Quand la rivière s'est asséchée, le canot, jadis essentiel pour naviguer et relier les rives, devient un fardeau inutile sur un lit craquelé de boue et de pierres. Il repose là, témoin silencieux d’un changement brutal, d’une transition non anticipée. Ceux qui l’utilisaient se retrouvent à pied, contraints d’inventer d’autres moyens de progression. Certains le traînent encore, espérant que l’eau reviendra. D’autres, réalisant que le paysage ne sera plus jamais le même, le transforment en abri, en bois de chauffage ou en un pont improvisé.
Dans le monde des organismes communautaires et du financement social, cette image illustre parfaitement les décisions des bailleurs de fonds qui coupent les ressources tout en exigeant que le service continue, voire s’intensifie. Les employés, comme les canotiers soudain privés d’eau, doivent faire preuve d’une ingéniosité constante pour répondre aux besoins grandissants avec des moyens toujours plus restreints. On leur demande d’aller plus loin, plus vite, sans embarcation adéquate.
La critique essentielle ici est celle du décalage entre les attentes et la réalité. Exiger plus avec moins, c’est ignorer que la rivière n’est plus là, que le contexte a changé, et que le canot, sans eau, devient un symbole d’absurdité administrative. Une alternative serait de réinventer la navigation, de reconnaître le terrain sec et d’équiper autrement ceux qui portent la mission. Plutôt que d’imposer un canot dans le désert, pourquoi ne pas offrir des moyens adaptés à la nouvelle réalité, des ressources qui correspondent aux besoins présents plutôt qu’aux modèles du passé?
Ainsi, la question à poser aux décideurs est la suivante : face à une rivière asséchée, faut-il continuer à imposer des canots, ou serait-il plus sage d’investir dans des alternatives viables?
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