C’est peut-être ce que j’ai ressenti avec le plus de force sous Coup de tonnerre : la démocratie ne se mesure pas seulement aux droits qu’elle proclame, mais à sa capacité de protéger la dignité de celles et ceux dont l’existence dérange les certitudes du moment. Dans un monde où les identités redeviennent parfois des lignes de fracture et où l’on semble de plus en plus tenté de réduire l’autre à une catégorie, une idéologie ou une menace, ce monument nous confie une responsabilité. Se souvenir de la purge LGBT ne consiste pas à regarder avec supériorité les erreurs d’une autre époque; c’est apprendre à reconnaître les mécanismes par lesquels une société peut progressivement rendre certaines existences suspectes, puis moins légitimes. Et, sous cette immense ouverture vers le ciel, une question demeure : savons-nous créer un monde assez vaste pour que l’autre puisse y exister sans avoir à nous ressembler?
Accompagner en lien avec la vie. Professeur, chercheur et praticien à l’Université Saint-Paul, j’explore les conditions qui permettent aux personnes, aux groupes et aux communautés de traverser les changements, de créer du sens et de s’épanouir. Ce blogue est un carnet de recherche et d’expérience autour de l’écoute, du vieillissement, de la proche aidance, de la vie relationnelle et de l’humanisation des organisations..
dimanche 13 septembre 2026
Le droit d’exister n’est jamais tout à fait acquis
Hier, je suis entré dans Coup de tonnerre — Thunderhead, le Monument national 2ELGBTQI+ à Ottawa. Je dis bien « entré », car cette œuvre ne se regarde pas seulement de l’extérieur : elle nous invite à nous placer sous sa vaste forme réfléchissante et à lever les yeux vers le ciel. Ce geste prend une profondeur particulière lorsqu’on se rappelle ce que le monument commémore. Pendant plusieurs décennies, des personnes ont été surveillées, interrogées, humiliées, privées de leur emploi ou contraintes de cacher une part essentielle d’elles-mêmes lors de ce que nous appelons aujourd’hui la purge LGBT au sein des institutions fédérales canadiennes. Ce passé n’est pourtant pas aussi lointain qu’on pourrait le souhaiter. Il nous rappelle qu’un droit que nous croyons acquis peut devenir fragile lorsque la peur de l’autre, la polarisation et le désir de désigner ceux qui appartiennent et ceux qui n’appartiennent pas, commencent à façonner nos institutions et nos conversations collectives.
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