Je pensais que mes certitudes étaient solides parce qu’elles avaient survécu à beaucoup d’histoires. Elles avaient un pedigree respectable : études, expériences, succès, épreuves traversées. Elles formaient une coquille dure, lisse, polie par le temps. Je m’y abritais comme on s’abrite d’un climat trop imprévisible.
Puis un jour, rien d’extraordinaire ne s’est produit. Pas de crise, pas de révélation. Juste une rencontre. Une parole simple, déposée sans intention de convaincre. Elle n’a pas frappé la coquille ; elle s’y est posée. Et c’est là que j’ai entendu le craquement.
Dans les traditions que j’ai apprises à écouter, on dit que lorsque la certitude se fissure, ce n’est pas l’erreur qui apparaît, mais une autre histoire qui demande à être racontée. La fissure n’était pas une attaque. Elle était une invitation. Quelque chose en moi savait déjà que la coquille me protégeait autant qu’elle m’isolait.
À travers la fissure, le monde entrait autrement. Les contradictions ne cherchaient plus à être résolues. Elles coexistaient. Je pouvais tenir deux vérités sans devoir en sacrifier une. Je pouvais dire « je ne sais pas » sans que mon identité s’effondre. Le corps s’est détendu avant que l’esprit ne comprenne.
J’ai compris alors que mes certitudes avaient été nécessaires. Elles m’avaient aidé à survivre, à avancer, à nommer. Mais elles n’étaient pas destinées à durer intactes. Comme toute coquille, elles avaient pour fonction d’abriter une croissance, puis de céder. Ce n’est pas une trahison du passé ; c’est son accomplissement.
Aujourd’hui, je marche avec cette fissure. Je ne cherche pas à la réparer. Elle me rappelle d’écouter avant d’expliquer, de ressentir avant de conclure, de laisser les histoires respirer. Là où la coquille s’est ouverte, la vie circule. Et je sais maintenant que la sagesse ne vient pas de la solidité de nos certitudes, mais de notre capacité à les laisser se fendre sans nous briser.

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