mercredi 28 octobre 2026

L’Explorateur des Possibles : celui qui apprit à ne plus chercher le chemin

 

On raconte qu’un homme avait passé une grande partie de sa vie à parcourir des chemins, à rencontrer des gens et à accompagner des communautés dans leurs passages difficiles. Il avait appris beaucoup de choses, parfois dans les livres, mais surtout auprès de celles et ceux qui lui avaient confié leurs histoires. Un matin d’automne, alors que le soleil se levait sur la rivière des Outaouais, il s’arrêta sur une pierre pour contempler l’eau qui coulait devant lui. Ses parents étaient originaires du Témiscamingue, lui était né en Abitibi, et depuis son enfance, il n’avait cessé de faire des allers-retours entre le Québec et l’Ontario. Aujourd’hui encore, il traversait régulièrement cette rivière, parfois dans un sens, parfois dans l’autre, comme si ces passages faisaient partie de sa manière d’habiter le monde. Il portait un vieux chapeau, une cape verte, une boussole et un sac à dos rempli de souvenirs. À ses côtés reposait une petite lanterne. Il regarda longuement la rivière, puis lui demanda : « Après toutes ces années, comment savoir si je suis encore sur le bon chemin? » La rivière poursuivit doucement son cours avant de lui répondre : « Pourquoi cherches-tu encore un chemin? Regarde-moi. Depuis toujours, tu me traverses, mais as-tu remarqué que je ne sépare pas seulement les rives? Je les relie aussi. J’accueille d’autres eaux, je contourne les obstacles, je traverse des territoires sans jamais leur demander de devenir semblables. Et pourtant, je demeure une rivière. Peut-être que ta vocation ressemble davantage à mon mouvement qu’à une destination. »

L’homme demeura silencieux. Il pensa aux personnes qu’il avait accompagnées, aux communautés qui cherchaient à retrouver confiance, aux jeunes qui inventaient leur avenir et aux aînés qui apprenaient à vivre autrement. Il se souvint aussi de tous ces passages entre deux provinces, deux langues, deux cultures, deux façons de voir le monde. Il comprit alors que sa boussole ne servait pas à indiquer aux autres la direction à prendre, mais à lui rappeler de demeurer fidèle à sa posture. Sa lanterne n’était pas destinée à éclairer toute la route, seulement à offrir assez de lumière pour permettre une prochaine rencontre. Et son sac à dos, qu’il avait longtemps rempli de connaissances et de réponses, devait désormais conserver suffisamment d’espace pour les histoires qu’il n’avait pas encore entendues. Avant de reprendre sa marche, il posa une dernière question à la rivière : « Et si je ne sais plus quoi faire? » Elle lui répondit : « Alors, demeure présent. Écoute. Reconnais ce qui est déjà vivant. Tu as passé tant d’années à traverser mes eaux. Peut-être est-il temps de reconnaître que tu es aussi devenu un passeur, non pas celui qui transporte les autres à leur place, mais celui qui les aide à découvrir qu’ils peuvent traverser. » L’homme sourit. Pour la première fois depuis longtemps, il n’éprouvait aucune urgence à arriver quelque part. Le soleil montait doucement au-dessus de l’eau. Il prit sa lanterne, ajusta son sac à dos et se remit en marche. Il était toujours l’Explorateur des Possibles, mais il venait de découvrir quelque chose d’essentiel : les passages ne sont pas seulement des lieux que l’on traverse. Ils peuvent devenir des lieux où l’on apprend à se rencontrer, à se reconnaître et à construire ensemble ce qui n’existait pas encore.

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