jeudi 12 février 2026

La frontière invisible entre don et extraction

 

Je me rends compte que, parfois, on appelle engagement ce qui relève plutôt de l’extraction. L’engagement, c’est quand je choisis librement de donner de mon temps, de mon énergie ou de mon intelligence parce que cela a du sens et que ce que j’offre est accueilli. L’extraction, c’est quand on s’attend à ce que je donne toujours plus, sans jamais me demander si cela me nourrit encore, ni si le cadre peut vraiment recevoir ce que j’apporte. Par exemple, accepter sans cesse de nouveaux mandats « parce que je suis capable », répondre à toutes les demandes « parce que personne d’autre ne le fera », ou rester dans un projet qui n’avance pas en espérant qu’un jour il portera fruit. À la longue, ce n’est plus un choix, c’est une pression silencieuse.

Retirer mon consentement à cette logique, ce n’est pas me désengager du monde. C’est refuser de confondre générosité et épuisement. C’est apprendre à dire : ceci ne me permet plus d’être pleinement présent, même si cela semble utile ou valorisé. Comme quand on décide de quitter une équipe où l’on porte tout, ou de limiter un engagement qui demande toujours plus sans jamais reconnaître les limites humaines. En faisant ce pas, je protège quelque chose de simple et de précieux : la possibilité de rester humain, disponible pour de vrais liens, et engagé là où le don circule vraiment.

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