mercredi 30 septembre 2026

La vérité avant la réconciliation


En ce 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, je reviens à une idée simple : il est difficile de parler de réconciliation sans d’abord accepter d’écouter la vérité. Écouter les récits des survivantes et survivants des pensionnats, reconnaître les blessures transmises aux familles et aux communautés, mais aussi accepter que cette écoute puisse remettre en question certaines de nos façons de comprendre notre histoire, nos institutions et nos relations avec les peuples autochtones.

La réconciliation ne se limite donc pas à se souvenir ni à poser les bons gestes une journée par année. Elle nous invite à entrer autrement en relation : écouter avant de répondre, apprendre avant de proposer, reconnaître avant de chercher à réparer. Peut-être commence-t-elle lorsque nous cessons de demander seulement ce que nous pouvons faire et que nous acceptons aussi de nous demander ce que la vérité entendue aujourd’hui pourrait transformer en nous.

mardi 29 septembre 2026

Ce qui me porte quand je n’ai plus à tout porter

 

Une grande partie de notre vie, nous apprenons à tenir : tenir debout, tenir nos engagements, prendre soin de notre famille, travailler et être là pour les autres. Cette capacité est importante. Elle nous aide à devenir autonomes, à faire des choix et à prendre nos responsabilités. Mais avec l’âge, une perte ou une grande transition, certaines choses peuvent changer. Ce qui nous donnait autrefois un sentiment de sécurité n’est peut-être plus aussi solide. Une question apparaît alors : si je n’ai plus besoin de tout tenir aussi fermement, qu’est-ce qui me porte? Nous pouvons découvrir que notre force ne vient pas seulement de nous-mêmes. Elle vient aussi des personnes qui nous aiment, de notre communauté, de notre corps, de la nature, de ce qui donne un sens à notre vie et, pour certains, de la spiritualité ou de la foi.

Vieillir peut ainsi nous apprendre quelque chose que nous oublions parfois : s’appuyer sur quelqu’un n’est pas s’effondrer. Après avoir passé des années à aider, à soutenir et à prendre soin des autres, il peut être difficile de recevoir à notre tour. Demander de l’aide, faire confiance ou permettre à quelqu’un de prendre soin de nous ne signifie pas perdre notre autonomie. Cela signifie reconnaître que personne ne traverse toute une vie seul. La confiance ne veut pas dire croire que rien de difficile ne nous arrivera. Elle consiste peut-être simplement à découvrir que, lorsque quelque chose arrive, nous n’avons pas toujours à le porter seuls.

lundi 28 septembre 2026

L’école de la relation

 

Nous pouvons apprendre beaucoup sur nous-mêmes dans les livres, la réflexion ou le silence. Mais il suffit parfois d’une rencontre pour découvrir quelque chose que nous n’avions jamais vu. Quelqu’un nous interrompt, nous déçoit, nous accueille, nous résiste ou nous regarde autrement que nous nous regardons nous-mêmes. Soudain apparaissent notre impatience, notre besoin d’être reconnu, notre peur d’être rejeté, mais aussi notre capacité de tendresse, de confiance ou de pardon. Les relations humaines deviennent ainsi une école naturelle de la transformation. Non parce que les autres seraient là pour nous faire grandir, mais parce que leur différence nous empêche de rester complètement enfermés dans l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes.

Toutes les relations ne nous font cependant pas grandir. Certaines demandent de la prudence, d’autres une limite, parfois même une distance. La transformation commence peut-être lorsque nous pouvons nous demander, sans excuser ce qui nous fait du mal : « Qu’est-ce que cette rencontre révèle en moi? » Il ne s’agit plus seulement de savoir qui a raison ou tort, mais d’écouter ce qui se passe en nous et entre nous. Une relation devient alors un lieu de discernement : elle peut nous apprendre à parler, à écouter, à dire non, à faire confiance, à lâcher prise ou simplement à demeurer présents lorsque nous ne pouvons pas tout résoudre. Peut-être ne devenons-nous jamais pleinement nous-mêmes seuls : quelque chose de nous attend la rencontre pour pouvoir apparaître.

vendredi 25 septembre 2026

L’intelligence émotionnelle : apprendre à entendre ce qui nous traverse

 

Cette fin de semaine marque le début d’un nouveau parcours en Intelligence émotionnelle à l’Université Saint-Paul. Nous parlons souvent de l’intelligence émotionnelle comme de la capacité à reconnaître, comprendre et réguler nos émotions. Mais j’aimerais ouvrir un espace un peu différent avec les personnes étudiantes : et si nos émotions n’étaient pas d’abord quelque chose à gérer, mais quelque chose à écouter? La colère, la peur, la joie, la tristesse ou l’enthousiasme peuvent devenir des formes d’information sur notre relation à nous-mêmes, aux autres et à ce qui nous arrive. Développer son intelligence émotionnelle, ce serait alors apprendre à demeurer suffisamment présent à ce qui nous traverse pour ne pas devoir immédiatement le fuir, le contrôler ou agir sous son impulsion.

C’est aussi une invitation à déplacer doucement la question « Comment puis-je maîtriser mes émotions? » vers « Qu’est-ce que cette émotion cherche à me faire remarquer? » Une émotion ne nous dit pas nécessairement quoi faire et elle n’a pas toujours raison sur la situation, mais elle peut attirer notre attention sur quelque chose qui compte. Au fil de ce cours, j’espère donc que nous pourrons explorer ensemble cet espace entre ressentir et répondre : cet instant parfois très bref où la conscience nous permet de choisir comment entrer en relation avec ce que nous vivons. Peut-être est-ce précisément là que l’intelligence émotionnelle devient profondément humaine.

jeudi 24 septembre 2026

Lâcher prise face aux transitions de la vie


Ce matin, avant ma conférence au MIFO, « Lâcher prise face aux transitions de la vie », je me rappelle qu’il ne s’agit pas tant d’avoir quelque chose à enseigner que de créer un espace où nous pouvons apprendre ensemble à accueillir ce qui change, laisser aller ce qui ne peut demeurer et nous ouvrir à ce qui cherche à devenir.

mercredi 23 septembre 2026

Lâcher prise pour mieux habiter ce qui vient

 

Demain, j’aurai le plaisir d’être au MIFO dans le cadre d’une collaboration avec l’Université Saint-Paul pour une rencontre autour du lâcher-prise. Non pas le lâcher-prise comme renoncement ou résignation, mais comme une manière différente d’habiter les transitions de la vie : reconnaître ce qui change, discerner ce qui peut être laissé derrière soi et demeurer disponible à ce qui cherche encore à émerger. En avançant en âge, peut-être découvrons-nous que grandir ne consiste pas seulement à accumuler des expériences, mais aussi à apprendre doucement à desserrer notre emprise sur certaines identités, attentes et façons de nous définir. Une invitation, finalement, à considérer le vieillissement non comme un rétrécissement du possible, mais comme un passage où quelque chose peut encore se transformer.

mardi 22 septembre 2026

Un lieu où je ne suis pas seulement proche aidant

 

Prendre soin d’une personne que l’on aime peut peu à peu changer toute notre vie. Les rendez-vous, les soins, les imprévus et les inquiétudes prennent du temps et beaucoup d’énergie. Certaines activités sont mises de côté et on voit parfois moins souvent nos amis ou notre famille. Pourtant, être proche aidant ne veut pas dire qu’on se sent forcément seul. On peut même être entouré de plusieurs personnes et ressentir quand même une grande solitude. Ce qui compte, ce n’est donc pas seulement le nombre de personnes autour de nous. C’est aussi la qualité des relations et le sentiment d’être compris, écouté et soutenu.

Une question devient alors importante : « Y a-t-il encore un endroit dans ma vie où je peux simplement être moi-même, et pas seulement la personne qui prend soin de quelqu’un? » Un endroit où je n’ai pas toujours à organiser, prévoir, aider ou rester fort. C’est là que l’accompagnement communautaire peut faire une différence. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter une personne de plus autour du proche aidant. Il s’agit d’offrir une relation où il peut parler de ce qu’il vit, de ce dont il a besoin et de ce qu’il devient. Accompagner, c’est aussi aider la personne proche aidante à garder une place pour sa propre vie.

lundi 21 septembre 2026

Quand les saisons changent, le deuil aussi

 


Aujourd’hui, notre groupe de soutien au deuil se réunit à un moment particulier de l’année : alors que l’été cède doucement sa place à l’automne. La nature nous rappelle que les transitions ne se produisent pas toujours d’un seul coup. Certaines fleurs sont encore présentes tandis que les premières feuilles changent de couleur; la chaleur du jour peut côtoyer la fraîcheur du soir. Il peut en être ainsi du deuil. Plusieurs réalités peuvent coexister : l’absence et la présence intérieure de l’être aimé, la tristesse et un éclat de rire, le désir de retenir et la nécessité de continuer, une journée plus légère suivie d’une autre beaucoup plus difficile. Il n’y a pas de saison prescrite pour le deuil, ni de calendrier indiquant où nous devrions en être.

C’est dans cet esprit que nous nous retrouvons aujourd’hui, non pas pour participer à un atelier où quelque chose doit être appris ou accompli, mais pour former un cercle de soutien. Un espace pour parler si nous le souhaitons, écouter, nous souvenir, parfois rester silencieux et surtout découvrir que ce qui est lourd n’a pas toujours à être porté seul. La question qui nous accompagne est toute simple : qu’est-ce qui change dans ma vie, qu’est-ce qui me manque et qu’est-ce que je continue de porter avec moi alors qu’une nouvelle saison commence? Nous n’avons pas à trouver une réponse définitive. Comme dans la nature, certaines transformations demandent du temps et peuvent longtemps faire coexister ce qui demeure et ce qui devient.

dimanche 20 septembre 2026

Le leadership à l’écoute des saisons


Marcher dans la nature au moment où l’été commence à céder sa place à l’automne rappelle que le changement n’a pas toujours besoin d’être provoqué. Certaines feuilles rougissent pendant que d’autres demeurent encore profondément vertes; les fleurs tardives côtoient déjà les semences. Le leadership contemplatif commence peut-être par cette capacité à voir ce qui est en train de devenir, avant de décider ce qu’il faudrait faire. Comme dans la marche, il s’agit parfois de ralentir suffisamment pour remarquer les signes discrets d’une transition déjà à l’œuvre.

Le changement de saison enseigne aussi une forme de leadership moins attachée à la maîtrise. L’arbre ne retient pas ses feuilles pour préserver ce qui était, pas plus qu’il ne précipite l’automne pour atteindre ce qui vient. Il participe au mouvement. Le leader contemplatif apprend lui aussi à discerner ce qui demande à être préservé, ce qui peut être laissé aller et ce qui cherche doucement à émerger. Diriger devient alors moins une manière d’imposer une direction qu’une qualité de présence au mouvement du vivant.

jeudi 17 septembre 2026

Entre deux saisons


Il y a des jours où l’été n’est pas encore tout à fait parti et où l’automne est pourtant déjà là. Les fruits sont encore abondants, le ciel garde quelque chose de la lumière estivale, mais quelques feuilles jaunissent et annoncent discrètement le changement. La nature ne semble pas pressée de choisir entre les deux saisons. Elle nous rappelle que les transitions ne sont pas toujours des frontières nettes : elles sont souvent des temps de coexistence, où ce qui s’achève demeure encore un peu pendant que ce qui vient commence déjà à apparaître.

Peut-être en est-il ainsi de nos propres passages. Nous voudrions parfois savoir exactement quand une étape est terminée et quand la suivante commence. Pourtant, grandir, vieillir, quitter, recommencer ou faire son deuil nous place souvent dans cet entre-deux où l’ancien et le nouveau partagent momentanément le même espace. Il ne s’agit alors ni de retenir l’été ni de précipiter l’automne, mais d’être suffisamment présent pour reconnaître ce qui mûrit, ce qui tombe et ce qui, silencieusement, se prépare à devenir autrement.

mercredi 16 septembre 2026

La paix comme troisième voie

 

Nous pouvons beaucoup penser la paix. Nous pouvons lire sur la non-violence, apprendre à mieux communiquer, parler d’écoute, de dialogue et de réconciliation. Tout cela est précieux, mais quelque chose se joue lorsque la paix quitte le domaine des idées pour entrer dans une relation réelle, surtout lorsque celle-ci devient difficile. Être artisan de paix ne signifie pas éviter le conflit, céder pour préserver l’harmonie ou chercher à convaincre l’autre. C’est apprendre à entrer dans le désaccord autrement : dire ce qui doit être dit sans humilier, poser une limite sans écraser, écouter sans disparaître, résister sans reproduire la violence que l’on cherche précisément à interrompre.

La paix devient alors moins une position que nous défendons qu’une manière d’habiter la relation. Elle demande parfois de parler et parfois de se taire, parfois de rester et parfois de prendre distance. Elle exige surtout du discernement : quel geste, ici et maintenant, pourrait empêcher que le conflit nous enferme dans l’alternative entre soumission et domination? La troisième voie n’est donc pas nécessairement un compromis entre deux extrêmes. Elle peut être l’apparition d’une possibilité qui n’existait pas encore, rendue possible parce qu’une personne accepte de ne pas traiter l’autre comme un ennemi, sans pour autant renoncer à sa propre dignité.

mardi 15 septembre 2026

Devenir mentor communautaire : apprendre à marcher aux côtés de l’autre

 

Aujourd’hui, à la Réserve écologique de la Forêt-la-Blanche, des personnes provenant de cinq organismes communautaires se réuniront pour approfondir ce que signifie devenir mentor communautaire. Dans ce milieu naturel propice au ralentissement et à l’écoute, la formation les invitera à explorer leur raison d’être, leur posture et leur manière d’entrer en relation. Être mentor ne consiste pas d’abord à transmettre des réponses, mais à offrir une présence attentive qui reconnaît la dignité, les capacités et le chemin singulier de chaque personne.

Tout au long de la journée, nous expérimenterons l’écoute, la réflexion, la marche et la conversation comme autant de façons d’apprendre à accompagner sans remplacer. Le mentorat communautaire prendra alors la forme d’un chemin construit ensemble : un parcours où les rôles et les limites sont clarifiés, où la confiance peut grandir à son rythme et où de nouvelles possibilités peuvent émerger. La rencontre de ces cinq organismes nous rappellera que l’accompagnement ne repose jamais sur une personne seule; il s’enracine dans une communauté capable de soutenir celles et ceux qui choisissent d’être présents aux moments qui comptent.

lundi 14 septembre 2026

Quand l’université apprend à écouter la longévité

 

Aujourd’hui se tient à l’Université d’Ottawa notre troisième journée de co-création autour de la longévité, des transitions de vie et du rôle que peuvent jouer les universités. Après une première journée d’écoute en juin et une rencontre de mise en résonance avec des chercheuses et chercheurs en août, nous revenons vers la communauté pour élargir la conversation. Nous voulons mieux comprendre ce que signifie continuer à apprendre tout au long de la vie, développer et maintenir des connexions significatives, vivre des relations entre les générations et continuer à contribuer lorsque les transitions deviennent des moments de redéfinition. Il ne s’agit pas encore de construire un programme, mais de créer les conditions pour que quelque chose puisse émerger à la rencontre des savoirs issus de la recherche, de l’expérience vécue et des communautés.

dimanche 13 septembre 2026

Le droit d’exister n’est jamais tout à fait acquis


Hier, je suis entré dans Coup de tonnerre — Thunderhead, le Monument national 2ELGBTQI+ à Ottawa. Je dis bien « entré », car cette œuvre ne se regarde pas seulement de l’extérieur : elle nous invite à nous placer sous sa vaste forme réfléchissante et à lever les yeux vers le ciel. Ce geste prend une profondeur particulière lorsqu’on se rappelle ce que le monument commémore. Pendant plusieurs décennies, des personnes ont été surveillées, interrogées, humiliées, privées de leur emploi ou contraintes de cacher une part essentielle d’elles-mêmes lors de ce que nous appelons aujourd’hui la purge LGBT au sein des institutions fédérales canadiennes. Ce passé n’est pourtant pas aussi lointain qu’on pourrait le souhaiter. Il nous rappelle qu’un droit que nous croyons acquis peut devenir fragile lorsque la peur de l’autre, la polarisation et le désir de désigner ceux qui appartiennent et ceux qui n’appartiennent pas, commencent à façonner nos institutions et nos conversations collectives.

C’est peut-être ce que j’ai ressenti avec le plus de force sous Coup de tonnerre : la démocratie ne se mesure pas seulement aux droits qu’elle proclame, mais à sa capacité de protéger la dignité de celles et ceux dont l’existence dérange les certitudes du moment. Dans un monde où les identités redeviennent parfois des lignes de fracture et où l’on semble de plus en plus tenté de réduire l’autre à une catégorie, une idéologie ou une menace, ce monument nous confie une responsabilité. Se souvenir de la purge LGBT ne consiste pas à regarder avec supériorité les erreurs d’une autre époque; c’est apprendre à reconnaître les mécanismes par lesquels une société peut progressivement rendre certaines existences suspectes, puis moins légitimes. Et, sous cette immense ouverture vers le ciel, une question demeure : savons-nous créer un monde assez vaste pour que l’autre puisse y exister sans avoir à nous ressembler?

samedi 12 septembre 2026

La carte n’est pas le territoire


Lorsque nous accompagnons quelqu’un, nous arrivons rarement les mains vides. Nous avons nos connaissances, nos expériences, nos modèles et parfois même nos propres blessures. Ces cartes peuvent être précieuses : elles nous aident à reconnaître certains passages et à ne pas nous perdre complètement devant la complexité de ce que l’autre traverse. Mais elles deviennent dangereuses lorsqu’elles nous font croire que nous connaissons déjà son chemin. Deux personnes peuvent perdre leur conjoint et habiter cette perte de façons radicalement différentes. Une personne proche aidante peut ressentir une immense tristesse au décès de son proche; une autre peut éprouver simultanément tristesse, soulagement et culpabilité. Devant l’une qui se tait, je pourrais penser qu’elle « refoule » sa peine; devant l’autre qui recommence à rire, qu’elle avance rapidement dans son deuil. Pourtant, ni son silence ni son rire ne me disent encore ce que signifie pour elle ce qu’elle est en train de vivre.

Accompagner demande alors une forme particulière d’humilité : tenir suffisamment à nos cartes pour qu’elles nous orientent, mais suffisamment peu pour continuer à regarder le territoire qui se révèle devant nous. Je peux connaître les théories du deuil sans chercher à déterminer dans quelle étape se trouve l’autre. Je peux avoir accompagné cent personnes proches aidantes sans présumer de ce que vit la cent-unième. Je peux reconnaître un sentier que j’ai moi-même emprunté sans conclure qu’il mène au même endroit pour elle. La compétence de l’accompagnant ne réside donc peut-être pas seulement dans ce qu’il sait, mais dans sa capacité à laisser momentanément son savoir en arrière-plan pour demander : Qu’est-ce que cela représente pour vous? Qu’est-ce qui est différent aujourd’hui? De quoi avez-vous besoin maintenant? La carte reste dans notre poche. Devant nous, cependant, il y a une personne et un territoire encore à découvrir.

vendredi 11 septembre 2026

La peine ne se répare pas, elle s’accompagne


Devant le deuil d’une personne que nous aimons, notre premier mouvement est souvent de vouloir faire quelque chose : trouver les bons mots, rassurer, alléger la peine, proposer une solution. Pourtant, certaines souffrances ne demandent pas d’abord une réponse. Elles demandent une présence. Accompagner, c’est parfois accepter de ne pas pouvoir changer ce qui est arrivé et demeurer là malgré tout. Écouter sans expliquer, accueillir les larmes sans chercher à les arrêter, prononcer le nom de la personne disparue, partager un silence : ces gestes simples reconnaissent que le deuil possède son propre rythme et que la relation avec la personne absente peut continuer à vivre autrement.

Cette présence devient encore plus précieuse avec le temps. Après les premiers jours, lorsque les appels se font plus rares et que la vie reprend autour de la personne endeuillée, son chemin, lui, continue. C’est peut-être là que la communauté retrouve une responsabilité essentielle : se souvenir, revenir, inviter, écouter encore. Nous n’avons pas besoin d’être spécialistes du deuil pour prendre soin les un.es des autres. Nous pouvons apprendre à reconnaître nos limites, à passer le relais lorsque davantage de soutien est nécessaire et, surtout, à ne pas confondre accompagner avec prendre en charge. Une communauté qui sait accompagner n’enlève pas le poids du deuil : elle offre des épaules, des présences et des espaces pour que personne ne soit obligé de le porter toujours seul.e.

mercredi 9 septembre 2026

Le corps que je suis

 

Le corps que j’ai me rappelle que je vieillis. Il suffit d’un miroir, d’un escalier devenu un peu plus exigeant ou d’un matin où mes articulations prennent quelques minutes avant de consentir à la journée. La médecine peut mesurer ce corps, le photographier, le réparer parfois. Elle peut me dire ce qui change en lui. Mais elle ne peut pas entièrement me dire ce que signifie devenir cet homme ou cette femme dont le corps porte maintenant tant d’années vécues.

Car il existe un autre corps : le corps que je suis. Celui-là ne se regarde pas de l’extérieur. Il se découvre lorsque je sens le soleil sur mon visage, lorsque ma respiration ralentit devant un lac, lorsque la main d’une personne aimée rencontre la mienne. Peut-être que vieillir commence véritablement lorsque je cesse de demander seulement à mon corps pourquoi il n’est plus celui d’autrefois et que je commence à lui demander : « Qu’as-tu appris de la vie que je n’ai pas encore entendu? » Le corps que j’ai me rappelle que je vieillis. Le corps que je suis m’apprend comment habiter ce vieillissement.

mardi 8 septembre 2026

La prudence n’est pas la fermeture

 

Après avoir été blessés, déçus ou simplement éprouvés par la vie, nous pouvons devenir plus prudents dans nos relations. Cette prudence n’est pas nécessairement une fermeture. Elle peut même témoigner d’une certaine maturité : nous apprenons à reconnaître nos limites, à ne plus accorder notre confiance trop rapidement et à discerner ce qui nous fait du bien de ce qui nous fragilise. La prudence ne dit pas nécessairement « non » à la relation; elle dit plutôt : « pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix ». Elle nous permet de demeurer ouverts tout en prenant soin de ce qui est vulnérable en nous.

La fermeture commence peut-être lorsque la protection devient si importante qu’elle ne protège plus seulement notre vulnérabilité, mais nous empêche aussi d’être touchés, surpris ou transformés par la rencontre. La différence peut sembler mince : une porte fermée et un mur protègent tous les deux, mais la porte conserve la possibilité de s’ouvrir. Voilà peut-être une question à nous poser lorsque nous érigeons une limite : est-ce que cette limite m’aide à demeurer libre dans la relation, ou m’évite-t-elle désormais toute relation? La posture juste ne consiste ni à tout laisser entrer ni à ne plus rien laisser entrer. Elle consiste à apprendre, avec le temps, quand ouvrir la porte, quand la refermer… et quand simplement rester un moment sur le seuil.

dimanche 6 septembre 2026

Le corps, notre première demeure


Nous parlons parfois de notre corps comme de quelque chose que nous possédons : il faut l’entretenir, le nourrir, le soigner, le garder en forme. Pourtant, le corps n’est pas simplement un objet que j’ai, ni un véhicule qui transporterait mon esprit d’un endroit à l’autre. Il est le lieu premier depuis lequel je rencontre le monde. C’est par lui que je ressens la chaleur du soleil, la fatigue d’une longue journée, la proximité d’une personne aimée, l’inquiétude qui serre la poitrine ou cette respiration qui, soudainement, devient plus profonde. Avant même que je puisse expliquer ce qui m’arrive, mon corps est déjà en conversation avec le réel.

Peut-être est-ce pour cela que certaines pratiques de méditation donnent l’étrange impression de « revenir au corps », presque comme si l’on revenait à la maison. Il ne s’agit pourtant pas de retrouver un corps que nous aurions quitté, mais de redevenir attentifs à celui que nous n’avons jamais cessé d’être. Et plus les années passent, plus cette demeure se transforme : elle ralentit parfois, devient vulnérable, porte les traces de notre histoire et nous rappelle nos limites. Vieillir pourrait alors être autre chose que lutter pour conserver le corps d’hier : apprendre à rencontrer la vie depuis le corps que nous sommes aujourd’hui. Peut-être que nourrir notre vie intérieure commence précisément là, non pas en nous éloignant du corps, mais en revenant doucement à lui.

samedi 5 septembre 2026

Être pleinement présent à la vie

 

Il arrive un moment où l’on ressent moins le besoin de courir après la vie que celui de s’y rendre pleinement présent. Regarder par la fenêtre, laisser entrer la lumière, observer les arbres, sentir le temps passer sans chercher à le retenir. Peut-être que l’épanouissement humain commence là : non pas dans l’accumulation des expériences ou des réalisations, mais dans une qualité de présence à ce qui est déjà là. Vieillir peut alors devenir autre chose qu’une avancée dans le temps : une invitation à approfondir notre relation à soi, aux autres et au monde.

La nature nous rappelle doucement que la vie est faite de saisons. Certaines nous demandent de croître, d’autres de porter fruit, d’autres encore de laisser aller ce qui n’a plus à être porté. Avec les années, je découvre que la question n’est peut-être plus seulement : « Qu’est-ce que je veux accomplir? », mais aussi : « Qu’est-ce que la vie m’invite maintenant à accueillir, à transmettre et à devenir? » Entre enracinement et ouverture, l’épanouissement apparaît alors moins comme une destination que comme une manière consciente, relationnelle et reconnaissante d’être en relation avec la vie.