mercredi 9 avril 2025

Les fantômes de la proche aidance

 

Ils ne se montrent pas toujours au grand jour.

Ils marchent à pas feutrés dans les corridors de nos journées trop pleines.
On les devine dans un soupir retenu, un regard fuyant, une tasse de thé refroidie, oubliée sur le comptoir.

Ce sont les fantômes de la proche aidance.

Ils portent des noms que l’on murmure à peine :
épuisement, culpabilité, solitude consentie, colère inavouée, amour usé jusqu’à la trame.
Parfois, ce sont des fragments de nous-mêmes, égarés quelque part entre “avant” et “maintenant”.
Parfois, ce sont des mots qu’on n’a jamais osé dire par loyauté, par pudeur, ou par peur de décevoir.

Ces fantômes ne cherchent pas à nuire.
Ils ne réclament pas vengeance.
Ils attendent simplement d’être vus, entendus, reconnus.
Car ils habitent les zones d’ombre du don de soi 
là où la lumière du quotidien ne va pas toujours.

Et pourtant…

Chaque fois qu’on ose les nommer,
Chaque fois qu’on se permet une larme, un rire, ou une pause sans se justifier,
Ils s’allègent.
Ils laissent place à autre chose :
une tendresse nouvelle envers soi-même,
un souffle plus doux,
une reconnaissance du chemin traversé, sans masque ni perfection.

Dans les cercles d’écoute, les groupes de parole, ou simplement dans un silence partagé,
ces fantômes trouvent parfois la paix.
Et avec eux, nous aussi.

mardi 8 avril 2025

Une collaboration interinstitutionnelle

Aujourd’hui, j’ai le privilège de coanimer un cours sur la proche aidance à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), en collaboration avec une collègue du CISSS de l’Outaouais. Cette activité se déroule dans le cadre d’un cours portant sur le vieillissement, offert aux étudiantes et étudiants du programme en sciences infirmières. C’est une belle occasion de sensibiliser la relève en santé à la réalité souvent invisible, mais profondément humaine, des personnes proches aidantes, tout en favorisant un dialogue entre les savoirs cliniques, communautaires et expérientiels. Cette collaboration interinstitutionnelle reflète l’importance d’un regard intégré sur l’accompagnement des aînés dans notre région.



Si je dois choisir entre deux options, je choisis la troisième.

Souvent, lorsqu’on me propose deux choix, j’ai cette impression subtile qu’aucun des deux ne me ressemble vraiment.

J’ai appris à reconnaître ce moment de tension intérieure où l’on me presse de décider rapidement, de trancher, de me positionner. Et dans ce silence, quelque chose en moi résiste non pas par peur, mais par fidélité à ce qui n’est pas encore tout à fait clair. À ce qui cherche à émerger autrement.

La troisième option, c’est celle qui ne s’impose pas, mais qui émerge.
C’est un sentier discret, un pressentiment doux.
Parfois, c’est un “je ne sais pas encore”, ou un “laissons cela mûrir”.
Ce n’est ni un compromis, ni un refus, c’est une manière de demeurer fidèle à mon propre rythme, à mon intégrité intérieure.

Choisir la troisième voie, pour moi, c’est refuser de me laisser entraîner par l’urgence ou l’habitude.
C’est faire de la place pour l’inattendu, l’essentiel, ce qui résonne profondément même si cela déroute.
C’est honorer la complexité du vivant en moi, et accueillir la réponse qui surgit de l’écoute patiente.

Je ne cherche pas à compliquer les choses.
Je cherche simplement à ne pas me perdre dans des choix trop étroits pour contenir ce que je deviens.

lundi 7 avril 2025

Habiter le monde sans blesser

 

Pourquoi la non-violence est au cœur de mes enseignements ?

Lorsqu’on prend réellement la mesure du coût de la violence qu’elle soit brutale ou insidieuse on devient moins enclin à la justifier dans l’espace social.
Choisir la non-violence, ce n’est pas fuir le conflit : c’est y entrer avec courage et lucidité.
C’est préférer la clarté à la domination, l’écoute au jugement, et le lien à la rupture.
C’est une manière de se tenir debout, sans blesser.


Ce que le Nord m’a appris

Quand j’étais jeune, j’ai grandi en Abitibi et dans le Nord de l’Ontario.
Ce sont des régions où les hivers sont longs, le froid intense, et où la vie demande souvent plus d’efforts. Mais c’est justement dans ces conditions que j’ai appris des choses importantes sur la vie… et sur moi-même.

Là-bas, on ne te demande pas si tu es prêt. On apprend en faisant.
Parfois, on réussit, parfois, on tombe. Mais on se relève, et on continue.
On comprend vite que l’échec fait partie du chemin.

C’est pour ça qu’aujourd’hui, j’ai moins peur de prendre des risques. Moins peur d’agir, même quand je ne suis pas certain du résultat.
J’ai compris qu’il vaut mieux essayer que rester figé.

Le Nord m’a aussi appris à ne pas me laisser impressionner par les apparences. Ce qui compte, c’est d’être solide à l’intérieur.
D’être vrai.

Grâce à cette enfance-là, je suis devenu quelqu’un qui ose.

Pas pour être le meilleur, mais pour avancer avec confiance, même dans l’inconnu. 

dimanche 6 avril 2025

Voir ne suffit pas

Ils voient et entendent les autres sur leur passage, mais ils ne les regardent pas, ils ne les écoutent pas.

Il existe une différence profonde entre croiser et rencontrer, entre percevoir et être réellement présent.

On peut voir sans vraiment regarder. On peut entendre sans vraiment écouter.
Dans le flot de nos journées, tant de visages défilent, tant de voix résonnent…
Mais combien d’entre eux reçoivent véritablement notre attention ?

Aujourd’hui, je choisis de ralentir le pas et d’ouvrir le cœur.
Je choisis d’offrir à chaque présence la possibilité d’exister pleinement, même brièvement.

Car parfois, un regard attentif ou une écoute silencieuse
peut être un véritable baume pour l’âme de l’autre —
et peut-être aussi pour la mienne.

Et si, aujourd’hui, j’étais ce lieu discret où l’autre se sent vu, entendu, reconnu ?