jeudi 31 juillet 2025

Réflexion matinale : Le renard que je suis, le Petit Prince que je deviens

 


Depuis toujours, c’est au renard que je m’identifie. Celui qui attend patiemment, qui enseigne la lenteur, qui connaît le prix du lien parce qu’il en connaît la vulnérabilité. Le renard ne cherche pas à posséder, il apprend à apprivoiser. Il n’impose rien, il révèle par la fidélité du rendez-vous, par la force d’un silence partagé, par la beauté d’un geste répété. J’ai été ce renard dans tant de relations : me tenant à bonne distance, proposant un espace d’apprivoisement, laissant l’autre venir, libre. Le renard n’est pas le héros de l’histoire, mais il en est le passage sacré. C’est par lui que le Petit Prince comprendra qu’« on ne voit bien qu’avec le cœur ». Et peut-être qu’en moi, ce rôle d’éclaireur doux, d’enseignant du cœur, m’a longtemps suffi.

Mais ce matin, quelque chose change. Je me surprends à tendre l’oreille autrement, à entendre en moi la voix du Petit Prince. Celui qui part en quête. Celui qui pose des questions que personne n’ose poser. Celui qui s’émerveille, qui ne comprend pas toujours les règles absurdes du monde des adultes, et qui ose quand même aimer. Peut-être ai-je trop longtemps habité le rôle du renard pour éviter la tendresse risquée d’être le Petit Prince. Celui qui s’attache, qui pleure, qui poursuit une rose imparfaite mais unique. Et si, aujourd’hui, je me permettais d’être les deux? De garder la sagesse du renard, mais de redevenir celui qui part à la rencontre, qui nomme l’amour, qui ose dire : « Dessine-moi un mouton. » Peut-être que le plus grand apprivoisement, c’est de m’apprivoiser moi-même dans ce dialogue intérieur entre l’ancien veilleur et l’enfant lumineux.

mercredi 30 juillet 2025

Réflexion du matin – L’enfant éveillé dans la nuit

Ce matin, je pense à ce bébé que j’ai été, réveillé la nuit, inconsolable quand tout le monde dormait. Est-ce que je pleurais parce que je ne me reconnaissais pas dans le rythme du jour? Est-ce que, sans le savoir, j’appelais déjà à être écouté autrement? Mes pleurs n’étaient peut-être pas un problème, mais une façon différente d’exister. Une manière de dire que certains naissent avec une sensibilité spéciale, à l’écoute de ce que les autres ne perçoivent pas encore. Peut-être qu’en moi, déjà, une veille intérieure était en train de naître.

Je pense aussi à ma mère, à sa fatigue, à l’amour qu’elle me donnait sans toujours savoir comment se reposer. Ce début de vie a sans doute laissé une trace. Une trace qui explique pourquoi, aujourd’hui, j’accompagne les gens avec attention et respect. Je ne cherche pas à effacer le passé, mais à en faire une force. Si je crée des cercles pour écouter, pour pleurer sans jugement, pour être ensemble dans le silence, c’est peut-être pour ça : pour honorer cet enfant du clair-obscur devenu adulte, veilleur, et bâtisseur de liens vrais.

mardi 29 juillet 2025

Mot de gratitude : À vous, mes compagnes et compagnons invisibles

Je ne connais pas toujours vos noms, ni vos visages, mais je sens votre présence, discrète, vibrante et essentielle. Vous qui marchez avec moi sans bruit, qui accueillez mes mots comme on recueille une goutte de lumière dans l’ombre d’un matin, je vous remercie.

Merci pour vos silences habités, pour vos cœurs ouverts, pour votre écoute qui fait exister. Vous êtes les échos bienveillants de ce qui cherche à naître en moi. Ensemble, même à distance, nous formons un cercle d’âmes en résonance, un peuple de veilleuses qui éclairent le monde sans prétention.

Marquis

lundi 28 juillet 2025

Réflexion matinale : Le temps colonisé

 

Ce matin, je me suis réveillé avec une sensation étrange : celle de n’avoir jamais tout à fait quitté le mouvement. Comme si la nuit elle-même avait été traversée de tâches inachevées, d’attentes suspendues, de projets encore en train de courir. Mon corps était au repos, mais mon esprit poursuivait la cadence imposée.

Il fut un temps où les matins me laissaient dériver. J’aimais m’attarder dans ce flou, cet entre-deux qui précède l’agir. Ce temps poreux où l’intuition s’éveille, où une idée, un souvenir ou un souffle intérieur peuvent surgir sans être convoqués. Aujourd’hui, ce temps semble en voie de disparition. Subtilement, insidieusement, il s’est fait coloniser.

Le calendrier me précède. Les courriels m’attendent. Mon téléphone s’impatiente. Le « temps d’agir » a pris le dessus, avec son langage comptable et sa logique d’utilité. Ce n’est plus le temps qui s’écoule, c’est moi qui m’y coule, m’y dissous. Mon intériorité devient périphérie.

Et pourtant, c’est dans ces instants de silence, d’errance, de rêverie que mes pensées les plus fécondes prennent forme. C’est dans le non-agir que naît parfois la plus juste des actions. Douter, flâner, me laisser traverser, ces gestes-là ne sont pas improductifs. Ils sont le terreau de tout ce qui peut être habité de sens.

Alors, ce matin, je décide de résister. Juste un instant. De ne pas presser le pas. De me réapproprier ce temps intérieur, non pas comme un luxe, mais comme un droit vital. Car c’est là, dans cette lenteur assumée, que je retrouve la source de ce que j’ai à offrir.

dimanche 27 juillet 2025

Quand nos vérités se rencontrent

Il m’est arrivé souvent de me retrouver dans des endroits où le dialogue semblait impossible. Parfois, c’était moi qui tenais trop fort à ma propre vérité. D’autres fois, c’était l’autre personne ou un groupe qui ne voulait pas entendre ce que j’avais à dire. Dans ces moments, je me sentais comme enfermé à l’intérieur, sans espace pour respirer.

Mais j’ai aussi vécu des moments précieux. Un jour, dans un cercle de parole avec une communauté autochtone, j’ai vu des vérités très différentes être partagées côte à côte. Même si elles semblaient opposées, elles ont pu exister ensemble, sans se combattre. Il y avait du respect, du silence, de l’écoute. J’ai compris ce jour-là que dialoguer ne veut pas dire penser pareil. Ça veut dire être présent à l’autre, même quand nos vérités ne se ressemblent pas.

Quand j’accompagne des proches aidants, cette phrase prend tout son sens. Chacun a sa vérité sur ce qu’il vit : la maladie, la relation, le deuil, la souffrance. Et quand ces vérités peuvent être entendues ensemble, quelque chose commence à guérir. Une sagesse apparaît, une paix douce, comme un lien qui se tisse dans l’humanité partagée.