mercredi 14 janvier 2026

Le jour où j’ai compris que je mélangeais tout

 


Il y a des moments où quelque chose cloche, sans qu’on sache exactement quoi.

Je me souviens d’une rencontre avec une personne proche aidante. Elle parlait calmement. Elle expliquait sa situation, les rendez-vous, les services reçus, ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. Tout semblait bien organisé. Logique. Cohérent.

Et pourtant, en moi, quelque chose résistait.

Ce n’était pas une inquiétude claire.
Pas une alarme.
Plutôt un malaise discret, comme un décalage entre les mots et ce qui se vivait vraiment.

En quittant la rencontre, j’ai compris que je confondais trois choses importantes : le réel, la réalité et la représentation.

Le réel : ce qui est là, même quand on ne sait pas quoi dire

Le réel, ce jour-là, c’était une fatigue profonde.
Une vie centrée sur l’autre.
Un corps qui continue, mais qui est fatigué.

Le réel ne demande pas d’explication.
Il est là.
Il s’impose.

Quand une personne dit : « Je tiens, mais c’est difficile », ce n’est pas une opinion. C’est le réel qui se montre, parfois timidement.

La réalité : ce que le monde met autour de ce réel

La réalité, c’est ce que la société met en place pour comprendre et gérer le réel.

Il y a des services.
Des règles.
Des mots pour nommer les situations.

Tout cela est important.
Utile même.

Mais la réalité ne dit jamais tout. Elle organise, elle encadre, elle simplifie parfois. Et il arrive que ce qu’on vit à l’intérieur ne rentre pas complètement dans ces cadres.

On peut recevoir de l’aide et se sentir quand même seul.
Ce n’est pas une contradiction.
C’est humain.

La représentation : ce que je me dis à propos de ce que je vis

La représentation, c’est la petite voix intérieure.

« Je n’ai pas le droit de me plaindre. »
« Je devrais être plus fort·e. »
« D’autres vivent pire que moi. »

Ces phrases ne sont pas mauvaises. Elles servent souvent à tenir. Mais quand on les prend pour le réel lui-même, elles peuvent nous enfermer.

On finit par ne plus écouter ce qu’on ressent vraiment.

Ce que j’ai compris

Nous ne vivons jamais le réel “tout nu”.
Nous le vivons à travers :

  • des mots,

  • des règles,

  • et des histoires que nous nous racontons.

Cela ne veut pas dire que le réel est faux.
Cela veut dire qu’il est plus grand que nos explications.

Ne pas tout comprendre, ne pas tout savoir dire, ce n’est pas un échec. C’est parfois une façon de rester fidèle à ce qui se vit vraiment.

Depuis, je fais plus attention

Quand quelqu’un me parle, je me pose souvent cette question :

Est-ce que j’écoute ce qui est vraiment vécu,
ce que le monde autour en dit,
ou ce que la personne se dit à elle-même ?

Faire cette différence change beaucoup de choses.
On corrige moins.
On écoute plus.
On laisse de l’espace.

Et toi, en lisant ceci

Peut-être que tu te reconnais.
Peut-être pas.

Mais la prochaine fois que quelque chose te semble flou, lourd ou difficile à nommer, tu peux te demander doucement :

Est-ce que je parle du réel que je vis,
de la réalité autour de moi,
ou de ce que je me raconte à propos de tout ça ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
Juste un chemin pour mieux se comprendre.

Pour finir

Distinguer le réel, la réalité et la représentation ne complique pas la vie.
Au contraire.

Ça permet parfois de respirer un peu.
De se juger moins durement.
Et de rester plus proche de ce qui est vraiment là.

Même quand ce n’est pas encore clair.



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