Pendant longtemps, j’ai cru que donner voulait dire aller au bout de moi-même.
Dire oui. Encore. Être disponible. Répondre. Tenir.
Je pensais que c’était ça, aimer. Accompagner. Être présent.
Et puis, un jour, la fatigue s’est installée.
Pas une fatigue spectaculaire.
Une fatigue discrète, silencieuse. Celle qui s’accumule quand on donne sans toujours se demander si on peut encore donner.
Je me suis surpris à me poser une question simple, presque inconfortable :
Est-ce que ce que je donne est vraiment libre?
Je voyais bien deux façons de donner autour de moi.
Donner pour recevoir quelque chose en retour, de la reconnaissance, de l’affection, un merci.
Ou donner parce que “c’est vrai”, parce que “c’est bien”, sans trop regarder ce que ça coûte.
Mais aucune de ces deux voies ne me permettait de respirer pleinement.
Alors j’ai commencé à chercher ailleurs.
Pas une troisième option brillante.
Un endroit plus calme. Plus honnête.
J’ai compris que le don juste commence par le consentement.
Pas celui qu’on donne aux autres.
Celui qu’on se donne à soi-même.
Être capable de dire oui sans me perdre.
Être capable de dire non sans me sentir coupable.
Ce n’est pas évident.
Mais c’est libérateur.
J’ai aussi compris que toutes les relations ne sont pas égales.
Quand on accompagne, quand on prend soin, quand on enseigne, on donne souvent plus.
Le problème n’est pas là.
Le problème, c’est quand on se sent obligé de combler cette différence par le sacrifice.
Aujourd’hui, j’essaie de donner sans me vider.
Sans m’effacer.
Sans croire que plus je donne, plus je suis juste.
Je fais aussi attention à une chose essentielle : l’effet de mon don.
Pas seulement mon intention, mais ce que ça produit.
Est-ce que ça soutient l’autre?
Est-ce que ça me respecte, moi aussi?
Quand la réponse est oui, je sens une paix tranquille.
Le don n’est plus lourd.
Il circule.
Je crois maintenant que le don le plus juste n’est ni calculé ni héroïque.
Il est ajusté.
Et c’est souvent à cet endroit précis que donner cesse d’épuiser…
et commence à transmettre.

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