Cette posture demande une forme particulière de présence : avancer tout en restant disponible. Il s’agit d’écouter suffisamment pour que nos croyances, nos intentions et nos habitudes ne déterminent pas à elles seules ce que nous sommes capables de voir. C’est peut-être là que se rencontrent créativité et lâcher-prise : nous faisons notre part, puis nous laissons de l’espace à ce qui peut émerger de la relation avec les autres, avec les circonstances et avec nous-mêmes. Certaines des transformations les plus fécondes commencent précisément ainsi : lorsque nous cessons de demander au réel de correspondre entièrement à nos plans et devenons capables d’être surpris par ce qu’il nous offre.
Accompagner en lien avec la vie. Professeur, chercheur et praticien à l’Université Saint-Paul, j’explore les conditions qui permettent aux personnes, aux groupes et aux communautés de traverser les changements, de créer du sens et de s’épanouir. Ce blogue est un carnet de recherche et d’expérience autour de l’écoute, du vieillissement, de la proche aidance, de la vie relationnelle et de l’humanisation des organisations..
dimanche 30 août 2026
Agir sans tout maîtriser
samedi 29 août 2026
Accompagner : une autre manière d’être au monde
Et si accompagner ne consistait pas d’abord à aider quelqu’un, mais à apprendre une autre manière d’être en relation avec le monde? Nous avons souvent été formés à intervenir, prévoir, résoudre, orienter et maîtriser. Pourtant, vous connaissez probablement ces moments où aucune solution ne peut être imposée : une personne traverse un deuil, un proche vieillit, une communauté cherche son chemin, une organisation vit une transition, ou votre propre vie prend une direction inattendue. Accompagner commence peut-être précisément là : être suffisamment présent pour écouter ce qui cherche à émerger, sans prétendre savoir d’avance ce qui devrait advenir. Cela ne signifie ni passivité ni désengagement. Il s’agit plutôt d’une présence attentive qui soutient, relie et crée des conditions favorables, tout en reconnaissant que l’autre, la communauté et le réel possèdent leur propre devenir.
Cette posture peut transformer notre manière d’habiter nos relations, nos communautés et même nos institutions. Vous pouvez contribuer sans tout porter, prendre soin sans prendre en charge, vous engager sans vous rendre maître du résultat. L’accompagnement devient alors davantage qu’une compétence réservée aux professions d’aide : il devient une relation au monde fondée sur l’attention, la présence, l’écoute et une certaine confiance envers ce qui peut émerger entre nous. Peut-être pourriez-vous vous demander aujourd’hui : dans les relations et les projets auxquels je tiens, est-ce que je cherche surtout à déterminer ce qui doit arriver, ou est-ce que je sais aussi créer l’espace nécessaire pour que quelque chose que je n’avais pas prévu puisse advenir?
jeudi 27 août 2026
Et si vous deveniez animateur ou animatrice de Cercles de Pardon ?
Depuis quelque temps, je rencontre de plus en plus de personnes touchées par l’expérience des Cercles de Pardon et qui se demandent comment elles pourraient, à leur tour, contribuer à les faire vivre. Derrière cette question, j’entends souvent moins le désir « d’animer une activité » que celui d’offrir à d’autres un espace où il devient possible de déposer certains fardeaux, de guérir des blessures du cœur et de retrouver davantage de liberté intérieure.
Devenir animateur ou animatrice de Cercles de Pardon s’inscrit dans un cheminement. Les Cercles ont été créés par Olivier Clerc à partir de l’expérience fondatrice qu’il a vécue avec Don Miguel Ruiz. Leur animation repose sur un rituel précis, transmis dans le cadre d’une formation spécifique de l’Association Pardon International (API), et s’inscrit dans un esprit bénévole et non lucratif.
L’animateur ou l’animatrice devient ainsi gardien ou gardienne d’un espace et d’un processus. Cette posture demande à la fois présence, simplicité, respect du rituel et confiance dans ce qui peut émerger lorsque des personnes acceptent de faire ensemble un pas sur le chemin du pardon.
Si cette démarche résonne en vous et que vous aimeriez connaître les prérequis, le parcours de préparation ou les prochaines possibilités de formation, je vous invite simplement à communiquer avec moi. Il ne s’agit pas encore de s’engager, mais peut-être de commencer une conversation et de discerner si ce chemin est aussi le vôtre.
mercredi 26 août 2026
Dans la mijoteuse : prendre soin de celles et ceux qui prennent soin
Certaines idées ont besoin de temps avant de trouver leur forme. Elles sont, comme j’aime le dire, « dans la mijoteuse ». Ces jours-ci, une phrase revient dans mes réflexions : You deserve care too. Je la traduirais moins littéralement par « Vous méritez, vous aussi, que l’on prenne soin de vous » que par une invitation toute simple : « Prendre soin de soi aussi ». Au Centre de ressources Connexions, cette intuition pourrait prendre la forme d’une série d’ateliers sur le mieux-être destinée notamment aux personnes proches aidantes. Non pas pour ajouter une nouvelle obligation de « prendre soin de soi » à des personnes qui portent déjà beaucoup, mais pour créer des espaces où il devient possible de ralentir, d’être écouté, de retrouver ses propres ressources et, parfois simplement, de se rappeler que nos besoins comptent aussi.
Dans la même mijoteuse se trouve le développement d’ateliers autour du deuil. Le deuil ne concerne pas seulement la mort d’un être cher : il accompagne aussi la perte d’autonomie, la transformation d’une relation, le départ d’un rôle, les deuils blancs et ces nombreuses transitions qui traversent une vie. Plutôt que de considérer ces expériences comme des problèmes à résoudre, j’aimerais que nous puissions créer des espaces communautaires où elles peuvent être accueillies, nommées et partagées. Ces deux pistes : mieux-être et deuil, me semblent finalement porter la même intuition : une communauté prend soin de ses membres lorsqu’elle crée des lieux où chacun peut déposer un peu de ce qu’il porte et retrouver, avec d’autres, la possibilité de continuer son chemin.
lundi 24 août 2026
Le leadership commence peut-être par une question : quel monde voulons-nous rendre possible?
Cet automne, j’aurai le plaisir d’offrir en ligne le cours HUM2510 – Fondements en leadership à l’Université Saint-Paul.
Qu’est-ce que le leadership lorsque le monde autour de nous change plus rapidement que nos réponses?
Pendant 12 semaines, nous explorerons les grandes théories du leadership, mais aussi leurs limites face aux défis écologiques, sociaux, technologiques et humains de notre époque. Nous nous intéresserons au leadership transformatif et adaptatif, à l’intelligence émotionnelle et spirituelle, à l’écoute, au dialogue, au discernement et à notre capacité de créer ensemble des relations et des conditions durables.
Le cours sera interdisciplinaire, réflexif et expérientiel. Nous apprendrons à partir des auteurs, bien sûr, mais également de situations concrètes, de nos expériences, du dialogue et de l’intelligence du groupe.
Une question accompagnera notre parcours :
« Quel monde souhaitons-nous rendre possible, et quelles conditions permettront à ce monde d’émerger? »
HUM2510 – Fondements en leadership
Automne 2026 à l'Université Saint-Paul
Cours offert en ligne, les mercredis de 13 h 30 à 16 h 30, à partir du 9 septembre 2026.
jeudi 20 août 2026
Cultiver un « nous » vivant : un laboratoire sur nos manières de travailler ensemble
Aujourd’hui, à l’Université Saint-Paul, une équipe en retraite choisit de transformer son temps de recul en véritable laboratoire sur l’épanouissement humain. À partir d’une préoccupation concernant l’épuisement professionnel, elle se donne l’espace nécessaire pour explorer une question profondément collective : comment voulons-nous travailler ensemble afin que notre engagement, notre créativité et notre organisation demeurent vivants, cohérents et durables? Ce laboratoire, que j’ai le privilège d’animer, invite à ralentir, à écouter ce que l’expérience cherche à nous apprendre et à cultiver les conditions d’un « nous » capable de s’épanouir.
mercredi 19 août 2026
Cultiver la vie entre nous
Nous ne pouvons pas fabriquer une relation vivante comme on construit un objet. Nous pouvons cependant cultiver les conditions qui lui permettent de grandir. Comme au jardin, cela demande de l’attention, de la patience et parfois du retrait. Il faut préparer le sol, prendre soin de ce qui est fragile, laisser de l’espace et accepter que tout ne pousse pas selon nos plans. Dans nos familles, nos milieux de travail et nos communautés, il en va de même. La qualité de ce qui devient possible entre nous dépend beaucoup de notre manière d’écouter, d’accueillir la différence, de faire place aux autres et de leur permettre d’offrir ce qu’ils portent.
Cultiver la vie entre nous, c’est aussi reconnaître que nous avons besoin les uns des autres pour nous épanouir. Nous pouvons recevoir du soutien et continuer à contribuer. Nous pouvons accompagner quelqu’un sans prendre sa place. Nous pouvons exercer un leadership sans décider de tout ce qui doit émerger. Peut-être notre responsabilité n’est-elle pas toujours de savoir exactement où aller, mais de prendre soin de ce qui nous relie et de rester attentifs à ce que le chemin nous apprend. Une question peut alors accompagner nos relations quotidiennes : qu’est-ce que ma manière d’être avec les autres rend davantage possible entre nous?
mardi 18 août 2026
Faire confiance, c’est confier quelque chose qui compte
Faire confiance ne signifie pas être certain que l’autre agira toujours comme nous l’espérons. C’est choisir de lui confier quelque chose qui a de la valeur pour nous : une parole intime, une idée, une responsabilité, notre réputation ou une part de notre histoire. La confiance nous rend donc vulnérables, mais cette vulnérabilité n’a pas à être aveugle. Elle peut être consciente, progressive et accompagnée de discernement. Avant de nous demander si une personne est digne de confiance, demandons-nous plutôt ce que nous sommes prêts à lui confier, dans cette situation précise, et quelles expériences nous permettent de croire qu’elle en prendra soin.
La méfiance apparaît lorsque nous sentons que ce qui compte pour nous n’est plus en sécurité dans la relation. Elle n’est pas nécessairement un jugement définitif sur l’autre. Elle peut être un signal intérieur qui nous invite à ralentir, à clarifier nos limites et à observer ce qui se passe. Une confiance fragilisée ne se rétablit pas par une promesse ou une demande d’oublier. Elle se reconstruit par des gestes cohérents, une responsabilité assumée et la capacité de respecter le rythme de la personne blessée. Parfois, continuer la relation demeure possible, mais autrement, avec moins d’implicite et des conditions plus claires.
lundi 17 août 2026
Faire de la place : comment nos liens réveillent le meilleur en chacun de nous
Pour aider une personne à s’exprimer et à prendre confiance, tout commence par notre façon d’être avec elle. Quand on arrête de vouloir tout contrôler et qu'on écoute pour vrai, sans juger, on crée un climat de confiance rassurant. L’autre ne se sent plus simplement comme un spectateur ou un exécutant : il se sent respecté, écouté et capable d’agir par lui-même. C’est dans cet espace sécurisant que chacun ose partager ses idées, ses forces et même ses doutes, sachant qu’il a une vraie valeur au sein du groupe.
C’est justement grâce à cette confiance que la magie du travail d'équipe opère. Quand on met nos différences en commun au lieu de chercher à ce que tout le monde pense pareil, on invente des solutions qu’aucun de nous n’aurait pu trouver tout seul. Être ensemble, ce n’est pas juste additionner des individus dans une même pièce : c’est créer un réseau solide et vivant où chaque personne aide les autres à grandir, à collaborer et à bâtir des projets qui font une vraie différence.
dimanche 16 août 2026
Le bourdon au jardin
La vie n’est peut-être pas une destination, mais une orientation
Pendant longtemps, j’ai facilement pensé ma vie en termes de destinations : un projet à réaliser, une responsabilité à assumer, une étape à franchir, quelque chose à construire ou à accomplir. Avec les années, je découvre pourtant une autre manière d’habiter mon chemin. Et si l’essentiel n’était pas toujours de savoir où nous allons, mais plutôt de discerner vers quoi nous voulons nous tourner? Une destination nous donne un point d’arrivée; une orientation nous donne une direction. Elle devient une boussole intérieure qui peut demeurer présente même lorsque nos rôles changent, que certains projets prennent fin ou que la vie nous conduit là où nous ne pensions jamais aller. Peut-être connaissez-vous vous aussi ces moments où la carte devient moins précise. Il ne s’agit alors pas nécessairement de trouver rapidement une nouvelle destination, mais d’écouter ce qui continue de vous appeler.
Dans ma propre vie, une orientation se précise : contribuer à tisser le tissu social, en prenant soin des conditions qui permettent aux personnes de se rencontrer, de s’accompagner, de prendre leur place, d’offrir ce qu’elles portent et de s’épanouir ensemble. Cette orientation peut prendre plusieurs formes : enseigner, accompagner, réunir des personnes, créer des espaces de dialogue, soutenir une communauté ou simplement être pleinement présent à quelqu’un. Je n’ai donc pas besoin de connaître exactement la prochaine destination pour reconnaître la direction qui donne du sens à mes pas. Et vous, si vous laissiez momentanément de côté la question « Où dois-je arriver? », quelle autre question émergerait? Peut-être simplement : « Vers quoi ai-je profondément envie de m’orienter dans la prochaine étape de ma vie? »
samedi 15 août 2026
Quand votre « non » donne toute sa valeur à votre « oui »
Avez-vous déjà dit oui alors qu’au fond de vous, quelque chose aurait voulu dire non? Peut-être aviez-vous peur de décevoir, de blesser quelqu’un ou de fragiliser une relation importante. Dans ces moments, le oui peut devenir une manière de préserver le lien, parfois au prix de ce que vous ressentez vraiment. Un consentement authentique ne se reconnaît donc pas seulement aux mots prononcés. Il prend naissance dans un climat où vous pouvez écouter ce qui se passe en vous et exprimer votre réponse sans crainte d’être jugé, rejeté ou culpabilisé.
Lorsque nous accueillons le non d’une personne avec respect, nous lui faisons savoir que la relation compte davantage que la réponse attendue. Nous créons alors un espace où chacun peut demeurer pleinement lui-même, avec ses limites, ses hésitations et son propre rythme. Et lorsque le oui émerge de cet espace de liberté, il devient plus vrai, plus habité et plus porteur d’engagement. Permettre à l’autre de dire non, ce n’est pas affaiblir la relation. C’est lui offrir la possibilité de se construire dans la confiance.
vendredi 14 août 2026
Le leadership du remorqueur
Nous imaginons souvent le leadership comme la capacité de se placer à l’avant, de montrer la direction et d’entraîner les autres. Le remorqueur nous propose une tout autre image. Minuscule à côté du navire qu’il accompagne, il ne cherche ni à remplacer son moteur ni à prendre sa place. Il s’approche, établit une connexion et se positionne là où sa présence peut devenir utile. Sa puissance ne vient pas de sa taille, mais de sa capacité à exercer la bonne force, au bon endroit et au bon moment. Le leadership devient alors moins l’art de convaincre les autres de nous suivre que celui de comprendre le mouvement déjà présent et de créer les conditions permettant une nouvelle direction.
Cette métaphore nous invite aussi à repenser le leadership transformationnel. Transformer une organisation, une communauté ou un groupe ne signifie peut-être pas arriver avec suffisamment de force pour « secouer le cocotier ». Cela demande d’abord d’entrer en relation avec le système, d’écouter son histoire, de reconnaître ses résistances et ses aspirations, puis de trouver les points d’appui qui permettront au changement d’émerger. Comme le remorqueur, le leader n’a pas besoin d’être le plus imposant pour avoir de l’influence. Il lui faut surtout apprendre où se placer, quand intervenir et quand laisser le navire poursuivre son propre mouvement.
mercredi 12 août 2026
Quand ce que nous vivons devient expérience
Nous vivons beaucoup de choses au cours d'une journée, d'une année, d'une vie. Des rencontres, des réussites, des déceptions, des passages inattendus. Pourtant, avoir beaucoup vécu ne signifie pas nécessairement avoir beaucoup appris. L'événement nous arrive, mais l'expérience demande quelque chose de plus : un arrêt, une écoute, un retour sur ce qui s'est passé. Qu'est-ce que cette rencontre a éveillé en moi ? Qu'est-ce que cet échec a déplacé ? Qu'est-ce que cette transition m'apprend sur ma manière d'habiter le monde ? C'est peut-être lorsque nous consentons à ces questions que ce qui nous est arrivé commence véritablement à devenir une expérience.
Tirer expérience de ce que nous vivons suppose donc une forme d'intériorité. Il faut parfois laisser décanter l'événement plutôt que chercher immédiatement à l'expliquer. Certaines expériences mettent des années à révéler ce qu'elles avaient à nous apprendre. D'autres changent de signification lorsque nous les revisitons à une autre étape de notre vie. La sagesse ne vient peut-être pas de l'accumulation des expériences, mais de notre capacité à les accueillir, à les relire et à les intégrer. Vivre nous expose à l'existence ; réfléchir à ce que nous vivons nous permet progressivement d'en faire un chemin de transformation.
mardi 11 août 2026
Le cœur qui écoute
Nous pensons souvent que bien écouter consiste à trouver les bons mots, à poser les bonnes questions ou à comprendre rapidement ce que l'autre veut nous dire. Pourtant, l'écoute commence peut-être ailleurs : dans notre capacité à faire suffisamment silence en nous pour que l'autre puisse apparaître sans être immédiatement interprété. Jean-Yves Leloup évoque cette belle expression du « cœur qui écoute », associée à la sagesse de Salomon. Un cœur qui écoute ne renonce pas à comprendre, mais accepte de ne pas savoir trop vite. Il accueille les paroles, les hésitations, les émotions et même ce qui demeure encore sans mots. Écouter devient alors moins une technique qu'une qualité de présence.
Dans l'accompagnement, cette posture transforme profondément la relation. Nous ne sommes plus devant quelqu'un qu'il faudrait réparer, conseiller ou conduire quelque part. Nous devenons, pour un moment, une présence qui lui permet de mieux s'entendre lui-même. Peut-être est-ce là une des formes les plus profondes de l'hospitalité humaine : offrir à quelqu'un un espace où il n'a pas besoin de devenir autre chose que ce qu'il est pour être accueilli. Le cœur qui écoute ne cherche donc pas seulement ce qui se dit. Il devient attentif à ce qui, en soi, chez l'autre et dans la relation, ne fait pas encore de bruit.
lundi 10 août 2026
Apprendre à accompagner comme l’émeraude est verte
Apprendre à accompagner ne consiste pas seulement à maîtriser des techniques d’écoute, de questionnement ou de soutien. Avec le temps, ces gestes peuvent devenir une manière d’être en relation. L’émeraude ne cherche pas à être verte : sa couleur appartient à ce qu’elle est. De la même façon, l’accompagnement peut progressivement s’intérioriser jusqu’à devenir une qualité de présence : attentive, respectueuse, patiente et capable de laisser à l’autre sa liberté. On commence souvent par apprendre quoi faire; puis, à travers l’expérience, la réflexion et l’ajustement, on apprend surtout comment être avec quelqu’un.
Cette image ne signifie pas que l’accompagnement devient automatique ou sans effort. Au contraire, comme une pierre qui se forme lentement sous l’effet du temps et de multiples transformations, la posture d’accompagnement se façonne par la pratique, l’humilité et le discernement. Il faut apprendre à reconnaître sa place, à écouter ce qui se passe en soi et à prendre soin de la relation. Peu à peu, accompagner cesse d’être seulement une fonction que l’on exerce pour devenir une manière d’habiter la rencontre. Peut-être est-ce là l’un des signes d’un apprentissage profond : lorsque l’écoute, la présence et le respect de l’autre ne sont plus simplement des gestes que l’on applique, mais des qualités qui traversent naturellement notre manière d’être.
samedi 8 août 2026
Vieillir en conscience : devenir pleinement présent à sa vie
Vieillir en conscience, traduction que je privilégie pour Conscious Aging, ne consiste pas à nier les pertes, les limites ou les incertitudes qui accompagnent l’avancée en âge. Cette approche nous invite plutôt à participer activement à notre propre vieillissement. Elle nous encourage à relire notre parcours, à reconnaître ce qui demande encore à être accueilli et à transformer nos expériences en sagesse. La question n’est plus seulement : « Que puis-je encore faire? » Elle devient : « Qui suis-je appelé à devenir? »
Vieillir en conscience, c’est aussi passer progressivement de la recherche de maîtrise à une présence plus attentive à la vie. L’expérience acquise peut alors devenir une source de discernement, de transmission et de service. L’aîné conscient ne cherche pas à imposer ses réponses. Il offre une présence, pose des questions porteuses et aide les autres à reconnaître leurs propres possibilités. Vieillir ne signifie donc pas se retirer de la vie. Cela peut devenir une manière plus profonde d’y appartenir, avec nos forces, nos vulnérabilités, nos deuils et notre désir de contribuer.
vendredi 7 août 2026
Le vieil homme, la rivière et les deux intelligences
Un jour, il dit à son petit-fils :
« Le monde appartient à ceux qui savent anticiper. Si tu observes assez longtemps, rien ne pourra te surprendre. »
L'enfant hocha la tête, mais il remarqua que son grand-père regardait souvent la rivière avec inquiétude. Chaque fois qu'un nuage apparaissait à l'horizon, il sortait ses carnets. Chaque fois que le vent changeait, il faisait de nouveaux calculs. Plus il cherchait à maîtriser le monde, plus il semblait craindre ce qu'il ne pouvait contrôler.
Puis vint un printemps différent des autres.
La neige fondit plus tôt que prévu. La rivière déborda de son lit et emporta le petit pont de bois. Le vieil homme passa des journées entières à relire ses notes. Rien n'expliquait ce qui était arrivé. Pour la première fois de sa vie, son intelligence ne lui servait plus à grand-chose.
Quelques jours plus tard, une femme âgée du village vint s'asseoir près de lui. Elle ne regarda ni les cartes ni les chiffres. Elle regarda simplement la rivière.
Après un long silence, elle demanda :
« Qu'essaies-tu de sauver ? »
Le vieil homme répondit :
« Je veux comprendre pourquoi je me suis trompé. »
La femme sourit.
« Peut-être que la rivière ne veut pas être comprise. Peut-être qu'elle veut être écoutée. »
L'homme fut irrité par cette réponse. Pendant des années, il avait appris à prévoir, à organiser et à contrôler. Personne ne lui avait jamais parlé d'écouter la rivière.
Les semaines passèrent. Le village reconstruisit le pont ensemble. Le vieil homme remarqua alors quelque chose qu'il n'avait jamais vu auparavant : pendant qu'il calculait, les autres racontaient des histoires. Ils parlaient des printemps anciens, des années de sécheresse, des tempêtes inattendues et des personnes qui avaient traversé les épreuves avant eux.
Un soir, il demanda à la femme :
« Existe-t-il une autre forme d'intelligence ? »
Elle prit une branche et traça deux cercles dans le sable.
« La première intelligence cherche à prévoir le chemin de la rivière. Elle est précieuse, car elle construit les ponts et protège les maisons. Mais la seconde intelligence sait que la rivière changera un jour de direction. Elle apprend alors à écouter, à discerner et à se laisser transformer par ce qui arrive. »
Le vieil homme observa les deux cercles.
« Et laquelle est la plus importante ? »
La femme secoua la tête.
« La première t'apprend à habiter le monde. La seconde t'apprend à habiter l'imprévu. »
Le vieil homme resta silencieux pendant un long moment. Pour la première fois, il comprit que son savoir n'était pas un échec. Il avait simplement oublié qu'aucune carte ne peut contenir la totalité du fleuve.
À partir de ce jour, il continua de mesurer le niveau de l'eau et d'étudier les saisons. Mais, chaque matin, avant d'ouvrir ses carnets, il allait s'asseoir au bord de la rivière.
Et il écoutait.
jeudi 6 août 2026
Transfiguré de l'imprévu
Nous passons une grande partie de notre vie à faire des plans et à organiser notre quotidien. Pourtant, un événement inattendu peut parfois tout bouleverser. Une maladie, une séparation, une perte d'emploi ou un changement important peuvent nous obliger à nous arrêter et à regarder notre vie autrement. Devant l'imprévu, nous pouvons avoir l'impression de perdre nos repères. Mais ces moments peuvent aussi devenir des occasions de découvrir de nouvelles forces en nous et de donner un nouveau sens à notre parcours.
Être transformé par l'imprévu ne signifie pas oublier la peine, la colère ou la déception. Cela signifie plutôt apprendre à avancer malgré l'incertitude. Avec le temps, certaines personnes découvrent qu'elles n'ont plus besoin de lutter contre chaque changement. Elles apprennent à écouter, à demander de l'aide et à marcher aux côtés des autres. L'imprévu ne devient pas nécessairement plus facile, mais il peut nous aider à voir ce qui compte vraiment : les relations, la solidarité et la capacité de continuer à grandir, même dans les moments difficiles.
mardi 4 août 2026
L'Odyssée du passeur
Il était une fois un homme né au pays des grands espaces et des mines du Nord, là où les hivers enseignent la patience et où les communautés apprennent très tôt la valeur de la solidarité. Très jeune, il découvrit que sa véritable aventure ne consisterait pas à parcourir les mers, mais à traverser les mondes : celui de l'éducation, celui du leadership, celui de la souffrance humaine et celui de l'espérance.
Comme Ulysse quittant Ithaque, il s'éloigna de ses terres d'origine pour explorer les territoires du savoir. Il traversa des collèges, des universités et des organisations, fonda des institutions, dirigea des équipes, voyagea d'un continent à l'autre. Partout, il cherchait moins à bâtir des empires qu'à comprendre ce qui permet aux femmes et aux hommes de s'épanouir. Pourtant, au fil des années, il découvrit que les plus grandes tempêtes ne se trouvent pas dans les océans, mais dans les cœurs : l'épuisement, le deuil, la solitude, le sentiment d'être oublié.
Alors que d'autres poursuivaient la gloire ou la performance, lui commença à écouter autre chose : la voix discrète des personnes proches aidantes, des aînés, des étudiants, des bénévoles et des communautés fragiles. Son odyssée prit un nouveau cap. Il ne cherchait plus seulement à réussir, mais à accompagner. Son navire devint un espace de dialogue, son gouvernail une forme d'écoute, et sa destination un horizon encore inachevé : celui d'une société capable de prendre soin des siens.
Sur sa route, il rencontra des mentors, des collègues, des chercheurs et des amis qui, comme les compagnons d'Ulysse, lui révélèrent différentes facettes du monde. Il apprit que la force véritable ne réside pas dans la maîtrise, mais dans la capacité de demeurer présent lorsque tout vacille. Il comprit aussi que la sagesse ne consiste pas à posséder des réponses, mais à continuer de poser des questions.
À l'automne de sa vie, il entreprit une nouvelle traversée : celle du doctorat. Non pour obtenir un titre supplémentaire, mais pour donner une voix aux accompagnants invisibles et mieux comprendre les liens qui unissent les personnes, les communautés et les institutions. Son odyssée n'était plus celle d'un homme seul, mais celle d'un réseau de relations, d'une quête collective de sens et d'épanouissement.
Et peut-être qu'au terme du voyage, lorsqu'on lui demandera ce qu'il a construit, il répondra simplement : « J'ai essayé de créer des lieux où les êtres humains pouvaient se rencontrer, se reconnaître et grandir ensemble. »
Car sa véritable Ithaque n'était pas un lieu géographique. C'était la conviction profonde qu'une vie pleinement vécue se mesure moins à la distance parcourue qu'à la qualité des liens tissés en chemin.
lundi 3 août 2026
Quand les émotions manquent de temps
Dans une société où l'urgence, la performance et la rapidité occupent une place grandissante, nous accordons souvent plus d'attention à ce que nous devons faire qu'à ce que nous ressentons. Pourtant, les émotions ignorées ne s'évanouissent pas : elles se transforment parfois en fatigue, en irritabilité, en anxiété ou en détachement. Prendre le temps d'écouter ses émotions ne signifie pas s'y abandonner ni ralentir indéfiniment, mais créer un espace intérieur où il devient possible de comprendre ce qui nous touche, ce qui nous blesse et ce qui donne du sens à notre engagement. L'intelligence émotionnelle commence peut-être précisément là : dans cette capacité à suspendre un instant l'action pour entendre ce que notre vie intérieure cherche à nous dire.
Cette question dépasse largement le bien-être individuel. Dans nos familles, nos milieux de travail et nos communautés, la qualité de nos relations dépend souvent de notre aptitude collective à reconnaître et à nommer ce que nous vivons. Une émotion écoutée peut devenir une source de discernement, de créativité et de rapprochement ; une émotion constamment repoussée risque plutôt de nourrir l'incompréhension et l'épuisement. Peut-être que l'un des grands défis de notre époque n'est pas seulement d'apprendre à gérer nos émotions, mais de réapprendre à leur offrir du temps. Car écouter une émotion, c'est aussi prendre le temps de se rencontrer soi-même.
dimanche 2 août 2026
Agir vite, comprendre lentement
Nos vies personnelles et professionnelles sont traversées par une tension permanente entre l'urgence d'agir et la nécessité de comprendre. Les courriels s'accumulent, les décisions se succèdent, les échéances se rapprochent. Dans ce mouvement continu, prendre le temps de réfléchir peut parfois sembler un luxe, voire un retard. Pourtant, agir sans comprendre risque de nous enfermer dans une succession de réponses immédiates qui perdent peu à peu leur sens. Comprendre exige autre chose : une pause, une conversation, une marche, un silence, un moment où l'on accepte de suspendre l'action pour discerner ce qui importe réellement. Certaines des décisions les plus justes ne naissent pas de la rapidité, mais de la capacité à demeurer suffisamment longtemps avec une question.
Dans les relations humaines, l'accompagnement, le leadership et la vie communautaire, cette distinction devient essentielle. Il existe un temps nécessaire pour intervenir, soutenir ou décider, mais il existe aussi un temps indispensable pour écouter, interpréter et laisser émerger une compréhension plus profonde de la situation. Les défis les plus complexes ne se résolvent pas toujours par davantage d'efficacité ; ils demandent parfois davantage de présence. Une société qui valorise uniquement la vitesse risque d'oublier que la sagesse possède son propre rythme. Peut-être que la véritable maturité consiste précisément à savoir quand accélérer et quand ralentir, quand agir et quand simplement prendre le temps de voir.





















