mercredi 7 janvier 2026

Le collectif n’annule pas l’ego : il le met en scène

 

On dit souvent que le collectif apaise l’ego. Mon expérience m’amène à dire autre chose : le collectif ne l’annule pas, il le met en scène. Dans un cercle, une équipe ou une communauté, l’ego ne disparaît pas par magie. Il se déplace. Il se glisse dans les silences, dans les prises de parole répétées, dans le désir d’avoir raison ou d’être reconnu.

Pendant longtemps, j’ai cru que le « nous » allait naturellement adoucir le « je ». Aujourd’hui, je vois plutôt le collectif comme un théâtre. Un lieu où nos besoins, nos peurs et nos élans deviennent visibles. Ce n’est ni un problème ni un échec. C’est une réalité humaine.

L’enjeu de l’accompagnement n’est donc pas d’éviter cette mise en scène, encore moins de la juger. Il est de la rendre habitable. Habitable pour que les tensions puissent être nommées sans humilier. Habitable pour que le pouvoir, même discret, puisse être reconnu sans être confisqué. Habitable pour que chacun ose rester présent sans se défendre en permanence.

Quand les dynamiques demeurent implicites, elles finissent par rigidifier le groupe. Quand elles deviennent nommables, un autre espace s’ouvre. Non pas un espace parfait, mais un espace vivant. Rendre la mise en scène transformatrice, c’est accepter que l’ego ne soit pas un ennemi à éliminer, mais une énergie à éduquer, à apprivoiser, à mettre au service du lien.

J’apprends aussi que je ne suis jamais extérieur à ce théâtre. Mon propre ego s’y manifeste, parfois subtilement : le désir que le groupe fonctionne bien, la tentation de protéger l’harmonie, l’impatience face aux lenteurs. Reconnaître cela fait partie du travail d’accompagnant.

Accompagner un collectif, ce n’est pas conduire vers une absence de tensions. C’est soutenir un espace où l’humain peut apparaître tel qu’il est, avec ses fragilités et ses élans, et où quelque chose, parfois, peut se transformer. Lentement. Ensemble.

Aucun commentaire: