À la suite des discussions de la fin de semaine avec des étudiantes et des étudiants, une impression est restée. Pas une plainte claire. Plutôt un malaise partagé, difficile à nommer. Plusieurs parlaient de travail, d’études, de projets. Tout semblait en ordre. Et pourtant, quelque chose sonnait creux.
Ce qui revenait, sans toujours être dit ainsi, c’était cette expérience étrange de faire beaucoup, sans sentir que cela compte vraiment. Des tâches accomplies correctement, parfois même avec succès, mais qui ne laissent aucune trace intérieure. Comme si le temps passait, sans vraiment être habité.
Quand on passe ses journées à faire des choses que l’on sait vides de sens, le problème ne se voit pas tout de suite. Il s’installe doucement. Une fatigue qui ne disparaît pas avec le repos. Une impression de jouer un rôle plutôt que de participer. Peu à peu, on apprend à se couper. Une partie de soi agit. Une autre se met en retrait.
Cette coupure ne reste pas enfermée à l’intérieur. Elle se glisse dans les relations. On échange, on collabore, on communique. Mais on se touche peu. Les liens deviennent pratiques, efficaces, rapides. On est ensemble, sans vraiment se rencontrer. La solitude ne vient pas de l’absence de monde, mais de l’absence de ce qui compte.
Et plus profondément encore, quelque chose se perd du côté du sens. Les êtres humains ont besoin de sentir que leur énergie est offerte à plus grand qu’eux. Une communauté. Une contribution réelle. Un avenir à construire. Quand ce lien disparaît, la vie devient lourde. On ne choisit plus vraiment. On tient.
Ce qui m’a frappé dans ces échanges, ce n’est pas un manque de motivation, mais un manque de lieux où le sens peut se dire. Peut être que la première étape n’est pas de trouver de meilleures réponses, mais d’oser nommer ce qui est vide. De ralentir. De redonner de la valeur à ce qui nourrit vraiment la vie humaine.

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