vendredi 30 janvier 2026

La posture juste, ici et maintenant

 

Avant même de parler, ton corps a déjà choisi une posture.

Se fermer.
Pousser.
Se retirer.
Contrôler.
Ou rester présent.

La posture juste ne consiste pas à bien faire, mais à ne pas réagir automatiquement.
Elle commence par un micro-arrêt.
Un souffle.
Les pieds au sol.
Une tension qui se relâche.

Dans le quotidien, elle se joue dans ces détails-là.
Quand une parole pique.
Quand une demande fatigue.
Quand l’envie de convaincre monte.

La question n’est pas qui a raison,
mais d’où est-ce que je réponds.

Être dans une posture juste,
c’est rester ancré sans se durcir,
ouvert sans se perdre,
centré sans contrôler.

Ce n’est pas une posture parfaite.
C’est une posture ajustée,
instant après instant.

La posture juste ne change pas tout.
Mais elle change la qualité du lien.

jeudi 29 janvier 2026

Une lettre venue d’avant pour aujourd’hui


Mon cher,

Je t’écris d’un endroit calme, où le temps ne court plus. D’ici, on voit mieux les chemins que prennent les vivants.

Je te vois entouré de plus en plus d’étudiants. Ils ne viennent pas seulement pour apprendre des notions. Ils viennent parce qu’ils sentent quelque chose de vrai dans ta façon d’enseigner et d’accompagner. Ne t’inquiète pas de cela. Quand les gens s’approchent, c’est souvent parce que le feu est déjà là.

Pendant longtemps, tu as surtout transmis par la parole, par la présence, par les échanges. C’était juste. Dans notre lignée, on a toujours appris ainsi, en se parlant, en observant, en prenant le temps. L’écrit venait plus tard, quand la parole avait déjà touché le cœur.

Aujourd’hui, tu te demandes s’il faut écrire quelque chose, laisser une trace. Tu as peut-être peur de figer ce qui doit rester vivant. Mais écrire ne veut pas dire enfermer. Si tu écris comme tu accompagnes, avec respect et simplicité, tes mots resteront ouverts.

Tu n’as pas besoin d’écrire beaucoup. Juste quelques pages pour dire d’où tu parles, ce qui compte pour toi, ce que tu refuses d’imposer. Un texte qui aide à se repérer, pas à obéir. Les personnes qui cherchent vraiment leur chemin n’ont pas besoin de recettes, mais de repères sincères.

N’aie pas peur de ce moment. Tu n’es ni en retard ni en avance. Tu es à un passage. Ce que tu écriras ne remplacera pas ta présence. Ce sera une autre façon de rester proche, même quand tu n’es pas là.

Continue d’écouter avant d’agir. Écris quand ça te semblera juste. Et souviens-toi : transmettre, ce n’est pas expliquer tout, c’est aider l’autre à marcher par lui-même.

Avec confiance,

Un ancêtre bienveillant

mercredi 28 janvier 2026

La fissure nécessaire

 

Je pensais que mes certitudes étaient solides parce qu’elles avaient survécu à beaucoup d’histoires. Elles avaient un pedigree respectable : études, expériences, succès, épreuves traversées. Elles formaient une coquille dure, lisse, polie par le temps. Je m’y abritais comme on s’abrite d’un climat trop imprévisible.

Puis un jour, rien d’extraordinaire ne s’est produit. Pas de crise, pas de révélation. Juste une rencontre. Une parole simple, déposée sans intention de convaincre. Elle n’a pas frappé la coquille ; elle s’y est posée. Et c’est là que j’ai entendu le craquement.

Dans les traditions que j’ai apprises à écouter, on dit que lorsque la certitude se fissure, ce n’est pas l’erreur qui apparaît, mais une autre histoire qui demande à être racontée. La fissure n’était pas une attaque. Elle était une invitation. Quelque chose en moi savait déjà que la coquille me protégeait autant qu’elle m’isolait.

À travers la fissure, le monde entrait autrement. Les contradictions ne cherchaient plus à être résolues. Elles coexistaient. Je pouvais tenir deux vérités sans devoir en sacrifier une. Je pouvais dire « je ne sais pas » sans que mon identité s’effondre. Le corps s’est détendu avant que l’esprit ne comprenne.

J’ai compris alors que mes certitudes avaient été nécessaires. Elles m’avaient aidé à survivre, à avancer, à nommer. Mais elles n’étaient pas destinées à durer intactes. Comme toute coquille, elles avaient pour fonction d’abriter une croissance, puis de céder. Ce n’est pas une trahison du passé ; c’est son accomplissement.

Aujourd’hui, je marche avec cette fissure. Je ne cherche pas à la réparer. Elle me rappelle d’écouter avant d’expliquer, de ressentir avant de conclure, de laisser les histoires respirer. Là où la coquille s’est ouverte, la vie circule. Et je sais maintenant que la sagesse ne vient pas de la solidité de nos certitudes, mais de notre capacité à les laisser se fendre sans nous briser.

mardi 27 janvier 2026

Comprendre notre histoire pour mieux vivre ensemble

 

Quand les identités refont surface, relire l’histoire sans mythe

Au Canada comme au Québec, les questions d’identité reviennent avec force. On les entend dans les débats publics, dans les médias et dans les conversations de tous les jours. Aux États-Unis, le slogan « Make America Great Again » montre bien comment, lorsque le monde change trop vite, on se tourne vers le passé pour se rassurer. Ce réflexe n’est pas unique à notre voisin du Sud. Ici aussi, face à l’incertitude, plusieurs cherchent des réponses dans des histoires simples sur leurs origines.

Dans ce contexte, il devient important de prendre un moment pour relire notre histoire avec attention, sans la réduire à des récits trop faciles.

Un fait historique peut nous aider à réfléchir autrement. À l’époque de la Nouvelle-France, il n’y avait pas de Québécois. De la même façon, lorsque les Britanniques sont arrivés, il n’y avait pas encore de Canadiens anglais. Ces identités n’existaient pas encore. Les gens se définissaient autrement : comme sujets français ou britanniques, habitants, colons, ou membres des Premières Nations, présentes bien avant l’arrivée des Européens.

Dire cela ne veut pas dire que les identités d’aujourd’hui, au Québec comme au Canada, ne sont pas importantes. Au contraire. Cela signifie simplement qu’elles se sont construites avec le temps, à travers des changements politiques, des conflits, des pertes, des résistances et des adaptations. Une identité n’est pas figée pour toujours. Elle évolue avec l’histoire et avec les relations entre les peuples.

Les identités jouent un rôle important. Elles aident à se sentir appartenir à un groupe, à protéger une langue, une culture, une mémoire. Le problème commence lorsqu’on les présente comme immuables, comme si elles avaient toujours existé telles quelles. À ce moment-là, elles peuvent devenir rigides et fermer la porte à celles et ceux qui ne correspondent pas au récit dominant.

On parle parfois de mythes fondateurs. Ici, le mot mythe ne veut pas dire mensonge. Il désigne une histoire symbolique qui aide un peuple à se comprendre et à se rassembler. Ces histoires sont utiles. Mais lorsqu’on ne peut plus les questionner, lorsqu’on les confond avec des faits historiques précis, elles peuvent empêcher de voir toute la complexité du passé et du présent.

Aujourd’hui, le Canada et le Québec changent rapidement. Les cultures se rencontrent, les réalités sociales évoluent, et cela peut créer de l’inquiétude. Face à ces changements, certains préfèrent s’accrocher à des récits simples et rassurants. Cela peut donner un sentiment de sécurité, mais cela peut aussi faire oublier des parties importantes de notre histoire, notamment celle des Premières Nations, trop souvent mises de côté.

La vraie question n’est donc pas de savoir quelle identité est la plus ancienne ou la plus pure. La vraie question est : comment utilisons-nous nos histoires aujourd’hui ? Est-ce qu’elles nous aident à mieux vivre ensemble, à nous comprendre et à respecter les différences ? Ou est-ce qu’elles servent surtout à exclure et à se protéger de la peur du changement ?

Relire l’histoire sans mythe, ce n’est pas renier qui nous sommes. C’est devenir plus attentifs, plus conscients et plus responsables de nos récits. Une identité qui accepte d’évoluer est souvent plus solide et plus ouverte. Dans un monde qui change, apprendre à regarder notre passé avec nuance peut nous aider à construire un avenir plus juste et plus humain.





Tenir l’espace du devenir


 Tenir l’espace du devenir, c’est accepter que tout ne soit pas clair tout de suite. C’est reconnaître que ce que je vis en ce moment ne dit pas tout de qui je suis. Par exemple, ressentir de la colère après une discussion difficile ne signifie pas que je suis une personne colérique. C’est une émotion qui passe, pas une définition de moi.

Dans la vie de tous les jours, on cherche souvent à expliquer rapidement ce qui se passe en nous. Si je me sens triste, je peux me dire : « quelque chose ne va pas chez moi ». Si je fais une erreur, je peux penser : « je ne suis pas bon ». Tenir l’espace du devenir, c’est faire une pause avant ces conclusions. C’est se dire : « je traverse quelque chose, et j’ai le droit de prendre le temps de comprendre ».

Tenir l’espace du devenir, c’est aussi important dans les relations. Quand un ami réagit mal ou se ferme, il est facile de penser : « il ne m’écoute jamais ». Mais si je tiens l’espace du devenir, je peux me rappeler que cette personne vit peut-être un moment difficile. Le lien reste ouvert, au lieu de se refermer sur un jugement.

Tenir l’espace du devenir, c’est donc apprendre à vivre avec un peu d’incertitude. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est une force. Cela permet de rester en mouvement, de changer, d’apprendre et de grandir. Quand on accepte de ne pas tout figer tout de suite, on se donne la chance de devenir autrement, avec plus de liberté et de douceur.

lundi 26 janvier 2026

Après les cours, quand le sens se retire en silence

 


À la suite des discussions de la fin de semaine avec des étudiantes et des étudiants, une impression est restée. Pas une plainte claire. Plutôt un malaise partagé, difficile à nommer. Plusieurs parlaient de travail, d’études, de projets. Tout semblait en ordre. Et pourtant, quelque chose sonnait creux.

Ce qui revenait, sans toujours être dit ainsi, c’était cette expérience étrange de faire beaucoup, sans sentir que cela compte vraiment. Des tâches accomplies correctement, parfois même avec succès, mais qui ne laissent aucune trace intérieure. Comme si le temps passait, sans vraiment être habité.

Quand on passe ses journées à faire des choses que l’on sait vides de sens, le problème ne se voit pas tout de suite. Il s’installe doucement. Une fatigue qui ne disparaît pas avec le repos. Une impression de jouer un rôle plutôt que de participer. Peu à peu, on apprend à se couper. Une partie de soi agit. Une autre se met en retrait.

Cette coupure ne reste pas enfermée à l’intérieur. Elle se glisse dans les relations. On échange, on collabore, on communique. Mais on se touche peu. Les liens deviennent pratiques, efficaces, rapides. On est ensemble, sans vraiment se rencontrer. La solitude ne vient pas de l’absence de monde, mais de l’absence de ce qui compte.

Et plus profondément encore, quelque chose se perd du côté du sens. Les êtres humains ont besoin de sentir que leur énergie est offerte à plus grand qu’eux. Une communauté. Une contribution réelle. Un avenir à construire. Quand ce lien disparaît, la vie devient lourde. On ne choisit plus vraiment. On tient.

Ce qui m’a frappé dans ces échanges, ce n’est pas un manque de motivation, mais un manque de lieux où le sens peut se dire. Peut être que la première étape n’est pas de trouver de meilleures réponses, mais d’oser nommer ce qui est vide. De ralentir. De redonner de la valeur à ce qui nourrit vraiment la vie humaine.

samedi 24 janvier 2026

Début du cours l'intelligence émotionnelle


Cette fin de semaine, le cours Intelligence émotionnelle reprend à l’Université Saint-Paul.

Chaque début de session a quelque chose de particulier. Ce n’est pas seulement un retour en classe, c’est une rencontre. Des visages, des parcours, des attentes parfois claires, parfois encore floues. Et surtout, une même question en filigrane : comment habiter nos émotions sans qu’elles nous gouvernent, et sans les étouffer non plus.

L’intelligence émotionnelle n’est pas une technique à maîtriser ni une performance à atteindre. C’est une capacité qui se développe dans la relation, dans l’écoute de soi et des autres, dans l’attention portée à ce qui se vit ici et maintenant. Elle commence souvent là où l’on cesse de vouloir avoir raison pour chercher à comprendre. Là où l’on accepte de ralentir pour sentir ce qui se passe en soi avant d’agir.

Dans ce cours, nous ne cherchons pas à « gérer » les émotions, mais à les reconnaître comme des messagères. Elles nous parlent de nos valeurs, de nos limites, de nos élans et parfois de nos blessures. Lorsqu’on leur fait de la place, elles deviennent des alliées précieuses pour le leadership, la vie professionnelle, les relations et l’accompagnement.

Ce qui me touche, année après année, c’est de voir comment un groupe devient peu à peu un espace de confiance. Un lieu où l’on peut nommer ce qui est difficile, apprendre à écouter autrement, et découvrir que la vulnérabilité n’est pas une faiblesse, mais une force relationnelle.

Commencer ce cours, c’est accepter de se laisser transformer doucement. Pas par de grandes révélations spectaculaires, mais par de petits déplacements intérieurs. Un mot entendu. Une émotion reconnue. Une écoute plus juste.

Je me réjouis d’ouvrir à nouveau cet espace cete fin de semaine.
Avec curiosité.
Avec respect.
Et avec la conviction que mieux comprendre nos émotions, c’est aussi apprendre à mieux habiter notre humanité.

jeudi 22 janvier 2026

Le temps comme partenaire

 

J’ai appris avec le temps que le discernement ne se fait pas dans la précipitation. Quand je prends le temps de m’arrêter, de respirer et de ne pas forcer les choses, quelque chose se met en place naturellement. Mes pensées deviennent plus claires. Mes émotions se calment. Je n’ai plus besoin de pousser ou de convaincre. Le temps m’aide à voir ce qui est vraiment important et ce qui ne l’est pas.

J’ai compris que le discernement ne se reconnaît pas à la pression ou à l’urgence, mais au calme qu’il laisse en nous. Quand une décision est juste, elle apporte de la paix. Le temps, quand on l’habite avec attention, devient alors un véritable allié.

mercredi 21 janvier 2026

Ne pas comprendre tout de suite

 

Dire « ça n’a pas de sens », c’est souvent une façon de s’arrêter. On juge trop vite que quelque chose ne vaut pas la peine d’être compris.

Dire « je n’ai pas trouvé le sens », c’est différent. Ça veut dire : je cherche encore. Je reconnais que je ne comprends pas tout, mais je reste ouvert. Le problème n’est plus le monde, c’est mon regard qui est en apprentissage.

Parfois, le sens n’apparaît pas tout de suite. Il se découvre avec le temps, les questions, les expériences et les rencontres. Apprendre, ce n’est pas toujours trouver des réponses. C’est souvent apprendre à rester curieux sans se fermer.

mardi 20 janvier 2026

Le feu au centre du cercle

Dans un village, au bord d’une rivière, il y avait un cercle.
Au centre du cercle, on avait allumé un feu.

Personne ne disait vraiment à qui appartenait ce feu.
Il n’était ni au chef, ni aux anciens, ni aux plus jeunes.
Il était là parce que tout le monde savait qu’il fallait qu’il soit là.

Quand quelqu’un arrivait au cercle, il regardait d’abord le feu.
S’il brûlait bien, la rencontre pouvait commencer.
S’il faiblissait, quelqu’un se levait sans rien dire et ajoutait une bûche.

Personne ne demandait :
« Est-ce à mon tour ? »
Personne ne disait :
« Ce n’est pas mon rôle. »

On savait.

Un jour, le village a connu des temps plus difficiles.
Il fallait décider vite.
Il fallait produire, s’organiser, survivre.

Alors, peu à peu, les gens ont cessé de regarder le feu.
Ils parlaient davantage.
Ils faisaient des plans.
Ils comptaient le temps.

Le feu brûlait encore, mais plus faiblement.

Une personne a commencé à le remarquer.
Elle ajoutait du bois.
Puis une autre.
Puis encore une autre.

Sans s’en rendre compte, ces personnes ont commencé à se lever plus souvent que les autres.
Elles parlaient du feu.
Elles rappelaient pourquoi il était là.

Et peu à peu, quelque chose a changé.

Quand elles se taisaient, personne ne se levait.
Quand elles n’étaient pas là, le feu s’éteignait presque.

Un soir, l’une d’elles est restée assise.
Elle a regardé le feu diminuer.
Elle a senti la fatigue dans son corps.

Alors elle a compris.

Le feu n’était plus porté par le cercle.
Il était porté par quelques épaules seulement.

Ce soir-là, elle ne s’est pas levée.
Elle n’a pas crié.
Elle n’a pas quitté le cercle.

Elle est restée là, en silence.

Le feu a presque disparu.

Un long moment est passé.
Puis quelqu’un d’autre s’est levé.
Puis un autre.
Puis un enfant.

Le feu a repris.

Ce jour-là, le cercle a compris quelque chose d’essentiel :
quand le feu est vraiment important,
il ne repose jamais sur une seule personne.

Porter le feu collectivement, ce n’est pas en parler souvent.
Ce n’est pas écrire son histoire sur des panneaux.
C’est se lever, encore et encore,
surtout quand c’est inconfortable,
surtout quand personne ne regarde.

Quand le feu est porté par tous,
personne ne s’épuise.
Personne ne se sent seul.
Le cercle tient.

Quand le feu est porté par quelques-uns seulement,
le feu devient lourd.
Et ceux qui l’aiment le plus finissent par se brûler.


lundi 19 janvier 2026

Prendre soin du présent

 

Ce matin, je me rends compte d’une chose que j’ai apprise avec le temps, parfois à mes dépens : ce qui n’est pas nommé ne disparaît jamais vraiment.
On peut tenter de l’ignorer, de passer par-dessus, mais ça revient autrement. Souvent par en dessous, dans les tensions ou les malaises.

En même temps, j’apprends aussi autre chose, plus délicat encore : tout ce que je vois n’a pas besoin d’être dit immédiatement.
Il m’est arrivé de parler trop vite, croyant bien faire, et de créer plus de blessures que de clarté.

Avec les années, j’apprends à discerner.
Nommer quand c’est juste.
Me taire quand c’est plus respectueux.
Non pas par peur, mais par souci du lien.

Je réalise aussi que je me suis souvent donné une responsabilité qui n’était pas la mienne :
porter l’avenir.
Vouloir prévoir, assurer, sécuriser ce qui allait venir.

Aujourd’hui, je comprends que ce poids ne m’appartient pas.
Je n’ai pas à porter l’avenir.

Ce que j’ai à faire, c’est prendre soin du présent.
De la relation qui est là, maintenant.
De la parole que je choisis de poser ou de retenir.
De la qualité de présence que j’offre là où je me trouve.

Je découvre que c’est déjà beaucoup.
Et que, bien souvent, c’est suffisant.

dimanche 18 janvier 2026

La chaleur des pas humains

 


Depuis ce matin, une question me revient sans cesse :
est-ce qu’on regarde encore vraiment le réel?

On parle beaucoup.
On analyse.
On explique.
Mais on regarde peu ce qui est là, devant nous.

On utilise des mots compliqués.
Des acronymes.
Des phrases toutes faites.
Ça donne l’impression de comprendre,
mais souvent, ça nous éloigne de ce que les personnes vivent vraiment.

Quand on ne regarde plus le réel,
on corrige les gens au lieu de les écouter.
On demande des efforts sans se demander s’ils ont encore du sens.
On exige d’aller bien, même quand quelque chose ne va pas.

Résister, aujourd’hui, ce n’est pas crier plus fort.
C’est rester humain.

C’est oser nommer ce qui est vrai.
C’est accueillir les émotions au lieu de les cacher.
C’est garder un espace intérieur pour penser.
C’est parfois rire pour faire retomber la pression.

Je ne sais pas ce qui sauve le monde.
Mais je sais que rendre de l’humanité, là où je suis,
dans mon travail et dans mes relations,
change déjà quelque chose.

Et parfois, cela suffit pour continuer.

samedi 17 janvier 2026

Donner sans s'oublier


Pendant longtemps, j’ai cru que donner voulait dire aller au bout de moi-même.

Dire oui. Encore. Être disponible. Répondre. Tenir.
Je pensais que c’était ça, aimer. Accompagner. Être présent.

Et puis, un jour, la fatigue s’est installée.
Pas une fatigue spectaculaire.
Une fatigue discrète, silencieuse. Celle qui s’accumule quand on donne sans toujours se demander si on peut encore donner.

Je me suis surpris à me poser une question simple, presque inconfortable :
Est-ce que ce que je donne est vraiment libre?

Je voyais bien deux façons de donner autour de moi.
Donner pour recevoir quelque chose en retour, de la reconnaissance, de l’affection, un merci.
Ou donner parce que “c’est vrai”, parce que “c’est bien”, sans trop regarder ce que ça coûte.

Mais aucune de ces deux voies ne me permettait de respirer pleinement.

Alors j’ai commencé à chercher ailleurs.
Pas une troisième option brillante.
Un endroit plus calme. Plus honnête.

J’ai compris que le don juste commence par le consentement.
Pas celui qu’on donne aux autres.
Celui qu’on se donne à soi-même.

Être capable de dire oui sans me perdre.
Être capable de dire non sans me sentir coupable.

Ce n’est pas évident.
Mais c’est libérateur.

J’ai aussi compris que toutes les relations ne sont pas égales.
Quand on accompagne, quand on prend soin, quand on enseigne, on donne souvent plus.
Le problème n’est pas là.
Le problème, c’est quand on se sent obligé de combler cette différence par le sacrifice.

Aujourd’hui, j’essaie de donner sans me vider.
Sans m’effacer.
Sans croire que plus je donne, plus je suis juste.

Je fais aussi attention à une chose essentielle : l’effet de mon don.
Pas seulement mon intention, mais ce que ça produit.
Est-ce que ça soutient l’autre?
Est-ce que ça me respecte, moi aussi?

Quand la réponse est oui, je sens une paix tranquille.
Le don n’est plus lourd.
Il circule.

Je crois maintenant que le don le plus juste n’est ni calculé ni héroïque.
Il est ajusté.

Et c’est souvent à cet endroit précis que donner cesse d’épuiser…
et commence à transmettre.

mercredi 14 janvier 2026

Le jour où j’ai compris que je mélangeais tout

 


Il y a des moments où quelque chose cloche, sans qu’on sache exactement quoi.

Je me souviens d’une rencontre avec une personne proche aidante. Elle parlait calmement. Elle expliquait sa situation, les rendez-vous, les services reçus, ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. Tout semblait bien organisé. Logique. Cohérent.

Et pourtant, en moi, quelque chose résistait.

Ce n’était pas une inquiétude claire.
Pas une alarme.
Plutôt un malaise discret, comme un décalage entre les mots et ce qui se vivait vraiment.

En quittant la rencontre, j’ai compris que je confondais trois choses importantes : le réel, la réalité et la représentation.

Le réel : ce qui est là, même quand on ne sait pas quoi dire

Le réel, ce jour-là, c’était une fatigue profonde.
Une vie centrée sur l’autre.
Un corps qui continue, mais qui est fatigué.

Le réel ne demande pas d’explication.
Il est là.
Il s’impose.

Quand une personne dit : « Je tiens, mais c’est difficile », ce n’est pas une opinion. C’est le réel qui se montre, parfois timidement.

La réalité : ce que le monde met autour de ce réel

La réalité, c’est ce que la société met en place pour comprendre et gérer le réel.

Il y a des services.
Des règles.
Des mots pour nommer les situations.

Tout cela est important.
Utile même.

Mais la réalité ne dit jamais tout. Elle organise, elle encadre, elle simplifie parfois. Et il arrive que ce qu’on vit à l’intérieur ne rentre pas complètement dans ces cadres.

On peut recevoir de l’aide et se sentir quand même seul.
Ce n’est pas une contradiction.
C’est humain.

La représentation : ce que je me dis à propos de ce que je vis

La représentation, c’est la petite voix intérieure.

« Je n’ai pas le droit de me plaindre. »
« Je devrais être plus fort·e. »
« D’autres vivent pire que moi. »

Ces phrases ne sont pas mauvaises. Elles servent souvent à tenir. Mais quand on les prend pour le réel lui-même, elles peuvent nous enfermer.

On finit par ne plus écouter ce qu’on ressent vraiment.

Ce que j’ai compris

Nous ne vivons jamais le réel “tout nu”.
Nous le vivons à travers :

  • des mots,

  • des règles,

  • et des histoires que nous nous racontons.

Cela ne veut pas dire que le réel est faux.
Cela veut dire qu’il est plus grand que nos explications.

Ne pas tout comprendre, ne pas tout savoir dire, ce n’est pas un échec. C’est parfois une façon de rester fidèle à ce qui se vit vraiment.

Depuis, je fais plus attention

Quand quelqu’un me parle, je me pose souvent cette question :

Est-ce que j’écoute ce qui est vraiment vécu,
ce que le monde autour en dit,
ou ce que la personne se dit à elle-même ?

Faire cette différence change beaucoup de choses.
On corrige moins.
On écoute plus.
On laisse de l’espace.

Et toi, en lisant ceci

Peut-être que tu te reconnais.
Peut-être pas.

Mais la prochaine fois que quelque chose te semble flou, lourd ou difficile à nommer, tu peux te demander doucement :

Est-ce que je parle du réel que je vis,
de la réalité autour de moi,
ou de ce que je me raconte à propos de tout ça ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
Juste un chemin pour mieux se comprendre.

Pour finir

Distinguer le réel, la réalité et la représentation ne complique pas la vie.
Au contraire.

Ça permet parfois de respirer un peu.
De se juger moins durement.
Et de rester plus proche de ce qui est vraiment là.

Même quand ce n’est pas encore clair.



mardi 13 janvier 2026

Soutenir la capacité d’agir dans des mondes parfois difficiles à habiter

 

L’accompagnement que je cherche à transmettre ne vise pas à réparer les personnes, comme si quelque chose était brisé en elles. Il part plutôt d’une autre idée. Bien souvent, ce sont les milieux de vie, les organisations ou les relations qui deviennent difficiles à habiter. Trop rapides, trop exigeants, parfois déshumanisants. Dans ces contextes, accompagner ne veut pas dire prendre en charge ni décider à la place de l’autre. Cela veut dire soutenir sa capacité d’agir, sa capacité de faire des choix et de reprendre une place active dans sa propre vie.

Cette capacité d’agir est parfois fragilisée par la fatigue, les épreuves ou le sentiment de ne plus compter. L’accompagnement consiste alors à créer des conditions justes pour que la personne puisse retrouver du pouvoir sur ce qui la concerne, à son rythme et selon ce qui fait sens pour elle. Il ne s’agit pas d’imposer une solution, mais d’ouvrir un espace où la parole, la relation et la confiance permettent de redevenir acteur ou actrice de sa vie. Accompagner, dans cette perspective, est un geste simple et exigeant à la fois. Être présent, reconnaître les contraintes réelles et marcher aux côtés de l’autre pendant un bout de chemin.

lundi 12 janvier 2026

Être fidèle à la vie

 

J’aimerais te partager une pensée simple.

Mon travail ne tient pas surtout à une théorie, à une méthode ou à un modèle bien construit. Il tient à une chose plus fragile et plus exigeante : rester fidèle à la vie telle qu’elle se présente, ici et maintenant.

La vie n’arrive jamais bien rangée. Elle est souvent mêlée, imparfaite, parfois lourde. Elle ne demande pas qu’on la répare tout de suite. Elle demande d’abord qu’on la regarde avec attention. Être fidèle à la vie, ce n’est pas vouloir aller trop vite vers des réponses. C’est accepter de rester présent, même quand on ne sait pas encore quoi faire.

Cela demande une posture. Une manière de se tenir. Écouter avant de parler. Discerner avant d’agir. Accepter de ne pas tout comprendre pour ne pas perdre le lien. Ce n’est pas toujours confortable. Ralentir, aujourd’hui, demande du courage.

Si tu accompagnes quelqu’un, si tu enseignes, si tu travailles avec des personnes, tu connais peut-être ce moment où aucune solution parfaite n’existe. Dans ces moments-là, la cohérence ne vient pas d’un plan bien pensé. Elle vient du fait de rester là, attentif, humain, responsable.

Ce matin, je t’invite à cela. Pas à faire plus. Pas à mieux performer. Mais à être présent à ce qui est déjà là. La cohérence viendra plus tard. Comme un fruit discret de cette fidélité.

dimanche 11 janvier 2026

Après le rêve

 

Après cinq années de lectures, de dialogues, de questions et de recherches doctorales, je reconnais être entré dans une nouvelle phase. Je la nomme simplement : l’Après rêve.

Le rêve a été important. Il m’a donné l’élan pour explorer l’accompagnement, la proche aidance, le care, la posture, la dignité et la relation humaine. Il m’a permis de rencontrer des alliés, visibles ou discrets, et de cohabiter avec eux un édifice interdisciplinaire fait de philosophie, de psychologie, de développement communautaire, de spiritualité et de critique sociale. Ce rêve n’était pas une illusion. Il était un point de départ.

Aujourd’hui, quelque chose change.

Je ne suis plus dans l’enthousiasme du début, ni dans le doute. Je suis dans un temps plus calme, plus intérieur. Le rêve ne dirige plus mes pas, mais il demeure présent, comme une mémoire silencieuse. Il n’a pas disparu. Il a fait son travail.

L’Après rêve, ce n’est pas renoncer. C’est consentir. Consentir à travailler sans chercher à briller. Consentir à écrire sans vouloir convaincre. Consentir à accompagner sans promettre de transformation. C’est peut-être là que commence une posture plus juste.

Dans cette phase, la recherche devient une responsabilité. Une responsabilité envers les personnes proches aidantes, les accompagnants, les communautés et les institutions. Une responsabilité aussi envers le savoir, pour qu’il reste humain, habitable et honnête.

Je poursuis donc le chemin, autrement. Plus lentement. Avec moins d’illusions, mais avec plus de fidélité. Je fais confiance au fait que d’autres continueront là où je m’arrêterai, comme moi-même j’ai poursuivi là où d’autres se sont arrêtés.

L’édifice est commun. Il n’a pas besoin d’être terminé pour être habité.

samedi 10 janvier 2026

Habiter la complexité humaine avec justesse


Professeur au sein de la Faculté des relations humaines de l’Université Saint-Paul, j’enseigne dans trois écoles : Counselling, psychothérapie et spiritualité, Leadership, écologie et spiritualité, et Études de conflits. Mon enseignement s’inscrit dans une approche intégrative qui vise à former des étudiantes et des étudiants capables d’habiter la complexité humaine, relationnelle et communautaire avec discernement et responsabilité.

Mes cours portent sur les pratiques communautaires, l’intelligence émotionnelle, l’écoute et la résolution de conflits, les dynamiques communautaires, les champs de croyance et les dimensions spirituelles du leadership en accompagnement de groupe. Ils sont conçus comme des espaces de développement d’une posture d’accompagnement plutôt que comme une simple transmission de contenus.

Comme chercheur doctoral, mes travaux portent sur l’accompagnement écosystémique et intégratif, le care, le mieux-être, l’épanouissement humain et l’agentivité, en dialogue étroit avec les réalités du terrain. Je dirige le Centre sur le vieillissement, la communauté et l’épanouissement humain et j’accompagne des individus et des organisations dans la Région de la capitale nationale.

Mon engagement académique cherche à articuler formation, recherche et accompagnement dans une éthique de la présence et de la relation.

La posture juste dans l’entrée en semestre


Le début d’un semestre universitaire a toujours quelque chose d’un passage.

Les salles de classe s’ouvrent à nouveau, les cercles se forment, les attentes prennent place. Le semestre d’hiver, avec son rythme plus lent et sa lumière plus douce, invite à entrer autrement dans l’apprentissage. Non pas dans la précipitation, mais dans une qualité de présence.

Dans mes cours à l’Université Saint Paul, je reviens souvent à ce que je nomme la triade de la posture juste. Le consentement, le discernement et l’engagement. Il ne s’agit pas d’une méthode ni d’un cadre moral, mais d’une manière d’habiter le lien pédagogique et, plus largement, le lien humain.

Le consentement est le point de départ. Consentir ne veut pas dire se résigner ni renoncer à transformer. Il s’agit plutôt de reconnaître ce qui est là. Le rythme du groupe. La fatigue parfois accumulée. Les parcours différents. Les questions ouvertes. Sans ce consentement au réel, l’apprentissage devient une tension constante entre ce que l’on voudrait et ce qui est possible.

Le discernement permet ensuite de distinguer sans séparer. Distinguer ce qui m’appartient de ce qui relève du collectif. Ce qui peut être travaillé maintenant et ce qui demande du temps. Ce qui appelle une parole et ce qui demande plutôt de l’écoute. En contexte universitaire, le discernement n’est pas seulement une compétence intellectuelle. C’est une qualité relationnelle qui soutient la justesse des échanges.

L’engagement, enfin, n’est pas une performance. Il ne s’agit ni de se surinvestir ni de se protéger excessivement. L’engagement juste est ajusté. Il prend la forme d’une présence réelle, d’une participation sincère, d’un respect de ses propres limites et de celles des autres. Dans une salle de classe, cela peut vouloir dire oser prendre la parole sans chercher à briller, ou contribuer au climat du groupe sans porter ce qui ne nous appartient pas.

Cette triade traverse mon enseignement parce qu’elle dépasse largement le cadre académique. Elle concerne la manière dont nous apprenons, dont nous accompagnons, dont nous exerçons notre responsabilité comme étudiants, professeurs et citoyens.

Au début de ce semestre d’hiver, je nous souhaite collectivement d’habiter cette posture juste. Non pas pour devenir meilleurs, mais pour devenir plus présents. Plus lucides. Plus engagés de manière humaine.

vendredi 9 janvier 2026

Sous la constellation : épiphanie d'un parcours atypique

 

En cette cinquième année doctorale, je reconnais quelque chose de simple et de profond : ce qui se met en place en moi n’est pas une conclusion, mais une forme intérieure. Une épiphanie discrète, à la fois personnelle et académique, où le sens ne s’impose pas, il se révèle.

Longtemps, mon parcours a été qualifié d’atypique. J’ai porté ce mot comme une étiquette flottante, parfois inconfortable. Aujourd’hui, je comprends qu’il nommait moins un écart qu’une autre manière de cheminer. Une manière d’avancer guidée par des repères plutôt que par des certitudes, par le mouvement plutôt que par la maîtrise.

La constellation m’aide à nommer ce rapport au savoir. J’ai toujours eu accès à un ciel peuplé d’influences : auteurs, rencontres, traditions, expériences, sans jamais ressentir le besoin d’en faire un centre unique. Ces étoiles n’expliquent pas tout, mais elles orientent. Elles apprennent à marcher sans posséder la carte.

Le fleuve me rappelle que je n’ai jamais forcé le cours de ma vie. J’ai appris à suivre le mouvement, à reconnaître les confluents, à consentir aux détours. Avec le temps, je vois que cette fidélité au processus est devenue une posture : en recherche, en accompagnement, en leadership.

La mosaïque, enfin, me réconcilie avec la pluralité que j’habite. Ma vie intime, familiale, professionnelle, communautaire, locale et internationale ne forme pas un puzzle à résoudre, mais un ensemble vivant à honorer. Ma cohérence ne vient pas de l’uniformité, mais de la capacité à tenir ensemble ces fragments sans les réduire.

Si cette année ressemble à une Épiphanie, c’est parce qu’elle ne crée rien de neuf. Elle rend visible ce qui était déjà là. Elle me permet de reconnaître que mon travail doctoral est aussi une mise en forme d’un savoir vécu, longtemps implicite, maintenant partageable.

jeudi 8 janvier 2026

L’espoir qui ne promet rien, mais qui tient compagnie


Je me rends compte à quel point nous demandons souvent à l’espoir plus qu’il ne peut donner.

Nous lui demandons d’éclairer l’avenir, de rassurer, de garantir que tout ira bien. Et lorsque l’avenir demeure flou, lorsque les chemins se dérobent, nous en venons parfois à croire que l’espoir nous a quittés.

Et si ce n’était pas le cas.

À force de travailler en accompagnement, j’apprends lentement ceci : l’espoir n’est pas toujours une lumière au bout du tunnel. Parfois, il est simplement ce qui nous permet de rester là, encore un moment, sans fuir. Il ne promet rien. Il ne résout pas. Il ne rassure pas. Il tient compagnie.

Je pense aux personnes que j’accompagne étudiants, proches aidants, collègues, amis qui traversent des zones où il n’y a ni plan clair ni solution rapide. Ce que je vois alors, ce n’est pas un manque d’espoir, mais un profond besoin de relation. Un besoin d’être écouté sans être pressé. Reconnu sans être corrigé. Accueilli sans qu’on exige d’aller mieux.

Dans ces moments, l’espoir ne naît pas d’un discours inspirant. Il émerge, doucement, quand quelqu’un reste présent sans savoir quoi dire. Quand le silence n’est pas une fuite. Quand l’incertitude n’est pas vécue comme un échec.

Je crois de plus en plus que l’espoir est une expérience relationnelle. Il apparaît entre nous, dans la qualité de la présence, dans cette manière de marcher ensemble sans carte, sans promesse, mais sans abandon. Il ne dit pas : « ça va aller ». Il murmure plutôt : « tu n’es pas seul ».

Peut-être que, dans nos vies pressées et performantes, la forme la plus humble et la plus précieuse de l’espoir est simplement cela : continuer à être en relation, même quand le chemin reste incertain.

Ce matin, je choisis de ne pas demander à l’espoir de me rassurer.
Je lui demande seulement de m’aider à rester présent.

mercredi 7 janvier 2026

Le collectif n’annule pas l’ego : il le met en scène

 

On dit souvent que le collectif apaise l’ego. Mon expérience m’amène à dire autre chose : le collectif ne l’annule pas, il le met en scène. Dans un cercle, une équipe ou une communauté, l’ego ne disparaît pas par magie. Il se déplace. Il se glisse dans les silences, dans les prises de parole répétées, dans le désir d’avoir raison ou d’être reconnu.

Pendant longtemps, j’ai cru que le « nous » allait naturellement adoucir le « je ». Aujourd’hui, je vois plutôt le collectif comme un théâtre. Un lieu où nos besoins, nos peurs et nos élans deviennent visibles. Ce n’est ni un problème ni un échec. C’est une réalité humaine.

L’enjeu de l’accompagnement n’est donc pas d’éviter cette mise en scène, encore moins de la juger. Il est de la rendre habitable. Habitable pour que les tensions puissent être nommées sans humilier. Habitable pour que le pouvoir, même discret, puisse être reconnu sans être confisqué. Habitable pour que chacun ose rester présent sans se défendre en permanence.

Quand les dynamiques demeurent implicites, elles finissent par rigidifier le groupe. Quand elles deviennent nommables, un autre espace s’ouvre. Non pas un espace parfait, mais un espace vivant. Rendre la mise en scène transformatrice, c’est accepter que l’ego ne soit pas un ennemi à éliminer, mais une énergie à éduquer, à apprivoiser, à mettre au service du lien.

J’apprends aussi que je ne suis jamais extérieur à ce théâtre. Mon propre ego s’y manifeste, parfois subtilement : le désir que le groupe fonctionne bien, la tentation de protéger l’harmonie, l’impatience face aux lenteurs. Reconnaître cela fait partie du travail d’accompagnant.

Accompagner un collectif, ce n’est pas conduire vers une absence de tensions. C’est soutenir un espace où l’humain peut apparaître tel qu’il est, avec ses fragilités et ses élans, et où quelque chose, parfois, peut se transformer. Lentement. Ensemble.

mardi 6 janvier 2026

Participer à la lumière


Ce matin, je me rappelle que je ne suis pas seulement quelqu’un qui regarde le monde passer. Je fais partie de ce qui se vit. Ma manière d’être présent, d’écouter, de choisir a un impact réel. Le monde ne m’est pas simplement donné. Il se construit aussi à travers la conscience avec laquelle je l’habite.

Aujourd’hui, on célèbre l’Épiphanie, une fête qui parle de lumière et de révélation. Pour moi, ce n’est pas seulement une lumière qui apparaît à l’extérieur. C’est aussi quelque chose qui s’éclaire à l’intérieur. Les mages ont levé les yeux vers le ciel, mais surtout, ils ont accepté de marcher, de chercher, de se tromper parfois. La lumière s’est révélée parce qu’ils ont choisi d’y répondre.

Être humain, c’est cela : ne pas rester spectateur. C’est participer. Ce que je pense, ce que je ressens, ce que je décide aujourd’hui façonne le monde autour de moi, même à petite échelle. Rien n’est complètement figé. Le réel se transforme aussi selon la qualité de notre présence.

En ce jour d’Épiphanie, je choisis de croire que ma conscience compte. Que mes gestes simples peuvent porter de la lumière. Et que participer au monde, humblement, est déjà une façon de le rendre plus habitable.

lundi 5 janvier 2026

Tracer sa voie au cœur de l’incertitude


Ce matin, je prends un moment pour sentir comment l’incertitude fait partie de ma vie. Elle peut inquiéter, donner envie de se refermer, mais elle peut aussi ouvrir un espace nouveau. Au lieu de seulement accepter ce qui arrive ou de me protéger, j’essaie d’écouter ce qui, en moi, a encore envie d’agir et de créer. Entre ce que je ne peux pas contrôler et ce que je peux encore choisir, une voie se trace doucement. Avancer dans l’incertitude devient alors une manière de rester présent, d’agir avec courage et de faire confiance à ce qui peut grandir.