Je me retrouve aujourd’hui à la croisée de deux héritages spirituels et intellectuels qui ont profondément marqué mon parcours. Mon histoire est tissée de la présence des Oblats de Marie-Immaculée, qui ont accompagné ma famille en Abitibi-Témiscamingue, et des Jésuites, qui m’ont initié à la philosophie à l’Université de Sudbury. Ces deux influences, loin de s’opposer, ont nourri ma façon d’être au monde et de comprendre ma mission d’accompagnement.
Les Oblats ont été les premiers à m’apprendre l’écoute et la proximité avec les réalités humaines. Dans leurs gestes simples, dans leur présence sur le terrain, j’ai découvert une manière d’être profondément engagée auprès des autres. Leur approche missionnaire et sociale m’a sensibilisé à la nécessité d’un engagement incarné, où l’accompagnement ne se limite pas aux mots, mais s’exprime dans la présence, dans la marche aux côtés de ceux qui cherchent du sens. Les Jésuites, quant à eux, ont ouvert en moi un espace d’exploration intellectuelle. À Sudbury, j’ai découvert la rigueur de la pensée, la liberté du doute et la quête incessante de vérité qui dépasse les apparences. J’ai appris à questionner, à déconstruire, mais aussi à reconstruire avec discernement. Ce dialogue entre la réflexion et l’action, entre la pensée critique et l’engagement spirituel, est devenu le fondement de mon travail d’accompagnement et de transmission.
Aujourd’hui, cet héritage prend tout son sens dans mon enseignement à l’Université Saint-Paul. Cette institution oblate est le lieu où se rejoignent la quête de sens, l’engagement social et la réflexion critique. Dans mes cours sur l’écoute, l’intelligence émotionnelle et l’accompagnement, je retrouve l’influence des Oblats et leur approche du soin aux autres. Mais je ressens aussi l’empreinte des Jésuites lorsque j’invite mes étudiants à interroger leurs certitudes, à explorer avec nuance, à penser au-delà des évidences. J’ai trouvé dans cette pédagogie un équilibre : apprendre à écouter sans juger, mais aussi à penser sans complaisance. Je me tiens à l’intersection de ces deux traditions, où la formation intellectuelle et la transformation intérieure ne font qu’un.
La semaine dernière, cette rencontre entre les deux héritages a pris une forme concrète. Une collègue m’a invité à coanimer une démarche de transition organisationnelle avec une communauté Oblate partageant une résidence avec une communauté Jésuite et des laïcs. C’était une expérience fascinante, où j’ai pu voir à l’œuvre les défis d’une cohabitation entre deux traditions spirituelles et intellectuelles. J’ai perçu les tensions liées au vieillissement des communautés religieuses, mais aussi la richesse des dialogues qui peuvent faire émerger un avenir porteur de sens. Je me suis inspiré des Oblats avec leur approche de proximité, leur ancrage humain, leur manière d’être dans la relation et des Jésuites avec leur besoin de structurer la pensée, d’apporter de la clarté et du discernement. Ces deux manières d’être au monde, si différentes et pourtant si complémentaires, se retrouvaient dans un même espace, se questionnant, s’influençant, se transformant mutuellement.
Mon rôle dans cette transition a été d’ouvrir un espace de dialogue, un lieu où chacun pouvait exprimer ses préoccupations, ses résistances, mais aussi ses aspirations. J’ai vu émerger des moments de résonance, où mémoire et histoire se rencontraient pour bâtir un futur commun. Cette expérience a renforcé en moi la certitude que les traditions ne survivent pas en se figeant, mais en acceptant de se réinventer.
Je réalise aujourd’hui que toute mon approche est imprégnée de cette tension vivante entre l’écoute oblative et le discernement jésuite. Dans mon enseignement, dans mes accompagnements, dans ma façon même de percevoir le changement, je porte ces deux influences qui me rappellent que la transmission n’est pas la préservation d’un passé immobile, mais un dialogue qui ne cesse de se renouveler. À travers ces échanges, ces rencontres, ces transformations, je vois émerger une continuité, une rupture, une cohérence et une vitalité. Et c’est dans cet espace mouvant, entre l’engagement et la réflexion, que je trouve ma place.
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