Apprendre à voir les contraintes comme des occasions de création, c’est refuser de les subir et choisir de s’en servir comme un tremplin pour avancer. Elles nous obligent à repenser nos habitudes, à contourner les difficultés et à imaginer d’autres chemins possibles. C’est dans cette tension entre limites et imagination que naissent les plus grandes inventions, les œuvres marquantes et les changements personnels profonds. La liberté ne consiste donc pas à éliminer tous les obstacles, mais à apprendre à les transformer en espaces d’expression et de mouvement.
Accompagner en lien avec la vie. Professeur, chercheur et praticien à l’Université Saint-Paul, j’explore les conditions qui permettent aux personnes, aux groupes et aux communautés de traverser les changements, de créer du sens et de s’épanouir. Ce blogue est un carnet de recherche et d’expérience autour de l’écoute, du vieillissement, de la proche aidance, de la vie relationnelle et de l’humanisation des organisations..
vendredi 28 février 2025
Créer dans la contrainte : une autre vision de la liberté
jeudi 27 février 2025
Réflexion matinale : Regarder un feu brûler
Regarder un feu, c’est voir comment il rassemble ce qui était dispersé. Chaque morceau de bois, autrefois seul, s’unit dans une même lumière, une même chaleur. Ce qui semblait séparé trouve une place dans un mouvement commun.
Le feu ne force rien, il transforme. Il laisse chaque branche être ce qu’elle est, tout en créant une énergie plus grande que la somme de ses parties. De la même façon, dans nos relations, nous pouvons rassembler sans écraser, réchauffer sans brûler, éclairer sans aveugler.
Que cette image nous inspire aujourd’hui : être une présence qui réunit, qui réchauffe et qui fait grandir la lumière en soi et chez les autres.
mercredi 26 février 2025
Grandir ensemble en vieillissant
Vieillir en communauté, c’est reconnaître que chaque personne, quel que soit son âge, a quelque chose à offrir et à recevoir. Ce n’est pas seulement une question de soutien, mais aussi de présence et de partage. Une vraie communauté ne se définit pas par des générations séparées, mais par des liens qui se tissent entre elles. Dans un monde où l’individualisme prend souvent le dessus, nous avons besoin de retrouver ces espaces où l’on prend soin les uns des autres, non par obligation, mais parce que cela fait partie de ce qui nous rend pleinement humains. Se retrouver, se raconter, apprendre des expériences de ceux qui nous ont précédés et inspirer ceux qui viennent après nous, c’est ainsi que l’on construit une communauté vivante, où vieillir devient une continuité plutôt qu’un isolement.
Mais bâtir cette communauté demande un engagement de chacun. Cela commence par de petits gestes : prendre le temps d’écouter un aîné, créer des espaces de rencontre où les générations se croisent, valoriser la mémoire et l’expérience de ceux qui ont vécu avant nous. Cela signifie aussi transformer nos environnements pour qu’ils accueillent tous les âges, en repensant nos quartiers, nos institutions et nos lieux de vie pour favoriser la connexion et la solidarité. Vieillir ensemble, c’est refuser que le temps qui passe nous éloigne les uns des autres. C’est choisir, chaque jour, de faire partie d’un collectif où personne n’est oublié, où chacun a sa place, et où le mot "communauté" reprend tout son sens.
mardi 25 février 2025
L'art de poser des questions pour révéler l'autre
Apprendre à poser des questions est un art qui va bien au-delà de la simple curiosité. C’est une façon d’ouvrir un espace où l’autre peut se raconter, mettre en mots son expérience et donner un sens à son vécu. Une question bien posée ne cherche pas seulement une réponse, elle invite à la réflexion, elle éclaire des chemins intérieurs parfois oubliés.
Quand nous parlons avec quelqu’un, nous avons souvent tendance à vouloir comprendre vite, à orienter la conversation vers ce qui nous intéresse. Pourtant, une bonne question laisse de la place. Elle ne force pas, elle propose. Elle donne à l’autre la liberté de répondre à son rythme, selon ce qu’il est prêt à partager.
Les silences font aussi partie de cet échange. Il ne faut pas toujours chercher à les combler, car ils sont parfois le signe qu’une pensée prend forme. Une question bien posée doit être accompagnée d’une écoute réelle, d’une présence qui permet à l’autre de se sentir en sécurité pour exprimer ce qui lui tient à cœur.
Aujourd’hui, je veux poser des questions qui donnent à l’autre l’envie de parler, qui l’aident à mieux comprendre son propre récit. Écouter, c’est lui permettre de se dire pleinement, sans pression ni jugement. Peut-être que c’est ainsi que nous nous rencontrons vraiment, dans cet espace où les mots trouvent leur place et où les histoires prennent vie.
lundi 24 février 2025
Quand le hasard devient un guide
Ce matin-là, Miguel ne s’attendait à rien. Il avait pris l’habitude de marcher sans but précis, de longer la rivière en laissant ses pensées se perdre entre les reflets de l’eau et le murmure du vent dans les arbres. Mais ce jour-là, le hasard lui réservait une rencontre.
Une vieille femme était assise sur un banc, son regard perdu dans le courant. Ses longs cheveux gris s’emmêlaient avec la lumière du matin. Lorsqu’il passa devant elle, elle leva les yeux et lui sourit. Un sourire sans attente, un sourire d’invitation.
— Tu cherches quelque chose, jeune homme ? demanda-t-elle.
Miguel hésita. Il n’avait jamais aimé les questions trop vastes. Pourtant, il s’entendit répondre :
— Je ne sais pas. Peut-être que je cherche sans savoir quoi.
Elle hocha la tête comme si elle reconnaissait quelque chose en lui.
— Alors c’est le bon moment. Quand on sait ce qu’on cherche, on trouve seulement ce qu’on connaît déjà. Mais quand on ne sait pas, le hasard peut nous surprendre.
Elle lui fit signe de s’asseoir, et ils restèrent là, à écouter l’eau, à regarder le ciel changer imperceptiblement de couleur. Peu à peu, Miguel sentit quelque chose en lui s’apaiser. Comme si, en cet instant, il n’avait plus besoin de chercher. Comme si, au lieu de forcer un chemin, il pouvait simplement laisser venir ce qui devait venir.
Quand il se leva pour partir, il la remercia sans trop savoir pourquoi. Elle lui sourit encore.
— Tu vois, dit-elle, le hasard est un ami qui sait attendre.
Ce jour-là, Miguel comprit que certaines rencontres ne nous donnent pas de réponses, mais ouvrent des portes que nous n’avions jamais remarquées.




