mercredi 31 décembre 2025

Merci, 2025.

Merci pour les chemins parcourus sans hâte, pour les rivières longées plutôt que traversées à la force des bras, pour les silences qui ont enseigné plus que les mots.

Merci pour l’apprentissage du pas juste, celui qui n’épuise pas, celui qui laisse le paysage venir à soi, comme un sens qui attend qu’on ralentisse pour se montrer.

Merci pour les feux entretenus avec patience, pour les embarcations laissées au rivage quand il fallait d’abord écouter le courant, pour la confiance retrouvée dans la sagesse du vivant.

Tu m’as appris que marcher lentement n’est pas reculer, mais consentir. Consentir à la durée, à la maturité, à ce qui se transmet sans bruit.

Je te remercie pour ce visage apaisé que tu laisses en héritage,
et pour la certitude tranquille que le chemin continue,
autrement.

Marquis

Quand la résilience de résonne plus : inspiration pour un cours cet hiver

 

Le mot résilience est partout.

Et pourtant, sur le terrain communautaire et institutionnel, il arrive qu’il ne résonne plus. Trop souvent, il a été associé à l’idée de tenir malgré l’épuisement, de s’adapter sans transformation réelle des conditions, de porter individuellement ce qui devrait être assumé collectivement.

C’est à partir de cette observation que j’enseigne le cours HUM3512 Pratique communautaire et résilience.

Un cours qui ne demande pas d’être plus résilient. Un cours qui invite plutôt à discerner. À comprendre quand la résilience soutient la dignité et le lien et quand elle devient une injonction silencieuse. Nous y explorons les pratiques communautaires à partir du réel, les relations entre l’intime, le communautaire et l’institutionnel et les limites nécessaires pour que l’engagement demeure humain et soutenable. La résilience y est abordée non comme un mot d’ordre, mais comme une question éthique, relationnelle et collective.

Le cours est offert en ligne, les vendredis de 13 h 30 à 16 h 30,
au trimestre d’hiver.

Si cette approche vous rejoint, je vous invite à vous joindre au cours.

mardi 30 décembre 2025

Mon odyssée 2025 : apprendre à rester en chemin

 

En 2025, j’ai compris que mon odyssée n’était pas un voyage vers une arrivée, mais un apprentissage à rester en chemin, comme lorsqu’on marche en forêt sans chercher la sortie tout de suite, en apprenant à lire les sentiers, à écouter le vent et à respecter le rythme de ses pas. Cette année, j’ai souvent eu envie d’aller plus vite, de donner une réponse, de régler une situation, de fermer une question. Pourtant, chaque fois que je me pressais, quelque chose se refermait. À l’inverse, quand je prenais le temps d’écouter, un étudiant hésitant, un groupe en tension ou un organisme fatigué, quelque chose s’ouvrait. Rester en chemin, c’est accepter de ne pas toujours savoir, comme lorsqu’on accompagne quelqu’un qui traverse une épreuve et qu’on choisit de marcher à ses côtés plutôt que de lui dire quoi faire. J’ai appris que la résilience ne ressemble pas à un héros qui se relève seul, mais à des personnes qui avancent ensemble, parfois lentement, parfois en silence. En 2025, j’ai cessé de croire qu’enseigner ou accompagner, c’était conduire les autres à destination. J’ai compris que c’était plutôt leur rappeler, et me rappeler, qu’ils ont le droit de marcher encore, même quand le chemin n’est pas clair.

lundi 29 décembre 2025

NI dans une case, ni à l'écart

 

Avec les années, j’ai compris que je ne suis pas quelqu’un qui entre facilement dans une seule case. J’ai beaucoup bougé, changé de milieux, rencontré des gens très différents. Chaque fois, ça m’a obligé à m’adapter, à écouter, à me remettre en question. Je n’ai jamais eu l’impression d’être arrivé une fois pour toutes. J’ai plutôt appris en marchant.

J’ai traversé des périodes où je ne savais plus très bien comment me définir. J’ai dû laisser tomber certaines idées que j’avais sur moi-même pour en découvrir d’autres, plus justes. Ce n’était pas toujours confortable, mais ça m’a appris à être plus patient, avec moi comme avec les autres. J’ai compris que se construire, ce n’est pas défendre une image, c’est accepter de changer.

Avec le temps, j’ai aussi fait une différence importante entre appartenir et être en lien. Appartenir, c’est important, ça donne des racines. Mais être en lien, pour moi, c’est encore plus essentiel. C’est rester ouvert, capable de parler avec des personnes différentes, sans se sentir menacé. Je crois qu’on peut choisir un endroit où vivre, une communauté, sans se fermer aux autres.

Ça explique aussi pourquoi, en politique, je ne me reconnais ni à gauche ni à droite. Je me sens souvent mal à l’aise quand tout devient une chicane de camps. Ce qui m’importe, ce n’est pas d’avoir raison, mais de savoir si les décisions aident vraiment les gens à vivre mieux, à se respecter, à tenir ensemble. Selon les situations, de bonnes idées peuvent venir de différents côtés.

Aujourd’hui, je me vois comme quelqu’un qui essaie surtout de relier plutôt que de diviser. Je continue d’apprendre, d’enseigner, d’accompagner les autres avec cette idée simple : on est tous en chemin, et on a besoin les uns des autres pour avancer.

dimanche 28 décembre 2025

Besoins ou désirs : ce qui nous nourrit vraiment

 

Imagine quelqu’un qui dit : « J’ai besoin d’un nouveau téléphone. »

En réalité, le téléphone est souvent un désir. Le besoin se cache plus loin. Être inclus, ne pas se sentir exclu, pouvoir rester en lien avec les autres. Quand on confond besoins et désirs, on cherche parfois à remplir un vide avec des objets, des réussites ou des activités, sans jamais ressentir un apaisement durable.

Un besoin est essentiel à la vie et à la dignité. Se sentir en sécurité, être écouté, respecté, reconnu, pouvoir se reposer, appartenir à un groupe. Lorsqu’un besoin n’est pas comblé, cela se manifeste par de la fatigue, de l’irritation ou un sentiment de vide. Un désir, lui, est un élan. Voyager, réussir, avoir plus de liberté, être admiré. Les désirs peuvent être porteurs, mais lorsqu’ils tentent de remplacer un besoin non reconnu, ils deviennent exigeants et insatisfaisants. Apprendre à distinguer les deux permet de mieux se comprendre, de faire des choix plus justes et de grandir intérieurement.

Et toi, as-tu déjà confondu un besoin et un désir dans ta vie ?

samedi 27 décembre 2025

Quand l’essentiel prend le temps de s’asseoir


J'imagine...

Le Petit Prince
Pourquoi les adultes sont-ils si fatigués après les fêtes, alors qu’ils disent qu’elles sont faites pour la joie?

Moi
Parce que beaucoup confondent célébrer et tenir. Ils tiennent les traditions, les attentes, les rôles… et oublient parfois de se laisser tenir par ce qui est vivant.

Le Petit Prince
Sur ma planète, quand quelque chose devient trop lourd, je le regarde autrement. Est-ce que tu sais encore regarder autrement?

Moi
J’apprends. Cette année m’a appris à arrêter d’en vouloir à mon jeune moi, celui qui croyait qu’il fallait toujours être solide pour être digne.

Le Petit Prince
Tu sais, on peut être digne même quand on se repose. Les roses ne s’excusent pas de fleurir lentement.

Moi
C’est une grande liberté que tu nommes là. Accepter un monde imparfait… et pourtant continuer à aimer, à accompagner, à être présent.

Le Petit Prince
Les grandes personnes veulent souvent réparer le monde avant de l’habiter. Moi, je l’habite d’abord. Et toi, qu’est-ce que tu choisis maintenant?

Moi
Je choisis de marcher sans promettre des lendemains parfaits. D’écouter sans vouloir corriger.
D’accompagner sans sauver.

Le Petit Prince
Alors tu es libre. Pas libre de tout réussir… mais libre de rester fidèle à ton feu.

(Un silence s’installe.
Les lumières du temps des Fêtes brillent doucement, pas pour éclairer le chemin, mais pour rappeler qu’il est déjà là.)

Le Petit Prince
N’oublie pas : ce qui compte ne fait pas toujours de bruit.
Et ce qui est essentiel…
se reconnaît quand on cesse de forcer.

vendredi 26 décembre 2025

Ne rien mélanger, ne rien séparer


 De gauche à droite, on voit Saint-Paul, Socrate, le Viking et le premier Français arrivé au Canada.

Ils sont différents. Chacun a son histoire, sa manière d’être et sa façon de marcher dans le monde. Ils ne sont pas les mêmes. Et pourtant, ils sont ensemble.

Saint-Paul représente l’appel intérieur. Il est celui qui entend une voix et accepte d’être transformé. Il nous rappelle que certains chemins commencent par un oui, même quand on ne sait pas encore où cela mènera.

Socrate est l’homme des questions. Il ne donne pas de réponses toutes faites. Il aide à penser, à douter et à chercher la vérité avec les autres. Il montre que poser les bonnes questions est aussi important que trouver des réponses.

Le Viking incarne le courage. Il ose quitter ce qu’il connaît pour affronter l’inconnu. Il nous apprend que certaines choses ne s’apprennent pas dans les livres, mais en vivant des épreuves.

Le premier Français arrivé au Canada représente l’enracinement. Il doit apprendre à vivre sur une nouvelle terre, à écouter, à s’adapter et à transmettre ce qu’il a appris à ceux qui viendront après lui.

Rien n’est mélangé.
Chacun garde son rôle et sa façon d’être.

Rien n’est séparé.
Sans l’appel, il n’y a pas de chemin.
Sans les questions, on avance les yeux fermés.
Sans le courage, on n’ose pas partir.
Sans l’enracinement, on ne construit rien de durable.

Ils regardent tous devant eux.
Ils nous invitent à faire de même.

Voyager, ici, ce n’est pas seulement aller ailleurs.
C’est apprendre à grandir, à sa manière, sans perdre le lien avec les autres.

Ne rien mélanger.
Ne rien séparer.

jeudi 25 décembre 2025

La naissance silencieuse


Le matin de Noël se leva doucement sur le village. La neige avait cessé de tomber durant la nuit et tout semblait immobile, comme retenu dans un souffle. Le ciel pâle annonçait le jour, et une lumière fragile glissait entre les arbres chargés de blanc. On n’entendait presque rien, sinon le craquement discret du froid.

Au bord du village, une petite maison de bois se tenait éveillée. À l’intérieur, un feu brûlait encore. Pas un grand feu éclatant, mais une chaleur stable, fidèle, entretenue avec soin. La veille au soir, son habitant s’était arrêté pour la première fois depuis longtemps. Il n’avait rien réparé, rien organisé. Il avait simplement pris le temps d’être là.

En regardant les flammes danser au matin de Noël, il comprit ce qui lui avait échappé. Toute l’année, il avait pris soin des autres, répondu aux demandes, avancé sans pause. Il croyait que c’était cela, vivre. Il n’avait pas vu que, pendant ce temps, il se laissait lui-même dans le froid.

Ce matin-là, quelque chose était différent. Il ne ressentait plus l’urgence. Il sentait une présence calme, comme si un lien ancien venait d’être renoué. Le feu que l'on entretient ne symbolisait plus seulement la maison. Il reflétait ce qui brûlait à nouveau en lui.

Quand il ouvrit la porte, l’air froid le saisit, mais il n’en eut pas peur. Il marcha vers le village, prêt à rejoindre les autres, non plus par devoir, mais par choix. Il savait désormais reconnaître quand son feu intérieur avait besoin d’attention.

Depuis ce matin de Noël, on raconte que la plus grande naissance ne se voit pas toujours. Elle se produit quand quelqu’un apprend à prendre soin de sa propre lumière, afin de pouvoir la partager sans s’éteindre.

mercredi 24 décembre 2025

Deux crèches, une histoire d'amour

 


Dans la première, l’amour se dit en grandeur et en mystère. La lumière déborde, les anges veillent, les rois s’inclinent, le cosmos lui-même semble retenir son souffle devant un enfant déposé dans la paille. Tout y est solennel, doré, presque hors du temps, comme si le monde entier reconnaissait que quelque chose de plus vaste que lui vient de naître. Dans la seconde, l’amour se fait proche, tendre, un peu espiègle. Il prend le visage d’un Père Noël fatigué mais heureux, de chats attentifs, de la chaleur d’un foyer où le sacré se glisse sans bruit dans l’ordinaire. Entre ces deux crèches, il n’y a pas rupture, mais continuité. C’est le même amour qui se raconte, tantôt dans la splendeur du mythe, tantôt dans l’intimité du quotidien. Un amour qui n’a pas besoin d’un seul décor pour exister, car il naît partout où quelqu’un veille, protège, accueille la vie et consent à la tenir avec douceur.



mardi 23 décembre 2025

Rester ouvert à l’inattendu

 

En ce temps de Noël,
je te souhaite de demeurer disponible
à ce qui continue de se révéler,
dans le silence, la simplicité
et les gestes ordinaires.

Que ton cœur reste ouvert,
même quand tout n’est pas clair,
et que la présence se donne
là où tu ne l’attendais plus.

Joyeux Noël.

Marquis

dimanche 21 décembre 2025

Quand la lumière revient sans bruit


Ce matin, le jour est court.

La lumière arrive doucement, presque en silence.

Le solstice d’hiver nous rappelle quelque chose d’essentiel. Certaines choses importantes ne se forcent pas. Elles ont besoin de temps, de calme et de présence.

Nous entrons dans une période où nos sociétés devront réapprendre à créer des communautés de soutien émotionnel et relationnel. Des espaces où les personnes peuvent traverser des moments difficiles sans être jugées, sans être étiquetées, sans que leur vécu soit transformé en problème à corriger ou en produit à vendre.

Aujourd’hui, beaucoup de gens se sentent fatigués. Cette fatigue n’est pas seulement personnelle. Elle est collective. Elle vient d’un monde qui va vite, qui demande beaucoup, mais qui offre peu d’endroits pour déposer ce que l’on vit vraiment.

Pendant longtemps, les familles, les voisins et les communautés jouaient ce rôle. Ils offraient des repères pour traverser les grandes étapes de la vie, prendre soin d’un proche, vieillir, perdre, changer. Aujourd’hui, ces repères sont plus fragiles, et on demande souvent aux individus de tenir seuls ce qui devrait être partagé.

Le solstice nous enseigne autre chose.
Il nous montre que la lumière revient sans bruit.
Pas parce qu’on la force, mais parce qu’on lui fait de la place.

Créer des communautés de résilience, c’est peut-être simplement cela. Offrir des lieux où l’on peut parler sans être corrigé, où l’on peut être fatigué sans être pressé d’aller mieux, où l’écoute vient avant les solutions.

Ce matin, en regardant la lumière apparaître lentement à l’horizon, je me dis que les défis des prochaines années ne seront pas seulement technologiques, économiques ou politiques. Ils seront profondément humains.

Saurons-nous rester présents les uns pour les autres
quand tout va vite
quand le sens devient flou
quand la fatigue s’installe

Le solstice ne donne pas de réponses toutes faites.
Il nous invite simplement à ralentir.

À écouter.
À rester reliés.

Et peut-être, ensemble, à laisser la lumière revenir.

samedi 20 décembre 2025

Rester humain dans des cadres imparfaits

 

Vous aurez à composer avec des cadres imparfaits.
Votre responsabilité sera d’y rester humains.

Cette phrase, je la porte souvent avec moi. Elle s’est façonnée au fil des années, au contact du terrain, des institutions, des projets, des grilles, des échéanciers, des exigences bien intentionnées… et parfois déconnectées du vivant.

Les cadres sont nécessaires. Ils organisent, sécurisent, rendent des comptes possibles. Mais aucun cadre n’est capable d’embrasser toute la complexité d’une vie humaine, d’une communauté, d’un parcours de proche aidance. Il y aura toujours un décalage entre ce qui est vécu et ce qui est mesuré.

C’est là que notre responsabilité commence.

Rester humain, ce n’est pas rejeter les cadres.
Ce n’est pas se placer en opposition.
C’est habiter l’espace entre la règle et la réalité avec conscience, discernement et présence.

Rester humain, c’est écouter quand le formulaire demande de cocher.
C’est ralentir quand l’échéancier presse.
C’est nommer ce qui ne se voit pas, même si aucun indicateur ne l’attend.
C’est accepter de ne pas tout maîtriser, mais de rester en lien.

Dans les milieux communautaires, dans l’accompagnement, dans l’enseignement, nous serons souvent appelés à faire ce travail invisible : traduire le vivant dans des cadres imparfaits sans le trahir complètement. Ce n’est pas un rôle confortable. Il demande une solidité intérieure, une éthique, et parfois le courage de dire : ça, on ne peut pas le réduire sans perdre l’essentiel.

Rester humain, c’est peut-être cela, au fond :
choisir la relation avant la performance,
la présence avant la conformité,
la dignité avant la rapidité.

Les cadres passeront.
Ce qui restera, ce sont les traces laissées dans les vies que nous aurons accompagnées et dans la nôtre.

vendredi 19 décembre 2025

Au seuil de l’année, l’art discret des vœux


À ce temps de l’année, la tradition d’échanger des vœux revient comme un souffle ancien. Derrière les mots parfois simples se cache un geste profondément humain. Offrir des vœux, ce n’est pas promettre une année sans heurts, mais reconnaître que nous sommes à un passage. C’est honorer ce qui a été vécu, les fatigues, les élans, les deuils et les renaissances, et dire à l’autre je te vois, je te souhaite des appuis pour la suite du chemin.

Dans un monde pressé, cet échange devient un acte de présence. Psychologiquement, il nourrit le lien. Spirituellement, il bénit la route, avec ou sans référence religieuse. Les vœux rappellent que nous avançons dans l’incertitude, mais pas dans l’indifférence. Ils sont une manière douce et consciente de se dire que, malgré tout, la vie mérite d’être vécue avec attention, dignité et confiance.

jeudi 18 décembre 2025

La communauté, c’est apprendre à être autrement


Je n’ai pas appris la communauté dans les livres.

Je l’ai apprise dans les frottements, les silences, les malentendus, les élans aussi. Je l’ai apprise là où mes certitudes ont été mises à l’épreuve, là où ma manière d’être ne suffisait plus.

Entrer en communauté, ce n’est pas additionner des individus. C’est accepter que quelque chose de plus grand que soi nous transforme. La communauté m’a appris à ralentir quand j’aurais voulu agir, à écouter quand j’aurais voulu répondre, à rester quand j’aurais préféré partir.

J’y ai découvert que mes automatismes ne sont pas neutres. Que ma manière d’occuper l’espace, de parler, de décider, révèle autant mes peurs que mes forces. La communauté devient alors un miroir. Non pas un miroir complaisant, mais un miroir vivant, parfois dérangeant, toujours révélateur.

Apprendre à être autrement, en communauté, c’est aussi désapprendre. Désapprendre la maîtrise, la performance, le contrôle. Apprendre la patience, l’ajustement, le consentement au rythme des autres. Apprendre que le lien précède souvent la solution.

La communauté ne guérit pas tout. Elle n’est ni refuge parfait ni idéal à atteindre. Mais elle enseigne quelque chose de précieux : je ne peux pas devenir pleinement moi-même sans apprendre à faire de la place à l’autre. Et l’autre, à son tour, m’apprend à habiter mes propres limites avec plus de douceur.

Aujourd’hui, je crois que la communauté est une école discrète. Une école sans programme fixe, où l’on apprend surtout par la présence, par l’échec partagé, par les recommencements. Une école où l’on apprend que le mieux-être n’est pas une performance individuelle, mais une qualité du lien que l’on cultive ensemble.

La communauté, pour moi, c’est cela : un lieu où l’on apprend, lentement, à être autrement.

mercredi 17 décembre 2025

La vérité vécue, le sens partagé

 

La vérité de l’expérience appartient toujours à celui ou celle qui la vit.
Personne d’autre ne peut la ressentir à sa place.

Mais le sens que nous donnons à cette expérience, lui, n’est pas figé.
Il peut être nommé, questionné, élargi.
Il peut être exploré ensemble, dans l’écoute et le dialogue.

C’est souvent là que quelque chose s’ouvre :
non pas pour corriger l’expérience de l’autre,
mais pour mieux comprendre ce qu’elle révèle,
de nous, des autres et du monde que nous habitons.

Accompagner, enseigner, dialoguer…
c’est peut-être simplement cela :
respecter la vérité vécue,
tout en osant chercher le sens, ensemble.

mardi 16 décembre 2025

Nommer ce qui me guide

 

Il m’a fallu du temps pour oser mettre des mots sur ce qui me guide vraiment. Ce n’est pas une ambition de réussite ou de reconnaissance. C’est une ambition morale. Le désir de contribuer à des espaces où chaque personne est accueillie avec respect, sans être réduite à un rôle, à un problème ou à une performance. Dans un monde qui va vite et qui mesure tout, je choisis de rappeler que la dignité humaine ne se calcule pas.

Cette ambition se vit surtout dans la manière d’être en relation. Écouter sans interrompre. Accompagner sans contrôler. Prendre le temps de comprendre avant d’agir. Elle demande parfois de ralentir, même lorsque tout pousse à aller plus vite. Elle demande aussi du courage, car il n’est pas toujours facile de rester fidèle à une éthique du care dans des systèmes qui valorisent l’efficacité avant l’humain.

Mon ambition morale est de rester attentif au vivant, en moi et chez les autres. De croire que chaque personne porte en elle une capacité de transformation, si elle se sent reconnue et soutenue. Accompagner, pour moi, ce n’est pas diriger le chemin de l’autre. C’est marcher à ses côtés, avec respect, présence et confiance.

lundi 15 décembre 2025

Des systèmes qui peinent à faire confiance à l’humain


La plupart des gens, la plupart du temps, veulent faire ce qui est juste.

Ils cherchent à bien faire leur travail, à respecter les autres, à contribuer honnêtement. Peu de personnes se lèvent le matin avec l’intention de nuire ou de tromper.

Et pourtant, nos systèmes sont souvent conçus comme si l’humain était d’abord suspect. Comme s’il fallait contrôler avant de faire confiance. Mesurer avant d’écouter. Surveiller avant de reconnaître.

Dans le travail, à l’école, dans les institutions, on empile des règles, des procédures et des indicateurs. Ces mécanismes rassurent, mais ils produisent aussi des effets secondaires. Peu à peu, les personnes apprennent à se conformer plutôt qu’à discerner. À se protéger plutôt qu’à contribuer pleinement.

Ce décalage épuise. Beaucoup portent des valeurs fortes, mais se retrouvent coincés dans des cadres qui ne leur permettent pas de les traduire en gestes concrets. Le problème n’est pas l’absence de bonne volonté. C’est une architecture qui ne fait pas confiance à ce qu’il y a de meilleur chez les personnes.

Le matin offre un espace précieux pour réfléchir à cela. Avant que la journée n’accélère, il est encore possible d’écouter ce qui nous anime vraiment : le désir d’être utile, juste, humain dans ce que l’on fait.

Cette réflexion nous invite à déplacer la responsabilité. Plutôt que de demander sans cesse aux individus de s’améliorer, il faut aussi interroger les systèmes dans lesquels ils évoluent. Un environnement fondé sur la méfiance finit par produire de la distance. Un environnement fondé sur la confiance ouvre souvent la créativité et le sens des responsabilités.

Changer un système peut sembler hors de portée. Mais chaque équipe, chaque organisation, chaque communauté peut devenir un lieu où la confiance est pratiquée, même à petite échelle. Ces gestes comptent.

Commencer la journée avec cette pensée, c’est refuser le cynisme. C’est croire que la bonté humaine existe déjà, mais qu’elle a besoin de cadres plus justes pour s’exprimer.

samedi 13 décembre 2025

Et les autres, alors ? Réfléchir au langage de l’amour et du mérite


Il y a des phrases que l’on entend souvent et qui semblent positives, presque évidentes. Pourtant, certaines d’entre elles me font toujours réfléchir. Deux en particulier : « à celles et ceux que j’aime » et « tu le mérites ». Chaque fois que je les lis ou les entends, une question apparaît : et les autres ?

Dire « à celles et ceux que j’aime », c’est naturel. Nous aimons certaines personnes plus que d’autres, et c’est humain. Mais cette phrase crée aussi une limite. Elle nomme un groupe et, sans le vouloir, laisse les autres à l’extérieur. Le langage fait plus que décrire la réalité, il la façonne. Quand on parle ainsi, on trace un cercle : il y a ceux qui sont dedans, et ceux qui ne le sont pas. Cela ne veut pas dire que l’intention est mauvaise, mais cela mérite d’être remarqué. Dans la vie communautaire et dans l’accompagnement, j’ai appris que ce qui aide vraiment les gens n’est pas seulement l’amour réservé à quelques-uns, mais une présence ouverte, même envers ceux que l’on connaît peu ou que l’on n’aime pas spontanément.

L’expression « tu le mérites » me touche d’une autre façon. Elle est souvent dite pour encourager ou valoriser quelqu’un. Pourtant, elle repose sur une idée de mérite. Si une personne mérite quelque chose, cela veut dire que d’autres ne le méritent pas. Cela pose une question importante : selon quels critères ? Dans la vie, plusieurs situations ne relèvent pas du mérite. La souffrance, la maladie, la fatigue ou le deuil ne sont pas des choses que l’on gagne ou que l’on perd selon son comportement. Elles font partie de l’expérience humaine. Dans ces moments, ce dont les personnes ont besoin, ce n’est pas d’être jugées dignes ou non, mais d’être accueillies et soutenues.

Ces deux expressions montrent une tension importante dans notre manière de vivre les relations. Aimons-nous seulement ceux que nous choisissons ? Aidons-nous seulement ceux qui « le méritent » ? Dans une société où tout est souvent évalué, comparé et mesuré, cette logique peut s’infiltrer même dans nos paroles les plus bienveillantes. Pourtant, prendre soin des autres, c’est reconnaître que chaque personne a une valeur, simplement parce qu’elle est humaine.

Se demander « et qu’en est-il des autres ? », ce n’est pas rejeter l’amour ni la reconnaissance. C’est élargir notre regard. C’est chercher un langage et une attitude qui incluent plutôt que d’exclure. Peut-être que cette attention à nos mots est déjà un pas important. Elle nous rappelle que la dignité humaine ne se mérite pas. Elle existe, et elle nous appelle à une relation plus ouverte, plus juste et plus humaine.

Journal décembre 2025 : Habiter la clarté, accueillir ce qui vient


Hier soir, en relisant les mois qui viennent de passer, j'ai senti quelque chose se déposer en moi, comme si 2025 m’avait doucement reconduit vers un espace intérieur que j’avais longtemps frôlé sans tout à fait l’habiter. Cette année aura été faite d’élans, de résistances, de passages parfois exigeants, parfois lumineux. J'ai l’impression d’avoir avancé sur plusieurs chemins simultanément, mais tous, au fond, convergeaient vers la même vérité en train d’émerger.

Je comprends maintenant ce que je pressentais depuis longtemps sans réussir à le nommer. Je ne suis pas un transmetteur de méthodes ou un vendeur de solutions. J’accompagne à partir d’une présence intérieure, stable et ouverte, qui crée un espace où les autres peuvent respirer, se retrouver, se dire. Cette prise de conscience s’est imposée progressivement, au détour de mes cours, dans mes rencontres avec les proches aidants, dans mes engagements au Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain, et dans le travail silencieux de ma thèse. Comme si toutes les pièces de mon parcours, éclatées à travers le temps, se rassemblaient enfin.

Je sens que 2025 a été une année charnière. Elle m’a appris à renoncer à ce qui n’était plus nécessaire, à reconnaître mes zones de tension, à accueillir le réel plutôt qu’à le survoler. Elle m’a appris à faire confiance à ce qui se tisse discrètement sous la surface. Elle m’a aussi rappelé que l’accompagnement n’est jamais un geste de maîtrise, mais un geste de présence. Et que lorsque je demeure dans cet espace, les groupes, les personnes, les systèmes trouvent eux-mêmes la voie de leur transformation.

En me tournant vers 2026, je sens monter une intention claire. Je veux unifier ce que je porte depuis longtemps : ma posture d’accompagnant, mon travail de professeur, ma recherche doctorale, mes engagements communautaires. Je veux que l’Accompagnement Écosystémique Intégratif soit davantage qu’un cadre théorique. Je veux en faire le souffle qui traverse mes cours, mes ateliers, mes interventions. Et je veux contribuer pleinement au Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain, parce que je sens que ce lieu peut devenir un véritable espace de résonance pour la région, un endroit où l’on pense le vieillissement autrement, avec humanité, lien et dignité.

J’entre dans cette nouvelle année avec le désir d’accompagner à partir d’un climat intérieur de justesse et de calme. D’offrir ma présence aux équipes, aux organisations, aux communautés, comme un point d’ancrage et de clarté. Et de continuer à écrire, à transmettre, à enseigner, non pas pour remplir des cadres, mais pour honorer ce mouvement vivant qui m’habite.

2025 m’a appris à me tenir là où je suis vraiment.
2026 sera l’année où j’oserai marcher à partir de cet espace.

vendredi 12 décembre 2025

Journée mieux-être, le 12 du 12 décembre


On dit que le 12/12 est un seuil, un moment où un cycle se referme pour laisser place à un autre. Ce matin, en voyant la lumière danser autour du Bouddha, j’ai compris que cette journée en porterait la marque.

Grâce au cadeau offert par mes deux nièces, je passerai le jour au spa avec un ami. Un simple geste, mais qui ouvre un passage : celui du repos, de l’amitié, de la permission de se déposer.

Dans la médecine des histoires chère à Mehl-Madrona, les cadeaux sont des messages. Celui-ci me murmure que le mieux-être n’est pas un luxe, mais une manière d’habiter le monde plus doucement.

Dans la chaleur des bains nordiques, en plein cœur de décembre, je laisserai l’année se recueillir en moi. Le 12/12 rappelle que parfois, il suffit d’un moment, d’un ami et d’un geste d’amour pour retrouver le chemin intérieur.

Aujourd’hui, je traverse le seuil.

L’arbre qui nous apprend à tenir

 

Devant cet arbre devenu cathédrale de neige, quelque chose en nous se dépose. La lumière filtrée à travers les branches rappelle que, même en plein cœur de l’hiver, une chaleur discrète continue de circuler. L’arbre tient, enraciné, patient, offert au ciel.

Il nous enseigne que le réconfort n’est pas une fuite, mais une manière de se laisser porter.
Que le courage n’est pas un cri, mais une présence qui demeure.
Que l’audace, parfois, consiste simplement à faire un pas de plus dans la clarté qui s’annonce.

Sous cette voûte blanche, nous apprenons à respirer autrement, à écouter ce qui traverse le temps, à accueillir en nous l’hiver comme une saison de vérité.

jeudi 11 décembre 2025

Noël 2025 – Cléopâtre, Jules-Antoine et moi

 

Il y a des familles que l’on reçoit par naissance, et d’autres que l’on crée au fil du temps, dans la douceur du quotidien partagé. Cléopâtre (Cléo), avec son regard souverain et sa présence tranquille, porte ici le manteau de Mère Noël comme si elle avait toujours su que ce rôle lui appartenait. À ses côtés, Jules-Antoine (Jules), fidèle compagnon à la barbe généreuse, incarne la tendresse un peu bourrue des anciens sages qui veillent en silence.

Ensemble, ils rappellent que la magie n’a rien de spectaculaire. Elle se glisse dans les gestes simples, dans la compagnie discrète, dans cette chaleur qui nous rejoint lorsque le monde ralentit. Noël devient alors une manière d’habiter la relation – une invitation à reconnaître la beauté de ce qui vit, de ce qui respire avec nous.

Que cette image dise l’essentiel : nous ne sommes jamais seuls lorsque nous apprenons à voir le monde avec le cœur.
Et qu’en cette nuit lumineuse, Cléo, Jules et moi vous souhaitons une saison de paix, d’émerveillement… et de douce présence.

Le Conte du cours vivant

 


Il était une fois, dans un petit campus recouvert de neige, un professeur qui enseignait un cours un peu particulier. Ce cours n’était pas fait de pages à mémoriser ni de formules à répéter. Non… ce cours était vivant. Il respirait au rythme des voix qui l’habitaient, des silences qui l’approfondissaient, des regards qui s’y croisaient. On disait même qu’à chaque rencontre, il changeait un peu de forme, comme un sapin magique dont les branches se déployaient selon l’attention et la présence de chacun.

Un soir d’hiver, alors que les flocons dansaient doucement contre les fenêtres du pavillon, un étudiant frappa à la porte du professeur. Ses yeux étaient pleins d’inquiétude, et son souffle tremblait un peu, comme une bougie qui vacille.

« Monsieur… serait-il possible de remplacer ma présence et ma participation par un travail final ? » demanda-t-il d’une voix basse.
Il espérait qu’une seule page, ou peut-être dix, suffirait à réparer le temps qu’il n’avait pas vécu avec les autres.

Le professeur l’invita à entrer et à s’asseoir près de la lumière chaude d’une lampe. Puis, avec douceur, il lui parla du malentendu qui se cachait derrière sa demande. « Vois-tu, dit-il, un cours relationnel n’est pas un objet que l’on peut rattraper, comme un cadeau oublié sous le sapin. Ce cours, c’est un champ vivant. Il se tisse des interactions entre les étudiants, des émotions qui émergent, des déplacements intérieurs que chacun ose faire. »

L’étudiant le regarda, surpris. Le professeur poursuivit :
« On peut rattraper un contenu, mais on ne peut pas rattraper une relation. La participation n’est pas un plus, un supplément. Elle est la matière de l’apprentissage. Lorsque tu n’étais pas là, ce n’est pas seulement un savoir qui manquait… c’était une partie du processus collectif, une branche du sapin, une étincelle du feu qui n’a pas pu se vivre. »

Un long silence suivit, mais un silence habité, de ceux qui éclairent davantage que mille mots. L’étudiant comprit alors qu’il n’avait jamais été simple observateur. Même silencieux, même discret, il avait été appelé à être co-créateur de ce cours vivant. En son absence, une place en creux s’était dessinée dans le cercle, un espace que nul travail écrit ne pourrait combler.

Le professeur conclut avec bienveillance :
« Mon rôle n’est pas de te fabriquer un substitut artificiel, mais de t’accompagner à comprendre ce que tu as vraiment manqué… et comment tu peux habiter autrement ton chemin d’apprentissage à partir de maintenant. »

Et cette nuit-là, tandis que la neige continuait de tomber comme des milliers de petites invitations au renouveau, l’étudiant repartit avec un cœur un peu plus ouvert. Il avait compris qu’un cours vivant est comme une veillée de Noël : il ne se fait jamais sans la présence de chacun, et chaque absence change la lumière.

mercredi 10 décembre 2025

La personne n’est jamais le problème : Une invitation à regarder plus profondément

 

Il m’arrive souvent d’entendre l’expression personnes toxiques. Elle revient dans les conversations, dans les réseaux sociaux, parfois même dans des milieux d’aide. Chaque fois que je l’entends, quelque chose en moi se contracte un peu.

Je ne crois pas que les personnes soient toxiques. Je crois que ce qui est difficile, ce sont les situations. Ce sont les blessures non nommées, les réactions de protection, la fatigue intérieure, ou encore les relations qui tournent en rond.

En d’autres mots, la personne n’est pas le problème.
Le problème, c’est le problème.

Quand on colle une étiquette comme celle-là, on réduit quelqu’un à un seul aspect de son comportement. On oublie son histoire, ses fragilités, ses forces, ses contradictions. On oublie que chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il a vécu, ce qu’il ressent et ce qu’il porte.

En accompagnement, j’ai vu des personnes qui semblaient difficiles à approcher. Mais dès qu’on leur offrait un espace pour déposer ce qu’elles vivaient, quelque chose changeait. La dureté se transformait en peur. L’agressivité se transformait en tristesse. La fermeture se transformait en fatigue. Lorsque l’on écoute vraiment, on découvre que ce qui semble être de la toxicité n’est souvent qu’un cœur qui manque d’air.

Je crois que le vrai travail consiste à regarder ce qui se passe entre nous plutôt qu’en chacun de nous.
Parce que ce qui fait mal, ce n’est pas la personne.
C’est la dynamique.
C’est le champ relationnel qui s’est chargé, crispé, ou déformé avec le temps.

Et lorsque nous cessons de blâmer, il devient possible de mieux comprendre ce qui demande à être clarifié, guéri ou nommé. On ouvre alors un espace où les relations peuvent respirer à nouveau.

Je témoigne de cela parce que je l’ai vu, encore et encore:
quand on retire les étiquettes, la dignité revient, la clarté s’installe, et quelque chose de vivant peut émerger.

Dans un monde qui juge vite, choisir de regarder la personne plutôt que l’étiquette devient un vrai geste de présence. Un geste qui peut, parfois, changer la relation. Et changer la vie.

mardi 9 décembre 2025

Les dons qui n’appartiennent à personne


Hier soir, en accompagnant un groupe communautaire, j’ai été témoin de cette vérité discrète qui traverse l’humain lorsque chacun se présente simplement. Rien de spectaculaire, mais une présence collective qui rend possible l’émergence des dons et des vertus, non pas comme des performances individuelles, mais comme des souffles partagés. Dans le cercle, les talents ne brillent pas par leur éclat, mais par leur capacité à se mettre au service de la relation. Ils apparaissent lorsqu’une parole se dépose avec justesse ou lorsqu’un silence devient un espace d’accueil. C’est là que j’ai senti, encore une fois, que nos qualités profondes ne nous appartiennent pas entièrement ; elles se manifestent dès que nous cessons de vouloir les posséder.

En quittant la rencontre, une évidence m’accompagnait : l’humilité ouvre des chemins que l’orgueil ferme aussitôt. Nous ne sommes pas les auteurs de tout ce qui nous traverse ; nous sommes parfois simplement les gardiens attentifs de forces plus vastes qui souhaitent se dire à travers nous. C’est ce que je nomme une maturité relationnelle, cette façon d’habiter nos dons sans les revendiquer. Et peut-être que le véritable accompagnement commence là, dans cette disponibilité à laisser circuler ce qui dépasse nos intentions.

lundi 8 décembre 2025

Dans la clarté qui suit le rêve

Cette nuit, j’ai rêvé du Père Noël. Il avançait dans un paysage de neige silencieuse, un manteau rouge vibrant comme une braise dans le froid. Je marchais à ses côtés, étonné de sentir sa présence si proche. Il ne disait rien, mais son regard avait la douceur de ceux qui portent les secrets du monde. Dans le rêve, il était le gardien d’une lumière intérieure, une invitation à retrouver l’émerveillement perdu. Je me sentais léger, presque redevenu un enfant, comme si tout pouvait encore commencer.

Au réveil, la réalité s’est posée doucement sur moi. Le Père Noël n’était plus un personnage venu du ciel. Il était devenu une image de la bonté qui persiste malgré les années. Il représentait cette part de moi qui continue de croire en la générosité simple, en la joie offerte sans raison. Aujourd’hui, je comprends que le rêve parlait moins d’un vieil homme à barbe blanche que d’une présence qui m’habite encore. Le Père Noël est ce souffle intérieur qui rappelle que la vie garde toujours un peu de magie, même lorsque le jour se lève.

dimanche 7 décembre 2025

Prendre soin du lien : un nouveau cours sur la résilience et la communauté

 

Nouveau : HUM3512 en ligne — Hiver 2026
Pratiques communautaires et résilience
Université Saint-Paul, Ottawa

Un cours pour explorer :
• la résilience comme intériorité retrouvée
• le champ relationnel intentionnel
• l’accompagnement écosystémique
• la co-évolution
• le care et la dignité humaine

Offert en ligne
Inscriptions ouvertes

« Retrouver sa résilience, c’est retrouver son humanité. » Marquis Bureau

samedi 6 décembre 2025

La première technologie, c’est nous

 


Cher toi,
on parle aujourd’hui de technologies comme si elles appartenaient à des machines, à des systèmes, à des algorithmes extérieurs à nous.
On parle d’intelligence artificielle, d’automatisation, de connexions numériques, comme si tout cela était séparé de l’humain, comme si la technologie vivait “hors de nous”.

Mais la vraie technologie, la plus ancienne, la plus mystérieuse, celle qui nous porte depuis des millénaires, est déjà à l’intérieur de toi.

Avant les écrans, tu avais l’écoute.
Avant les réseaux, tu avais la présence.
Avant les données, tu avais ton intuition.
Avant l’intelligence artificielle, tu avais ton intelligence du cœur.
Avant les algorithmes de prédiction, tu avais la sagesse silencieuse de ton corps qui sait.
Avant les plateformes, tu avais la capacité d’entrer en relation.

La technologie fondamentale, la première, la plus puissante, celle qui façonne encore tous les liens, c’est la technologie humaine du vivant :
le souffle, la parole, l’attention, la chaleur, le regard, la vulnérabilité, la résonance, le mystère.

On l’oublie souvent.
On se laisse hypnotiser par ce qui brille, par ce qui calcule, par ce qui répond vite.
Mais aucune machine ne remplacera le frémissement d’un silence partagé.
Aucun système ne saura reconnaître la nuance d’une respiration quand quelqu’un souffre.
Aucun algorithme ne comprendra le tremblement d’une parole qui ose se dire pour la première fois.

Cher ami, la technologie la plus évoluée n’est pas dans tes mains.
Elle est dans ton humanité.

Elle est dans ton visage, capable d’exprimer des mondes.
Elle est dans ta capacité d’accueillir l’autre sans te protéger.
Elle est dans la profondeur de ton écoute, qui ouvre des territoires que même toi tu ne connaissais pas.
Elle est dans ce moment où tu sens que quelque chose se modifie dans le champ, discrètement, subtilement, sans aucune donnée mesurable — et pourtant, tout a changé.

Reviens dans la relation humaine.

Reviens dans ce lieu où l’on ne va pas pour comprendre, mais pour rencontrer.
Où l’on ne va pas pour résoudre, mais pour être transformé.
Où l’on ne va pas pour contrôler, mais pour habiter.

Reviens dans la lenteur, là où la parole prend le temps de se rendre.
Reviens dans la profondeur, là où tu peux sentir ce qui n’est pas encore dit.
Reviens dans la simplicité, là où rien n’a besoin d’être parfait pour être vrai.

La vraie technologie, celle qui fait grandir le monde,
c’est la capacité d’entrer en relation en restant ouvert, présent, vulnérable.

Et ça, aucune machine ne pourra jamais le coder.

Cher toi,
la technologie est déjà en toi.
Elle s’appelle humanité.

Revient…
Revient dans la relation humaine.

Elle t’attend.

Habiter l’ombre avec justesse


Ce matin, une question s’est imposée avant même que le jour ne prenne forme :

que se passe-t-il en moi lorsque j’entre dans une relation avec de bonnes intentions, mais que la manifestation crée autre chose ?

Et derrière cette question, une autre, plus dérangeante :
que se passe-t-il lorsque le mal ou la haine traversent le champ relationnel ?

Longtemps, j’ai cru que la bonté, l’écoute, la clarté suffiraient.
Mais la vie me rappelle que l’intention n’immunise de rien.
Le champ relationnel n’est pas un refuge : il est un lieu de vérité.
La lumière y révèle autant qu’elle réchauffe.

La haine, lorsqu’elle surgit, ne dit pas seulement quelque chose de l’autre.
Elle révèle un déséquilibre, une blessure, une peur ancienne.
Elle teste notre maturité :
rester présent sans s’armer,
lucide sans se fermer,
attentif sans absorber.

Accompagner, ce n’est pas éviter l’ombre.
C’est apprendre à ne pas s’y perdre.
C’est reconnaître que ce qui traverse l’autre ne le définit pas.
Et que ce qui me traverse ne me définit pas non plus.

Ce matin, je comprends que la véritable question n’est pas :
« Comment empêcher le mal d’entrer ? »
mais plutôt :
« Qui suis-je lorsque l’ombre traverse le champ ? »

La réponse n’est jamais immédiate.
Elle se tisse dans la présence, la lenteur et le discernement.
Et peut-être est-ce cela, la maturité relationnelle :
habiter la lumière qui montre
et l’ombre qui enseigne
sans fuir ni précipiter l’une ou l’autre.

Pour aujourd’hui, cela suffit.