de présence


Il y a des moments où nous sentons le besoin de reprendre le contrôle : quand une discussion devient tendue, quand un silence s’installe dans un groupe, ou quand une émotion forte apparaît. C’est une réaction normale. Nous voulons aider, réparer, faire avancer les choses. Mais parfois, en voulant trop intervenir, nous coupons le lien avec ce qui est en train de se vivre. Et si, au lieu de réagir rapidement, nous prenions un instant pour observer ? Rester avec ce qui est là, même si c’est inconfortable, peut ouvrir un espace plus vrai, plus humain.

Dans ces situations, essayer autre chose peut tout changer : ralentir, respirer, écouter sans chercher tout de suite une solution. Être simplement présent permet souvent aux personnes de se sentir vues et entendues. Et souvent, quelque chose se transforme naturellement. Ce n’est pas facile. Cela demande de faire confiance au processus, et à soi-même. Mais c’est là que commence une autre manière d’être en relation, plus simple, plus profonde, plus authentique.

vendredi 1 mai 2026

Entrer dans l’accompagnement : une semaine avant le début

 

Dans une semaine, le cours Dimensions spirituelles du leadership en accompagnement de groupes prendra forme. Et déjà, quelque chose commence.

Pas dans les contenus.
Pas dans les lectures.
Mais dans une disposition.

Celle de se rendre disponible.

Car accompagner ne commence pas lorsque l’on intervient. Cela commence bien avant. Dans la manière dont on entre dans un espace, dans la qualité d’attention que l’on porte, dans la façon dont on accepte de ne pas savoir immédiatement ce qui se joue.

Nous avons souvent appris à agir, à répondre, à orienter. Et ces capacités ont leur place. Mais l’accompagnement invite à un déplacement plus subtil. Il demande de ralentir. De percevoir. D’écouter ce qui se vit au-delà des mots.

Dans un groupe, il y a ce qui se dit.
Et il y a ce qui circule.

Des émotions, des silences, des hésitations, des élans.
Un tissu vivant, fragile, parfois invisible.

Apprendre à accompagner, c’est apprendre à reconnaître ce tissu. À ne pas le forcer. À ne pas le précipiter. À faire confiance au fait que quelque chose peut émerger lorsque les conditions sont là.

Ce cours est une invitation à explorer cette posture.

Une posture qui ne se résume pas à des gestes, mais qui touche à la manière d’être en relation. Avec soi. Avec les autres. Avec ce qui nous dépasse parfois.

Il ne s’agit pas d’apprendre à bien faire.
Il s’agit d’apprendre à être autrement.

Et peut-être, à laisser apparaître des chemins qui ne peuvent être tracés à l’avance.

À celles et ceux qui s’apprêtent à entrer dans ce parcours :
le travail a déjà commencé.