Nous parlons parfois de notre corps comme de quelque chose que nous possédons : il faut l’entretenir, le nourrir, le soigner, le garder en forme. Pourtant, le corps n’est pas simplement un objet que j’ai, ni un véhicule qui transporterait mon esprit d’un endroit à l’autre. Il est le lieu premier depuis lequel je rencontre le monde. C’est par lui que je ressens la chaleur du soleil, la fatigue d’une longue journée, la proximité d’une personne aimée, l’inquiétude qui serre la poitrine ou cette respiration qui, soudainement, devient plus profonde. Avant même que je puisse expliquer ce qui m’arrive, mon corps est déjà en conversation avec le réel.
Peut-être est-ce pour cela que certaines pratiques de méditation donnent l’étrange impression de « revenir au corps », presque comme si l’on revenait à la maison. Il ne s’agit pourtant pas de retrouver un corps que nous aurions quitté, mais de redevenir attentifs à celui que nous n’avons jamais cessé d’être. Et plus les années passent, plus cette demeure se transforme : elle ralentit parfois, devient vulnérable, porte les traces de notre histoire et nous rappelle nos limites. Vieillir pourrait alors être autre chose que lutter pour conserver le corps d’hier : apprendre à rencontrer la vie depuis le corps que nous sommes aujourd’hui. Peut-être que nourrir notre vie intérieure commence précisément là, non pas en nous éloignant du corps, mais en revenant doucement à lui.

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