mardi 28 avril 2026

Ce qui dépend de mes mains


Un homme s’assit près du feu, au bord de la rivière, là où l’eau ralentit avant de tourner. Il venait souvent ici pour attendre que quelque chose change. Il ne savait pas exactement quoi. Le vent, peut-être. Ou le cœur des autres.

Ce soir-là, le feu prit difficilement. Le bois était humide. L’homme souffla longtemps, avec impatience. « Pourquoi cela ne brûle-t-il pas? » dit-il à voix haute.

Une vieille femme, qu’il n’avait pas vue arriver, s’assit à ses côtés. Elle ne répondit pas tout de suite. Elle regarda le feu, puis la rivière.

« Tu attends que le feu soit autre que ce qu’il est », dit-elle doucement. « Mais regarde bien : le bois est mouillé, le vent est faible, et tes mains tremblent. Voilà les causes. »

L’homme se tut.

Elle prit alors une petite branche sèche qu’elle avait glissée dans son manteau. Elle la déposa au cœur des braises. Elle changea légèrement la disposition du bois. Puis elle souffla, lentement, avec une respiration posée.

La flamme s’éleva.

« Je n’ai pas attendu que le feu veuille bien naître », dit-elle. « J’ai regardé ce qui était là, et j’ai répondu. »

L’homme sentit quelque chose se déplacer en lui. Il regarda ses mains. Elles ne tremblaient plus.

La vieille femme se leva. Avant de partir, elle ajouta : « Ce qui ne dépend pas de toi t’enseigne la patience. Ce qui dépend de toi t’appelle à la volonté. »

L’homme resta seul avec le feu. Il ne demanda plus au vent de changer. Il apprit à orienter sa respiration.

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